Critique : La Doublure

Stéphane Argentin | 27 mars 2006
Stéphane Argentin | 27 mars 2006

Trois ans après le très moyen Tais-toi ! (assurément son film le plus faible depuis Le Jaguar), Francis Veber retrouve son personnage fétiche de François Pignon (qu'il avait précédemment délaissé) pour un petit vaudeville intitulé La Doublure.

Si l'on ne tient pas compte de ses deux incartades (inutiles ?) au cœur du Hollywood System (Les Trois fugitifs, remake US des Fugitifs, et Out on a limb), depuis la fin des années 80, Veber semble être à la recherche des comédiens susceptibles de remplacer le duo mythique formé par Pierre Richard et Gérard Depardieu à trois reprises (La Chèvre, Les Compères, Les Fugitifs) sans pour autant y parvenir. Depuis ce dernier film, seul le succulent Dîner de cons (adaptation d'une pièce à succès de Veber – auteur de théâtre et accessoirement plus gros succès du cinéaste à ce jour avec plus de 9 millions d'entrées) était véritablement parvenu à nous faire retrouver le Veber – cinéaste de la grande époque.

Jacques Villeret, inoubliable con, n'étant plus des nôtres et Thierry Lhermitte préférant visiblement retrouver ses amis du Splendid pour la vie dans un fadasse Bronzés 3, Veber tente aujourd'hui de renouveler une bonne partie de son casting. Les nouvelles têtes (imposées ?) du futur prime-time de TF1 (coproductrice de La Doublure) sont donc : Gad Elmaleh, nouvelle coqueluche du public français depuis le triomphe du bien pathétique Chouchou en 2003 (près de 4 millions d'entrées) et, histoire d'attirer le mâle en rut, Alice Taglioni, qui redescend sur terre après les hautes envolées des Chevaliers du ciel.

Si le premier, comique de scène avant de le devenir à l'écran, s'en sort plutôt bien pour déclamer du Veber tout en endossant le paletot de service du Pignon du peuple, la seconde semble déjà un peu moins à l'aise dès qu'il s'agit d'ouvrir la bouche (mais après tout, est-ce vraiment ce qu'on lui demande ici ?). Finalement, ce serait presque à nouveau les « anciens » du cinéaste, pourtant relégués pour certains à des rôles de moindres envergures, qui s'en sortent le mieux : Daniel Auteuil (le vrai-faux coming out du Placard) dans le rôle de l'amant chef d'entreprise incapable de quitter son épouse omnipotente (Kristin Scott Thomas, immense actrice dans un rôle hélas là encore trop effacé), Richard Berry (l'inspecteur aussi déboussolé que le film dans Tais-toi !) dans le rôle du conseiller roublard d'Auteuil, ou encore Michel Aumont (second couteau de longue date du cinéaste), dans le rôle truculent du vrai médecin – malade imaginaire. Outre une Virginie Ledoyen en bouquiniste au cœur à prendre un peu trop cachée derrière ses livres, on retiendra également la performance d'un autre comique de la scène : Dany Boon, « pas mal » en fils-à-sa-maman et confident de Pignon.

Quant à l'histoire en elle-même, celle-ci se révèle un peu plus décousue que les précédents scénars de Veber qui enchaîne ici les scénettes (sujet vaudevillesque oblige ?) pour aller de son point A (le quiproquo photographique de départ) à son point B (dont on taira la nature pour ne pas éventer la conclusion) sur des compositions plaisantes signées Alexandre Desplat bien que moins enjouées que celles de Vladimir Cosma (compositeur attitré jusqu'à ce jour mais désormais délaissé par Veber). Pour autant, le métronome de la comédie française fait ce qu'il est toujours parvenu à faire à la perfection, à savoir de l'horlogerie suisse impeccablement réglée et à même de nous décrocher des (sou)rires où et quand il l'a prévu et voulu. Mais si Pignon est de « corvée de top model », Veber lui semble être plus ou moins de « corvée de nouvelles stars » au milieu du casting foisonnant revu et corrigé de son onzième long-métrage. Et en attendant de trouver un digne bouc émissaire successeur de Pierre Richard, il devra donc (et nous aussi par extension) se contenter d'une très honnête doublure.

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