Critique : Let's get lost

Ilan Ferry | 23 juillet 2008
Ilan Ferry | 23 juillet 2008

Avis aux mélomanes : Let's get lost, l'édifiant documentaire sur la vie tourmentée du jazzman Chet Baker, ressort cette semaine en salles vingt ans après sa première présentation à Cannes. Surtout connu pour ses célèbres photographies, le réalisateur Bruce Weber nous livre un portrait tout en nuances tourné dans un superbe noir et blanc qui n'est pas sans rappeler un certain Boulevard du Crépuscule. Un parallèle pas si incongru que ça tant la célébrité  et la solitude qu'elle engendre est au cœur de ce document vibrant de sincérité auquel s'ajoute une peinture à la fois naturaliste et désenchanté de Los Angeles.

Il  plane dans Let's get lost comme le fantôme d'une époque à jamais révolue où beauté et candeur révélaient sous les strasses et les paillettes une réelle envie d'absolu. Cette période Weber la dépeint certes avec nostalgie mais aussi mélancolie par le prisme de Chet Baker, figure maudite, trop tôt qualifié de James Dean du jazz. L'occasion pour le premier de filmer le second avec un amour contagieux emprunt de tristesse comme si Weber était conscient de capter les derniers moments de Baker. Entre planantes sessions d'enregistrements ou prédomine encore la voix suave de Baker (malgré l'abus d'alcool et de drogues) et poignants témoignages,  le film évite soigneusement le piège du doc lénifiant pour aborder la personnalité complexe de Chet et les répercussions inévitables sur l'homme et son entourage.

Loin des clichés habituels, Let's get lost dévoile l'homme derrière le mythe : ses doutes, ses contradictions mais surtout son talent inné pour la musique et son incapacité à exister en dehors de celle-ci. Point de misérabilisme, le film de Weber est avant tout une expérience émotionnelle qui fait battre le cœur du spectateur au rythme des accords de Chet Baker.

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