Critique : Alpha dog

Ilan Ferry | 26 février 2007
Ilan Ferry | 26 février 2007

Interprété par la fine fleur de la teen culture US Alpha Dog stigmatise les tourments d'une génération sans interdits et son difficile retour à une réalité peu reluisante. L'occasion pour Nick Cassavetes de déconstruire sans aucun jugement de valeurs une certaine idéalisation de la jeunesse dorée de la West Coast,entre fêtes endiablées et ennui non contenue.De ces existences épicuriennes où seul compte l'instantanéité du moment présent, Cassavetes tire une étude de caractères finement élaborée à mi chemin entre la fiction et le documentaire et s'amuse à brouiller le fil tenu séparant la réalité de la fiction via des procédés propres aux deux courants filmiques dont il s'inspire(Split screen, caméra nerveuse, fausses interviews face caméra). De fait, si on peut émettre des réserves sur les intermèdes faussement reportage de l'ensemble, force est de constater que la partie fictionnel se montre elle très réussie, Cassavetes fils ayant eu la judicieuse idée d' offrir à nos chères têtes blondes élevées au maïs sous les sunlights californien de savoureux rôles à contre emploi dont les actes tour à tour violents et désespérés, bêtes et innocents font avant tout écho à la vacuité de leurs quotidiens. Point de misérabilisme ici, juste une approche frontale tout juste atténuée par la glamorisation de son casting.

Si Emile Hirsch est particulièrement sobre en White trash lâche et manipulateur (bien loin du WASP propret de Girl Next Door), la véritable révélation du film s'appelle Ben Foster. Sous exploité dans le mal aimé X-Men 3, l'acteur déploie ici une énergie incroyable en junkie imprévisible. Boule à zéro, yeux injectés de sang et veine au front laissant transparaître une colère non contenue, l'ex Russell Corwinn de Six Feet Under bouffe littéralement l'écran et offre une prestation qui n'est pas sans rappeler la performance d'Edward Norton dans American History X. Au bord de l'implosion, le jeune prodige confirme tout le bien que l'on pensait de lui depuis sa balade nostalgique dans les quartiers de Liberty Heights. A leurs cotés Justin Timberlake se montre touchant en gentil initiateur vite rattrapé par les évènements et réussi à s'effacer quand il le faut. Le reste du casting est à l'avenant, les protagonistes adolescents se montrant autrement plus convaincants que leurs adultes de parents, miroirs déformants de leurs progénitures. Au milieu de ces pères et mères irresponsables dont le laxisme sonne comme une cause direct des égarements de leurs rejetons, seul Bruce Willis tire son épingle du jeu en padre mafieux, tour à tour protecteur et inquiétant. De fait, si le conflit générationnel reste la clé de voute du film, le propos bassement conservateur se voit partiellement mis en retrait au profit de l'intrigue, Cassavetes faisant preuve ici d'une subtilité qui faisait cruellement défaut au larmoyant John Q.

Voyage initiatique tragique où plane l'ombre du syndrome de Stockholm, le film de Nick Cassavetes rappelle dans ses intentions le formidable Bully de Larry Clark dont il représente le pendant clinquant mais tout aussi sordide, entretenant comme ce dernier un certain malaise allant crescendo jusqu'à l'inéluctable. Des similarités avec les œuvres de Larry Clark, le film de Cassavetes en contient un certain nombre ne serait ce que dans les thématiques évoqués (l'ennui du quotidien, l'assimilation fiction/réalité, la violence latente…) et son approche de la psyché adolescente où rapports de force et spleens se conjuguent au pluriel. Les deux réalisateurs divergeant dans leurs représentations de cette réalité, crue et morne pour l'un, glamourisée par une photo chatoyante pour l'autre. En mettant en parallèle deux parcours (le jeune Zack faisant les quatre cents coups avec ses ravisseurs faisant écho au lent et cruel plan de Johnny Truelove) à l'issue dramatique, le réalisateur maintient un certain malaise jusqu'à un final raté car sombrant trop facilement dans les écueils de la reconstitution made in Hollywood. Cependant, malgré un déséquilibre final adroitement évité durant plus d'une heure et demie, Alpha Dog reste un beau drame, dépouillé, pudique(l'éducation sexuelle de Zack dans la piscine) et d'une sobriété étonnante.

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