Critique : Kamikaze girls

Vincent Julé | 14 juin 2006
Vincent Julé | 14 juin 2006

Entre le Mondial de football, le catastrophique Poseidon et le bulldozer Cars, la sortie de Kamikaze Girls est bien une contre programmation pour les distributeurs, mais ne doit pas être réduit à si peu par le spectateur. Ni d'ailleurs à l'étiquette « 100 % manga attitude » accolé à l'affiche ou à sa fâcheuse accroche « Trop dangereux pour les mecs ». Sous ses dehors de bonbon acidulé, Kamikaze Girls est un trip générationnel comme rarement le cinéma en procure. Alors bien entendu, il faut avoir les armes, le background comme on dit, pour appréhender et donc apprécier cette rencontre, ce clash, entre deux sub-cultures.

D'un côté, les Yankis, dernier avatar d'une longue tradition de gangs de jeunes japonais désoeuvrés, pas si éloignés en fait des Furyos que l'on peut rencontrer dans le manga ou le cinéma japonais contemporain. De l'autre, les Lolitas, et plus précisément les Sweet Lolitas – en opposition aux populaires Gothic Lolitas –, dont la tenue renvoie aux poupées de porcelaine européennes. Deux univers très codifiés où le culte de la moto et les échanges à coup de battes de baseball répondent la dentelle blanche et rose, et la nostalgie de l'aristocratie française du XVIIIe siècle. Ainsi, lorsque leurs ambassadrices respectives, Ichigo et Momoko, tombent l'une sur l'autre et deviennent amies, le film ne peut que faire des étincelles.

Le récit épouse en effet alors deux moyens d'expression, jongle et joue avec, au risque peut-être de perdre les moins courageux ou les non-initiés. Pour les autres, ce n'est que du bonheur, grâce entre autre à l'alchimie parfaite du couple formé par l'Idol Kyoko Fukada (Ring 2, Dolls) et la chanteuse Anna Tsuchiya (aperçue aussi dans The Taste of Tea), qui rappelle fortement les deux Nana du manga éponyme de Ai Yazawa, et ce tellement plus que dans l'adaptation cinématographique officielle. Leur balade dans un Tokyo nocturne s'avère un moment de magie, de délicatesse, de translation envoûtant et ressourçant. Merci alors à la compositrice Yoko Kanno, bien connu des amateurs de japanime (Escaflowne, Cowboy Bebop), qui signe une partition éclectique et un morceau "She said" bouleversant.

En espérant que ces lignes auront permis, si ce n'est pas de vous avoir convaincu de courir dans une salle de cinéma (surtout sous cette chaleur), au moins de vous avoir donné quelques clés pour aimer, adorer, ce film plus touchant qu'énervé sur l'amitié et la jeunesse à sa juste… ses justes valeurs !

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