Critique : Detective Dee

La Rédaction | 7 septembre 2010
La Rédaction | 7 septembre 2010

Tsui Hark nous revient dans un Wu Xia Pian épique de tout beauté. Une sorte de Nom de la Rose version chinoise où un « détective » fraîchement sorti du bagne doit résoudre une série de meurtre mettant en péril le sacre de l'impératrice. Retour à un cinéma plus accessible pour le génie chinois qui semble s'être assagi depuis Seven Swords (dernier film en date sorti en France si l'on fait abstraction de Triangle).

Un cinéma d'aventure qui aligne les séquences d'action - certaines font parfois penser à des morceaux de bravoure du même Tsui Hark (la séquence des poutres dans Once upon a time in China trouve ici son équivalent lors d'une visite dans une citée souterraine), tout en préservant une ligne directrice narrative claire - une nouveauté chez Tsui Hark qui a souvent eu tendance à bâcler les dernières bobines de ses précédents films par laxisme ou par boulimie de travail au choix.

Le film retrouve le ton léger des films en costume épique, un scénario astucieux qui aligne les scènes d'action tout en faisant à chaque fois avancer l'intrigue et les relations entre les personnages, facile à dire certes mais plutôt rare à l'écran. A titre d'exemple la rencontre nocturne entre Dee (Andy Lau) et Jing'er (Li Bing Bing) le « bras droit » de l'impératrice renoue avec le romantisme d'Histoire de Fantôme chinois (une rencontre chargée d'érotisme sous une pluie de flèche) et pose les fondements de la relation ambiguë entre les deux personnages principaux.

Perpétuellement en mouvement, Dee nous fait traverser un univers cohérent peuplé d'univers riches en couleur, où la magie n'est jamais bien loin (un cerf sacré, sorte de Deus Ex Machina apparaît au milieu du film). Archétype du film à suite - on imagine sans peine suivre le personnage incarné par Andy Lau dans de nouvelles aventures -, cette facilité avec laquelle Tsui Hark ravit le spectateur pourra aussi être le principal (et seul) défaut du film. Sa belle facture fait parfois regretter les imperfections des précédents films du maître, scories et défauts qui rendaient certaines de ses œuvres marquantes (Zu, Green Snake, Time and Tide en tête), plus obsédantes. Mais même s'il s'est assagi, le fondateur de la mythique Film Workshop observe néanmoins son statut de maître incontesté.

Il suffit de comparer la même année à Venise les derniers films de John Woo (Reign of Assassins) et d'Andrew Lau (The Return of Chen Zhen) pour se faire une idée du niveau atteint par le réalisateur de The Blade. A bientôt 60 ans et 50 films au compteur, Tsui Hark continue à impressionner. Arrivera-t-il un jour à concilier la rage et l'invention graphique de The Blade et la tenue scénaristique d'un Detective Dee ?

Sébastien de Sainte Croix

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