Critique : Welcome

Sandy Gillet | 11 mars 2009
Sandy Gillet | 11 mars 2009

Avec Welcome, Philipe Lioret semble vouloir écrire une nouvelle page de sa filmographie et laisser derrière lui la fable sociale et humaine dont le Je vais bien ne t'en fais pas apparaît aujourd'hui comme une sorte de climax. Bien entendu seul Lioret sait (ou pas) où vont le porter ses futures inspirations, obsessions et utopies, mais il est indéniable que son dernier film constitue une rupture, la volonté évidente d'entrer dans le vif du sujet, de taper dans le dure de ses certitudes bourgeoises.

Welcome raconte l'histoire d'un maître nageur d'une piscine municipale de Calais (épatant Vincent Lindon) qui va se retrouver par entraîner un réfugié Kurde (l'acteur non professionnel Firat Ayverdi) dont l'idée fixe est de traverser à la nage le « Channel » pour rejoindre l'Angleterre où vit sa petite amie. Si l'évolution des rapports entre ces deux êtres aux origines sociales et préoccupations matérielles diamétralement opposées (l'un n'arrive pas à se remettre d'une séparation qui le ronge de l'intérieur, l'autre doit tout bonnement survivre) ressemble à s'y méprendre à tous les autres films de Lioret, le décor utilisé (la ville de Calais,  une des plaques tournantes de l'immigration européenne et cocotte minute permanente sur le point d'exploser) détonne et ancre le tout dans une réalité politique et sociale qui fait mouche.

Et le cinéaste d'en profiter pour dénoncer une ville en état de siège permanent où toute personne qui vient en aide de quelque manière que ce soit à un sans papiers peut se retrouver direct en garde à vue et encourir une lourde peine de prison. C'est bien tout le mérite de Lioret (et ce n'est pas le seul) que de montrer cela d'une manière frontale, sans prendre de gants mais sans parti pris gauchiste non plus. Son film est sobre et sur la question assez factuelle. On est pour le coup plus choqué que révolté. Choqué de voir que dans le pays des droits de l'Homme, celui-ci peut être pourchassé et parqué comme une bête. À mi-chemin entre La planète des singes pour sa première scène de chasse à l'homme et Les fils de l'homme pour sa parabole futuriste qui n'en n'est donc à l'évidence déjà plus une.

La polémique avant la sortie du film semble d'ailleurs donner raison à Lioret quant à la capacité que revêt son film à faire réagir les hautes instances de l'Etat. De là à faire bouger les choses il y a un pas que nous nous garderons bien de franchir de peur de retomber dans la fable sociale que le cinéaste se réapproprie d'ailleurs en toute fin de pellicule et qui tombe à l'eau (sans jeu de mot aucun). C'est bien le seul accroc et écueil non évité d'un film par ailleurs exemplaire.

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