Critique : Freddy contre Jason

Fabien Braule | 21 septembre 2004
Fabien Braule | 21 septembre 2004

Projet enfoui dans les tiroirs de la New Line depuis près de quinze ans, la rencontre de deux monstres sacrés du « slasher » s'est enfin vu accorder un budget, non sans avoir au préalable fait état d'un nombre incalculable de moutures scénaristiques. Réussite pour certains et navet pour d'autres, Freddy contre Jason bénéficie pourtant d'un concept audacieux et d'un réalisateur qui, même s'il s'affiche bien plus comme un faiseur de studio, ne démérite pas, au vu de sa sympathique Fiancée de Chucky.

Le match annoncé n'était-il pas pipé dès le départ ? Au vu des nombreuses suites qui illuminent souvent par leur médiocrité les deux croquemitaines (nous n'en ferons pas la liste ici, tant elle paraît démesurée), ce « cross-over » avait-il toutes les raisons d'exister en 2003 ? Sans doute pas, surtout lorsque l'on sait que le papa de Freddy (Wes Craven) a depuis donné naissance à un nouveau concept de film d'horreur pour adolescents avec Scream, alliant sans commune mesure humour noir et effets gores, tout en détournant les codes instaurés par une génération de films au statut d'œuvre culte. Malgré ce handicap, Freddy contre Jason possède cette petite flamme synonyme de plaisir. Un plaisir coupable, certes, mais qui, pour une génération de trentenaires, est aisément compréhensible. La première séquence à Cristal Lake en est le parfait exemple, puisqu'il marque les retrouvailles du public avec l'enfant déchu Jason, digne héritier de Tod Browning et de sa Monstrueuse parade. L'héroïne, introduite par un effet de mise en abyme dans l'œil du masque de hockey, permet au cinéaste de détourner très rapidement certains codes du genre à la manière Craven. En affichant une nudité complète, jusque-là réservée aux versions « unrated » des films, Ronny Yu multiplie à foison les pieds de nez à une censure devenue obsolète, à l'image de cette fuite dans la forêt, chemise ouverte et seins ballotant à l'air libre. Dès lors, Freddy contre Jason assume sa part de modernité au cœur d'un cinéma vieux de près de vingt-cinq ans.

Car finalement rien n'a vraiment changé depuis Les Griffes de la nuit, Vendredi 13 et ce dernier. Les portraits des adolescents qui y sont peints demeurent toujours aussi proches du cliché, cumulant les problèmes de famille et d'amitié autour d'une sexualité pas tout à fait affirmée, où l'incompréhension d'autrui demeure la plus grande souffrance jamais connue. Cynisme assumé de la part du cinéaste, qui n'hésite pas à multiplier, autour d'un même personnage, une mère assassinée, un père passablement coupable, et un petit ami interné en hôpital psychiatrique par sa faute. En cumulant les références, Ronny Yu suit un schéma narratif identique à celui de Scream, et réinjecte tout l'emboîtement conceptuel de ce dernier. Il fusionne l'ancienne et la nouvelle école définies par Craven et réintègre toute l'imagerie de Freddy, en empruntant des séquences entières aux précédents opus de la série, à l'image de la scène où le jeune homme se retrouve plié en deux dans son lit, non sans avoir au préalable fait l'amour. Une nouvelle fois, l'acte sexuel est consommé par nécessité plutôt que par envie. Il permet aux deux pères fouettards d'user à leur tour de leur substitut phallique pour faire jaillir à l'écran des litres de sang.

Cette succession de meurtres, alternant entre Jason et Freddy, marque sans doute la limite d'un concept trop ambitieux. Pourtant gores, les meurtres ne mettent jamais en avant les multiples possibilités liées aux personnages, et se limitent à perpétuer le mythe tel qu'il existe depuis trop longtemps. Freddy contre Jason, c'est avant tout une histoire d'amour manquée entre deux figures légendaires du genre, et qui, sans son final excessif et jouissif, n'aurait sans doute pas lieu d'exister. De retour à Cristal Lake, Ronny Yu multiplie les scènes gores tout en se délectant d'une savoureuse dose de sadisme. Sous la forme d'un combat à l'arme blanche, le cinéaste accouche enfin de ce que l'on était en droit d'attendre d'une telle rencontre. Les membres sont arrachés, les corps sont trucidés, Freddy et Jason, victimes de leurs méfaits, deviennent les jouets du metteur en scène et à fortiori du spectateur. Les rôles sont inversés, le projet partiellement sauvé.

Freddy contre Jason aurait été plus efficace s'il n'avait pas attendu aussi longtemps avant de voir le jour. En multipliant les suites, les producteurs auront finalement usé de toutes leurs ressources, reléguant au rang de retraités deux figures emblématiques du genre. Dans son incapacité à hanter les rêves des jeunes générations, le cauchemar de Freddy n'aura jamais été aussi proche de se réaliser en n'étant plus qu'un simple souvenir abandonné aux étagères poussiéreuses des vidéoclubs.

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