Sailor et Lula : Critique

Créé : 9 novembre 2004 - Thomas Douineau

Passionné, dangereux, bizarre, sexuel, pervers, drôle, sauvage, poétique, choquant, tumultueux, chaque film de Lynch est unique et reconnaissable entre mille. Bernardo Bertolucci l'a bien compris en attribuant à Sailor et Lula la Palme d'or qui, une fois de plus, fut contestée à cause de la violence et de l'aspect caricatural du film. C'est oublier que Sailor et Lula est avant tout une formidable histoire d'amour, la réponse d'un couple à l'adversité et à l'hostilité du monde.

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Tout feu tout flamme

Une allumette craque et l'écran s'embrase. Ainsi commence Sailor et Lula, un des films en apparence les plus classiques et les plus linéaires de Lynch. En apparence seulement, car très rapidement, ce road movie, qui sert de départ à la fuite de deux amants, se révèle être une plongée hallucinante dans un monde sauvage et tordu peuplé de personnages déjantés et hauts en couleur qu'affectionne particulièrement le réalisateur. Le chemin va s'avérer beaucoup plus tortueux que les kilomètres de routes rectilignes qu'avale la décapotable de Laura Dern et Nicholas Cage.

 

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David Lynch bouscule constamment le spectateur en profitant de l'amour de ses deux protagonistes pour faire se téléscoper des scènes de sexe torrides et des séquences trash où se révèlent toute la perversité du monde, la méchanceté des hommes et les déviances de l'humanité. Il oppose le caractère somme toute juvénile de Sailor et Lula (les références constante au Magicien d'Oz, la vision de la mère de Laura à cheval sur un balais de sorcière…) à la folie qui les entoure et qui menace à tout moment de les consumer. Alors qu'ils foncent vers l'amour éternel, prêts à faire triompher la vie, ils croisent sur leur chemin d'horribles présages qui évoquent la mort imminente (l'accident de voiture, la folie de Marietta, l'attaque de la banque, la silhouette de Santos…)

 

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Le réalisateur orchestre ce chaos de main de maître avec le talent artistique qu'on lui connaît, exprimant toute la violence du monde et l'état d'esprit des personnages par un mélange de matières (la veste en croco), de sons (le hard rock), de lumières (les scènes de danse frénétique sur fond de coucher de soleil), de couleurs (le rouge à lèvres se transformant en sang sur un visage gagné par la folie) qu'il filme avec une évidente science du cadre. De cette richesse esthétique naît une horreur poétique.

 

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Le couple moderne (car ils sont traités d'égal à égal) que forme Sailor et Lula n'a plus qu'une solution pour remettre de l'ordre dans ce monde qu'il ne comprend pas : s'aimer. Comme dans beaucoup de films, de livres et même de mythologies, la seule échappatoire, la seule réponse est souvent l'amour. Au cours d'un happy end aussi émouvant que grotesque, ils gagnent enfin leur liberté. Et le cauchemar de Lynch de se transformer en rêve.

 

Résumé

Avec Sailor et Lula, le réalisateur signe avec aplomb un brûlot flamboyant et sensuel indispensable à tout cinéphile et remporte une Palme d'or finalement bien méritée.

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