Critique : Le Soliste
On voyait arriver gros comme une maison ce Soliste en forme d'aimant à Oscars, avec des acteurs si souvent loués pour leur talent, son approche hollywoodienne de la misère, son personnage de schizophrène. Puis apparurent les premiers doutes. Sortie maintes fois repoussée, nombre modeste de copies aux États-Unis, arrivée assez discrète dans les salles françaises à la veille de Noël... Bref, il y avait de quoi se poser des questions et redoubler de curiosité pour le troisième film de Joe Wright après le planplan Orgueil et préjugés et le surprenant Reviens-moi. Rapidement, on comprend mieux : non, Le soliste n'est ni un bras d'honneur adressé à Hollywood ni un gros ratage en règle, mais juste une oeuvre étrangement décalée, au ton inattendu et aux effets de style assez téméraires. Bref, pas vraiment un film calibré pour les Academy Awards ni pour le public américain.
Le
script avait tout pour fédérer, avec l'histoire de la rencontre entre
un journaliste usé et désabusé et un violoniste SDF et schizo. À ceci
près que Joe Wright, sans doute lassé d'être formaté avant l'heure,
insuffle par la force de sa mise en scène une folie inespérée et un ton
savamment à côté de ses pompes. C'est ainsi que le héros excellemment
joué par Robert Downey Jr., qui passe tout le début du film avec la
gueule en vrac suite à un accident de vélo, est toujours montré
simultanément comme un monstre de cynisme et un coeur d'artichaut.
C'est du "simultanément" que vient toute la différence : quand d'autres
auraient joué à mort la carte de l'éthique en montrant le journaliste
exploiter son nouveau pote puis avoir des remords, le tout en
perpétuelle alternance, Wright nous explique clairement que là n'est
pas son sujet. C'est à la fois gonflé et réussi. Et c'est ainsi qu'on
se promène en compagnie de ces deux drôles de types dans des quartiers
mal famés, dans des chambres d'hôtel sans âme, avec pour seul objectif
d'entendre et d'apprécier leurs deux conceptions de la vie.
C'est assez agréable mais malheureusement bien trop long : Le soliste
dure deux heures sans que l'on sache bien pourquoi, son argument étant
finalement assez ténu. Ce qui laisse tout le temps à un certain
moralisme de s'installer, appuyé - c'est le cas de le dire - par la
prestation vraiment too much
d'un Jamie Foxx qui n'a pas su dissocier folie et cabotinage et ne
surnage que grâce à la force de conviction de son génial partenaire. La
seule scène où l'on croit véritablement à son personnage est finalement
celle où il disparaît derrière la mise en scène : touché au plus
profond par un morceau de Beethoven, le clochard céleste voit chaque
son se matérialiser sous la forme d'un jet de lumière colorée,
produisant des tableaux intenses et lumineux. Preuve après Reviens-moi
- et notamment un plan-séquence inouï sur une plage - que Wright,
lorsqu'il se reconnaît dans une séquence ou une thématique, est capable
de fournir un travail éblouissant. Donnons-lui à présent le grand sujet
qu'il mérite.
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