Match Point : Critique

Vanessa Aubert | 24 octobre 2007
Vanessa Aubert | 24 octobre 2007

Après avoir péniblement hésité entre comédie et drame dans Melinda et Melinda, Woody Allen trouve le ton juste dans Match Point

Le new-yorkais installe son intrigue à Londres et pose les jalons de l'histoire amoureuse de Chris, jeune professeur de tennis et Nola, actrice en manque de reconnaissance. Cette délocalisation est la bouffée d'oxygène qui manquait dans une filmographie dont l'énergie semblait s'effilocher. Allen réussit la prouesse d'insuffler le même amour en filmant la Tamise que les rues de New York. En délaissant sa ville le temps d'une escapade anglaise, le cinéaste retrouve l'inspiration et s'efface à nouveau pour mettre en avant des comédiens de la nouvelle génération. Il permet à Scarlett Johannson d'user de sa sensualité à bon escient pour charmer avec nuance Chris, qu'interprète un Jonathan Rhys Meyers plus que crédible en joueur de tennis de haut niveau sur le retour.

 

 

En lui offrant ce rôle de jeune premier gravissant les marches de la haute société anglaise, Allen donne à Meyers la possibilité d'affiner son jeu au-delà d'un regard perçant mais aveuglant parfois ses talents de comédien. Allen se détache de son travers habituel à faire jouer par un autre que lui le personnage de anti-héros new-yorkais névrosé qu'il a créé. Il laisse plus de liberté et augmente le champ des possibles en ne faisant pas de Chris-Meyers son double. Certes, l'as de la raquette se révèle cultivé, citant les philosophes et s'interrogeant sur l'existence mais il résulte d'une construction de personnage plus originale. L'évolution de Chris dévoile les possibilités d'incarnation d'un Meyers qui porte parfaitement Match Point sur ses épaules.

 

 

Sa conviction s'associe à la fraîcheur de Johannson touchante tant par ses silences que les extériorisations de sa colère et de sa souffrance. Les seconds rôles portés en majorité par des acteurs d'Outre-Manche rendent le casting impeccable et accroissent le réalisme du film. La peinture de la bourgeoisie britannique permet en effet de mieux comprendre l'ascension de Chris et d'accéder davantage à la difficulté de ses choix. L'intrigue se révèle plus riche que les récentes réalisations d'Allen évoluant du sentimental au suspense et son talent à pointer du doigt les doutes, les faiblesses de l'être humain explose à nouveau. Il réalise avec maîtrise des scènes magnifiques de romantisme et de finesse qui resteront autant en mémoire que certaines de son cinéma devenues mythiques. Si la discussion enivrée entre Chris et Nola reste très bien écrite, leurs rapprochements sous la pluie (tels ceux de Woody Allen et Diane Keaton dans le Central Park de Manhattan) démontrent que le cinéaste new-yorkais est toujours capable de création. Entre la comédie influencée par les Marx Brothers et son évidente admiration de Bergman confirmée par Interieurs, Allen trouve le juste milieu déjà exploité dans Crimes et Délits. Un renouveau que l'on espère voir se confirmer dans son prochain projet d'automne.

 

 

 

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