Critique : Les Dents de la mer, 2ème partie

Laurent Pécha | 5 mai 2007
Laurent Pécha | 5 mai 2007

Les Dents de la mer II a toujours eu comme handicap insurmontable d’être la suite du chef d’œuvre de Spielberg. Impossible en effet de surpasser le choc visuel et la perfection narrative de Jaws. Pourtant, si on tente de faire abstraction du premier film, on peut reconnaître des qualités certaines à cette séquelle. Jeannot Szwarc s’en tire avec les honneurs, signant la seule suite valable et regardable de la série et au passage le deuxième meilleur film de requin de l’histoire du cinéma. Sa performance est d’autant plus appréciable que notre frenchy n’était qu’à ses balbutiements cinématographiques et n’a du son arrivée sur le plateau du film qu’à l’éviction du premier réalisateur et à son expérience télévisuelle importante.

La force de Szwarc, c’est d’avoir tout de suite compris qu’il ne pourrait jamais surpassé l’original et qu’il ne fallait en aucun cas copier les scènes phares de Jaws. Ainsi, dès la scène d’ouverture, la manière de montrer la première attaque du requin s’oppose totalement à ce que Spielberg avait fait. Le squale est ainsi visible (certes furtivement) dès les premiers plans (alors qu’il fallait plus de la moitié du métrage du premier film pour que l’on aperçoive à quoi ressemble Bruce).

C’est en tenant compte ainsi de l’existence du premier que Les Dents de la mer II  part sur de bonnes bases. Les spectateurs connaissant le requin, autant leur en donner pour leur argent en le montrant le plus possible. Ce que l’on perd en terreur, on le gagne en spectaculaire. Pratiquement toutes les attaques du monstre marin se font donc avec une réelle visibilité de ses proportions gigantesques (et tant pis si par moments, ce dernier ressemble plus à l’attraction d’Universal studios qu’à un vrai).

Seule, en fait, une scène évite de nous le montrer mise à part l’aileron et un furtif plan aérien. Il s’agit de l’attaque du premier voilier des ados. Un jeune homme est propulsé hors du bateau, il tente de regagner l’embarcation mais le requin le rattrape et le happe jusqu’à le propulser contre la coque. Cette séquence rappelle furieusement celle qui ouvrait de manière sensationnelle Jaws. C’est la seule fois où Jeannot Szwarc s’inspire du premier film et où il cherche avant tout l’effroi. L’intensité dramatique est ici totalement présente. De là à dire qu’il s’agit de la meilleure scène du film, il n’y a qu’un pas que l’on ne franchira pas puisque au préalable, le réalisateur a réussi à mettre en scène une autre attaque somptueuse. On pense évidement à la séquence du ski nautique. Un découpage merveilleux et des plans d’une rare ingéniosité (notamment la vue subjective et sous-marine du ski) font de cette séquence, un morceau d’anthologie que n’aurait pas renié le Spielberg de Jaws.

L’autre atout pour Szwarc, c’est d’avoir pu conserver trois des maillons forts du premier film. Car si Richard Dreyfuss ne rempile pas, Roy Scheider, Lorraine Gary (le couple Brody) et Murray Hamilton sont bien présents. Il est indéniable que les rapports humains intéressent le réalisateur et il consacre une grande partie de son temps (du moins dans la première moitié du scénario) à les développer. L’évolution du personnage du chef Brody est, à ce titre, une réussite totale. Son aversion de l’eau qui le caractérisait si bien a désormais laissé place à une volonté farouche de faire respecter l’ordre dans les eaux d’Amity.

Les Dents de la mer II  mérite assurément une réhabilitation : c’est un film diablement efficace, alternant avec un tempo judicieux les séquences intimistes et les attaques (très nombreuses au demeurant) du requin et qui possède un final hautement spectaculaire. Et puis, il permet à John Williams de signer l’une de ses meilleures partitions. On n’oublie pas de sitôt ses superbes envolées musicales lorsque les voiliers partent au large. Et quel plaisir de pouvoir entendre une nouvelle fois, le fameux thème qui précède chaque attaque du requin.

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