Critique : Sisters

Ilan Ferry | 3 février 2007
Ilan Ferry | 3 février 2007

De Fog au récent Pulse, l'histoire du remake est jonchée d'un nombre particulièrement impressionnant d'échecs dont le seul mérite est d'inciter à la redécouverte des œuvres originales. Le Sisters de Douglas Buck s'inscrit directement dans cette lignée à la différence près qu'elle s'adresse à un public beaucoup moins mainstream. Buck avait pourtant déjà prouvé avec son insupportable Family Portraits que la volonté (somme toute auteurisante) de s'adresser à un cercle plus restreint via une œuvre plus difficile d'accès ne donnait pas nécessairement les meilleurs résultats. Loin d'être une « vulgarisation » de l'œuvre originale, la version de Buck se contente de suivre à la virgule près le scénario de son modèle. Si un tel procédé demeure l'apanage de tout remake qui se respecte, l'arrivée d'un réalisateur comme Buck ayant créé via ses courts-métrages un univers particulier à l'atmosphère pesante (auquel on adhère ou non) avait de quoi susciter une certaine curiosité à défaut d'une attente réellement fébrile. Malheureusement, ce dernier prouve plus que jamais avec ce remake qu'il est un auteur hautement surestimé dont la réputation semble aujourd'hui aussi surfaite que les courts-métrages qui l'ont fait connaître.

Dépouillé de toute la substance du film de Brian De Palma, Sisters sonne aussi creux dans le fond que dans la forme. À la frénésie visuelle et aux réflexions apportées par l'œuvre original s'oppose ici une intrigue platement déroulée par une mise en scène manquant cruellement de relief. Ainsi, après une séquence inaugurale résolument différente de son modèle, et laissant présager une relecture intéressante de l'œuvre matrice, le remake de Douglas Buck s'enfonce de plus en plus profondément dans les méandres d'une enquête inintéressante dont les tenants et aboutissants (censés être tenus secrets jusqu'à la révélation finale) sont désamorcés quasi instantanément après une première demie-heure de métrage. Buck prend ainsi le pari de désarçonner connaisseurs et novices dans ce qui s'apparentera de plus en plus comme un téléfilm de luxe à l'esthétique aussi inexistante que son propos est transparent. Non content d'être d'une platitude alarmante, Sisters se veut aussi la prolongation des premiers succès expérimentaux de Polanski et Cronenberg… des prétentions qui restent toutefois au stade de simple note d'intention, Buck se contentant de caricaturer ses modèles sans jamais en retranscrire l'atmosphère étouffante.

Indie attitude oblige, le Sisters 2006 se compose d'un casting hétéroclite qui ne trouve pourtant jamais sa place dans le film. Délicieusement hystérique, Lou Doillon traverse le film comme les couloirs de Saint Ange trois ans auparavant, c'est-à-dire en criant et grimaçant sans jamais être réellement émouvante, malgré une volonté flagrante d'exploiter son étrangeté diaphane. Chloé Sevigny (qu'on a rarement vu aussi peu impliquée) descend et remonte les escaliers (un leitmotiv récurent du film) avec un panache qui n'a d'égal que le sentiment de doux flottement traversant tout le long-métrage. Enfin, Stephen Rea semble avoir bien compris qu'il lui en fallait peu pour dégager un malaise constant, campant par là même un Docteur Lacan transparent car simple synthèse de tous ses rôles dans le même registre.

Photocopie impersonnelle, Sisters ne se reprend que lors d'un final grandguignolesque et incohérent à souhait laissant présager de la réussite qu'aurait pu être le film. Peine perdue, elle n'est que la preuve par l'image de la roublardise de celui-ci plus intéressé à procéder à un nettoyage par le vide qu'à se le réapproprier pour l'inclure dans son univers.

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