Critique : Battle Royale 2 : Requiem

Erwan Desbois | 17 février 2005
Erwan Desbois | 17 février 2005

Battle Royale 2 est un film qui aurait dû créer la polémique. Brosser le portrait coup de poing d'une société qui a perdu tout contact avec les jeunes, ces derniers déclarant « la guerre à tous les adultes », avec en toile de fond le terrorisme international qui sévit depuis le 11 septembre 2001 : voilà Battle royale 2 tel qu'il se voudrait être, et tel que le premier plan du film (un attentat contre une zone de bâtiments d'affaires dominée par... deux tours jumelles) l'annonce. Oui, ce film aurait dû créer la polémique. S'il n'était pas aussi raté.

De brûlot incendiaire, ce long-métrage n'en a en effet malheureusement que le nom. Fukasaku passe complètement à côté de son sujet en faisant de Battle Royale 2 un film de guerre extrêmement banal, qui reprend sans inspiration tous les clichés du genre, déjà vus et parodiés des centaines de fois. Du débarquement sur une plage protégée par des snipers aux soldats se sacrifiant solennellement (et au ralenti) pour leurs camarades, en passant par les dialogues tellement affligeants de prétention qu'ils en deviennent comiques, rien ne manque. Pire, toutes ces situations sont étirées en longueur et répétées jusqu'à la nausée. La deuxième heure du film n'est ainsi qu'une longue succession de combats dont l'escalade graphique (qui flirte avec le grotesque : les rebelles n'hésitant ainsi pas à utiliser des lance-roquettes au corps-à-corps) ne parvient pas à masquer la misère scénaristique et le manque total d'intérêt qui en découle.

D'autres points participent à la décrédibilisation de l'ensemble et au sentiment d'indifférence qui gagne le spectateur. La quasi-invulnérabilité des jeunes héros, qui déciment sans grand souci la moitié de l'armée japonaise malgré leur petit nombre (à peine une vingtaine) et leur inexpérience en est un. Leur manque total de charisme en est un autre ; en effet, tous les personnages de Battle Royale 2 sont à la fois mal écrits et mal interprétés. Le fond du gouffre est atteint par le remplaçant de Takeshi Kitano dans le rôle du professeur, dont le jeu excessif et caricatural exaspère au plus haut point. Quant à Kitano, il ne fait qu'une courte apparition en flash-back, et la présence de son nom en grand sur la jaquette du DVD s'apparente du coup à de la publicité mensongère.

Ce ratage complet a pour conséquence l'étouffement sous les explosions et les fusillades des quelques bonnes idées lancées par le scénario. Le détournement du concept originel du Battle Royale (ici, la classe enlevée a une mission autre que s'entretuer jusqu'au dernier), la dénonciation de la guerre via un exemple extrême (les responsables - adultes - de l'armée envoient des adolescents se battre contre des adolescents pendant qu'eux-mêmes restent à l'abri en retrait), ou encore la critique virulente de l'hégémonie américaine dans le monde représentent des bases intéressantes, mais à aucun moment elles ne sont exploitées. Le décalage entre les intentions de Battle Royale 2 et le film achevé culmine lors de l'épilogue, dont le contenu polémique (Fukasaku reste neutre vis-à-vis du terrorisme ; il ne le cautionne pas, mais il ne le condamne pas non plus) est grandement affaibli par l'absurdité du rebondissement final. Mort au cours du tournage (c'est son fils Kenta, également auteur du script, qui a achevé le film), Kinji Fukasaku aura terminé sa carrière sur un coup dans l'eau, bien en-deçà de l'humour noir et destructeur du premier Battle Royale.

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