Déjà vu : critique en boucle

Stéphane Argentin | 7 décembre 2006
Stéphane Argentin | 7 décembre 2006

Depuis très exactement 20 ans (Top gun, 1986), Tony et Jerry font régulièrement équipe : le premier réalise et le second finance. Une collaboration tout à la fois fructueuse (leurs films enregistrent de belles recettes en salles, parmi les meilleures du cinéaste) et finalement fort logique, le style visuel percutant de Scott se mariant à la perfection avec les productions pop-corn de Bruckheimer. Après 8 ans de séparation (leur dernière collaboration remontait au très réussi Ennemi d'État en 1998), les deux hommes sont donc à nouveau réunis, soit le temps nécessaire pour Scott d'expérimenter de nouvelles facéties visuelles sur Man on fire et Domino.

 

Déjà vu se situent ainsi plus ou moins au confluent de ces deux longs-métrages, à la fois moins abouti en matière de scénario que ne l'était Man on fire (Brian Helgeland nous a livré quelques uns des plus beaux scripts contemporains, ne serait-ce que L.A. Confidential ou encore Mystic River) mais aussi beaucoup plus digeste à l'image que le très épileptique et flashy Domino qui vous filait le tournis au bout d'une demi-heure de film. Un constat qui n'a rien de surprenant puisque Scott a de nouveau fait appel au même chef op. que sur Man on fire, le canadien Paul Cameron (qui a entre temps œuvré sur le très stylisé Collateral de Michael Mann, excusez du peu). Mais comme toujours, mieux vaut être bien conscient que la mise en scène du cinéaste, pour aussi appliquée soit elle, peut par endroits rapidement filer des maux de tête pour cause de montage ultra cut (il est bien connu que Scott aime tourner ses scènes avec plusieurs caméras afin de pouvoir s'éclater ensuite en post-prod.).

 

 

En ce qui concerne l'intrigue, là encore, on sait pertinemment à l'avance que l'on ne vient pas voir un film estampillé « Tony & Jerry » pour la profondeur du scénar ou bien celle des personnages. Sous la direction de Scott pour la troisième fois après USS Alabama et Man on fire, Denzel Washington traverse l'intégralité du film mâchoire serrée, l'œil vif et la truffe au vent pour flairer la moindre piste, James Caviezel lui opposant une moindre résistance avec sa tête de patriote kamikaze tandis que la nouvelle venue Paula Patton campe une victime assez plaisante dans un registre un peu moins nunuche (type belle pépette avec bouche en cul de poule) que ne pourrait le laisser suggérer le rôle. Les deux autres grosses pointures du film, Val Kilmer et Bruce Greenwood, n'étant là que pour servir la soupe gouvernementale à Washington.

 

 

En revanche, là où il conviendra de faire preuve d'une certaine tolérance, c'est du côté du pitch, à savoir cette sensation de « déjà vu » car, comme quantité de longs-métrages (tous ?) traitant de près ou de loin des théories Einsteiniennes sur l'espace-temps, les affabulations les plus folles sont une nouvelle fois de mises. En gros, ça fonctionne un peu comme un DVD : on peut choisir son angle de visionnage, aller et venir d'un chapitre à l'autre ou bien en accélérant, mais selon les besoins des scénaristes (pour rappel, Terry Rossio a bossé dernièrement sur les Pirates des Caraïbes), on ne peut pas toujours faire tout ce que l'on voudrait quand on le voudrait. Pour autant, il serait fort dommage de bloquer devant de tels travers (les Terminator et autres Retour vers le futur n'en sont-ils pas moins attrayants pour ne citer que deux des plus franches réussites basées sur un concept similaire ?) car si le film « nage » quelque peu au milieu (le temps pour Washington de comprendre la grosse machinerie de SF à laquelle il a à faire alors que le spectateur a déjà tout capté depuis longtemps), l'ensemble se laisse suivre sans déplaisir. De surcroît, ces errements dans les méandres du continuum espace-temps nous offrent à voir l'une des séquences les plus originales et réussies qui soit : une scène où passé et présent se retrouvent juxtaposés le temps d'une course-poursuite.

 

Résumé

Cette nouvelle collaboration Scott – Bruckheimer n'a finalement jamais aussi bien porté son nom : une sensation de « déjà vu » qui n'en est pour autant pas moins plaisante à (re)voir.

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