Critique : Casshern

Patrick Antona | 21 octobre 2007
Patrick Antona | 21 octobre 2007

Attendu avec passion par « geeks » et autres « nerds » toujours à l'affût de ce que le Japon peut fournir dans le domaine de la SF, Casshern débarque enfin sur nos écrans, plus d'un an après sa sortie au pays du Soleil Levant. Adapté d'un manga animé des années 70, Shinzô ningen Kyashân, Casshern est le premier film d'un maître du video clip, Kazuaki Kiriya, assisté au scénario de Dai Sato, à la barre de séries tels que Cowboy Bebop ou Ghost in the shell : Stand alone complex. Si l'association de talents motivés par la volonté à tout prix d'exploser les limites du genre avait de quoi être alléchante, et faire espérer une réussite, faute est de constater que Casshern, malgré ses nombreux atouts, n'en est pas une totale.

À l'image de Capitaine Sky et le monde de demain et de Sin city, l'option du tout numérique adopté par le metteur en scène permet certes de créer un univers au croisement de l'anime et du video-game 3D à la fois sombre et exotique mais qui recycle tout une portion de cinéma sans vraiment apporter une touche d'originalité. Si le visuel flirte parfois avec le sublime que ce soit dans la direction artistique proche d'un dessin animé, ou dans certains plans fixes inspirés par la peinture nippone, on aurait aimé encore plus d'audace dans la description de ce futur alternatif où le Japon est devenu maître du monde. Sont ainsi évoqués en vrac Metropolis (le film et le DA), les Terminator, les Tetsuo, Blade Runner, sans compter la saga Matrix et Akira, référence plus qu'évidente, le tout étant censé définir un univers guerrier au look neo-industriel très marqué mais qui n'arrive pas à faire oublier ses modèles.

Alors le réalisateur joue sur les couleurs et la photographie (on passe du rouge au vert resplendissant dans les scènes d'exposition avant d'enchaîner sur une image brouillée lorsque l'action prend place) pour appuyer certaines séquences et donner du « punch », là où sa mise en scène échoue à impliquer le spectateur dans ce drame shakespearien. Car il s'agit en fait ici plus d'un film à la prétention philosophique magnifié de temps en temps par de fulgurants éclairs de violence avec les empoignades musclées entre Casshern et Akubon et ses sbires ou la marche des robots destructeurs dans la ville. Si Kazuaki Kiriya réussit à aborder de manière directe et sincère des questions sensibles telles que la nature destructrice de l'homme, le recours à la violence pour combattre la violence, la notion du pouvoir corrupteur tout en écornant aussi en particulier la nostalgie que certains japonais entretiennent sur leur passé militaire, tous ses messages finissent par passer par dessus la tête du spectateur par cause de lourdeur.

De même, le style empesé et un scénario inutilement tarabiscoté (mutants ou pas mutants ? intervention divine ou manipulation ?) nuisent à l'efficacité d'un récit qui aurait gagné à être plus resserré. Et que dire du côté eau de rose et sentimental qui illustre les relations entre les différents personnages du film (Casshern et la lumineuse Kumiko, Midori et Akubon) qui plombe sérieusement le rythme d'un film déjà long (2h20 ) et de l'utilisation simpliste de la musique (hard-rock tonitruant lors des fights, symphonique pour les instants dramatiques) que l'on peut faire passer pour une erreur de jeunesse.

Heureusement surgissent de (rares) scènes d'action au visuel rappelant avec bonheur l'univers du manga et des comics US, ainsi qu'un final apocalyptique bienvenu (mais qui doit beaucoup à Otomo et à Fritz Lang !). On peut espérer beaucoup de Kazuaki Kiriya à l'avenir et reconnaître que son pari du rendu 100% numérique, qui donne au film sa tonalité particulière, est une réussite, le tout pour un budget de 6 Millions de dollars (ce qui peut être considéré comme un exploit !). Mais c'est la seule grande qualité qui fait de Casshern un spectacle à ne réserver qu'aux fans d'objets filmiques conceptuels ou aux accros à la SF nipponne de bonne tenue, quand même !

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