Critique : Rigoletto

Nicolas Thys | 13 juillet 2008
Nicolas Thys | 13 juillet 2008
Avec 6 films réalisés depuis 1989 d'une durée totale dépassant à peine les 100 minutes mais cumulant des dizaines de récompenses, Barry Purves est aujourd'hui considérés comme l'un des plus importants animateurs de marionnettes même s'il reste en général méconnu du grand public. Travaillant l'image par image à une époque où l'ordinateur est roi il fait figure tantôt de vétéran tantôt de résistant, ce qui lui a valu d'être remercié par la Warner désireuse de minimiser ses coûts de productions alors qu'il devait travailler avec Tim Burton sur Mars Attack ! et animer à la main les extra-terrestres en hommage à Ray Harryhausen.

 

Né en Angleterre en 1955, il étudie le théâtre et la civilisation grecque, deux éléments qu'il utilisera régulièrement dans ses films. Il commence comme régisseur et acteur pour plusieurs pièces et devient animateur en 1978 pour des clips ou publicités. Il crée également quelques marionnettes et anime des séquences animées pour des studios comme Aardman (Wallace et Gromit). En 1989 il fonde sa maison de production et réalise son premier film, Next, un court métrage dans lequel Shakespeare passe une audition en mimant en quelque seconde chacune de ses pièces devant un metteur en scène qui l'ignore.

 

L'essentiel de son cinéma est déjà présent dans ce film : un goût immodéré pour la musique et un espace scénique très marqué par le théâtre (il réalisera l'adaptation d'un opéra de Verdi et un film sur deux auteurs d'opéras comiques Gilbert and Sullivan) et souvent épuré. Ainsi ce décor sommaire lui permet de mettre en valeur ses marionnettes, leur corps et leurs déplacements car ce qui fait la beauté de son œuvre c'est bien ce rapport au corps qu'il manipule et qu'il soumet, auquel il impose sa volonté et son désir comme si elles devenaient un prolongement de lui-même. Purves ne joue pas sur la métamorphose, chose courante dans l'animation, mais sur la matérialité de ses figurines et leur existence problématique. L'animateur n'est pas ici créateur, puisqu'il ne fabrique pas lui-même ses marionnettes, mais régule le mouvement et l'ordre du monde.

 

Il n'est donc pas étonnant que les films qui suivent Next aient rarement été destiné à être vu par un public enfantin. Ses thèmes de prédilections sont proches de la réalité du monde et intègrent donc une part importante de sexe, de violence et de cruauté morale et physique mais également une certaine fatalité propre à la tragédie. Cette ligne de conduite est présente de Screen play, inspiré du Kabuki, une forme de théâtre japonais, au très érotique Achilles où deux marionnettes font l'amour, en passant par son adaptation courte du Rigoletto de Verdi où l'auteur se centre sur le viol, l'orgie, le kidnapping et la mise à mort même si le faste des décors et des costumes fait perdre au film de sa limpidité.

 

Seul Hamiton Mattress sorti en 2001, son dernier travail comme réalisateur à ce jour, change de registre. On y retrouve son goût pour la musique, le héros désirant devenir batteur professionnel, mais, malgré ses qualités propres, il s'agit clairement d'un film plus impersonnel, réalisé sous contraintes avec une équipe importante dans lequel Purves a eu beaucoup de mal à transposer son univers.

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