Alice au pays des merveilles : critique décolorée

Sandy Gillet | 22 mars 2010 - MAJ : 04/02/2020 12:32
Sandy Gillet | 22 mars 2010 - MAJ : 04/02/2020 12:32

Il est fort à parier que les fans de la première heure du duo Depp / Burton (ahhhhh Edward aux mains d'argent) vont tomber à bras raccourci sur cette septième collaboration (et la quatrième d'affilée) entre les deux hommes. Il est évident que le couple s'essouffle méchamment entre un Johnny qui en fait des tonnes et un Tim qui maquille tout cela (figures et décors) de plus en plus outrageusement comme s'il voulait atténuer justement le jeu de son poulain qu'il ne semble plus tenir. Et pourtant même ici il subsiste des fulgurances, des zones et des espaces-temps de sobriété dont le crédit en revient surtout à Mia Wasikowska (magnifique inspiration de l'avoir choisi), la Alice du titre qui arrive à adoucir, de par sa prestation toute en retenue, l'exubérance parfois intenable (voulue c'est une évidence) du chapelier fou.

Heureusement d'ailleurs que le film de Burton suit sans discontinuer les périples de sa jeune héroïne, adaptant en cela librement deux livres de Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles et De l'autre côté du miroir, ce qui lui permet de reléguer quasiment le personnage de Johnny Depp au second plan. Ce qui compte en fait c'est d'arriver à donner une cohérence à ces deux livres/histoires qui n'en demandaient pas tant. Il s'agit en effet ici du second écueil majeur d'un film qui pour le coup est certainement moins « couillu » que l'animation produite dans les années 50 par Disney. La faute surtout à une fin amenée d'une façon tellement plate, évidente et sans convictions que cela à en devient gênant. Un Paradoxe typiquement burtonien pour un homme qui s'est fait « jeté » de chez Disney en 1984 pour son côté « non corporate ».  

 

photo, Mia Wasikowska

 

Reste que le génie visuel de Burton est intact (à défaut d'être innovant ou surprenant). La palette chromatique est extraordinaire et prouve à quel point il a digéré le passage au tout numérique beaucoup mieux que la plupart des cinéastes de sa génération. On appréciera aussi la façon dont Burton appréhende son bestiaire fait de personnages de chair et de sang tous transformés en icônes digitales boursouflées (La Reine Rouge jouée par Helena Bonham Carter aussi irritante qu'attachante), dédoublées (Matt Lucas jouant à la fois Tweedledee et Tweedledum), purifiées (la belle Anne Hathaway en reine Blanche) ...

Le tout donne le vertige mais aussi une sensation d'unité dans l'action et les envies propres du bonhomme à rattacher le tout  à ses propres obsessions visuelles récurrentes depuis Pee Wee Big Adventure. On regrettera toutefois le passage en 3D (au plaquage serait-on plus tenté de préciser) alors que le film a été pensé en 2D. Cela ne lui apporte rien. Pire il fait reculer le procédé de quelques années quand la chose n'était là que pour en mettre plein la vue façon Destination finale 4... 

 

photo, Johnny Depp

 

Si Alice au pays des merveilles semblait sur le papier parfaitement coller à l'univers burtonien, il est malheureusement patent que le passage à l'acte manque de souffle et d'inspirations nouvelles. On ne peut évidemment pas accuser Burton d'être en roue libre tant on sait que cette adaptation lui tenait à cœur. Et c'est d'ailleurs bien grâce à cette énergie communicative que le film se sauve in extremis du marasme poli. Peut-être sous la caméra d'un jeune premier aurait-on crié au génie ou tu du moins à la révélation de l'année. Avec Burton forcément on est plus exigeant !

 

Affiche française

Résumé

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