Critique : Brasileirinho

Vanessa Aubert | 15 août 2005
Vanessa Aubert | 15 août 2005

Si vous n'avez pas encore compris que 2005 est l'année du Brésil, c'est sans doute que vous vivez en ermite dans une contrée retirée de toute civilisation ou que vous n'avez pas encore vu le dernier documentaire de Mika Kaurismäki. Brasileirinho est de ces réalisations qui vous donnent l'impression d'être plus érudit une fois la projection terminée. Alors que le Brésil est synonyme de samba, ce film ouvre l'esprit, l'œil et les oreilles sur une musique populaire qui lui est antérieure. Né à la fin du XIXème siècle, le choro (« pleur » en portugais) est une synthèse entre les danses de salon importées d'Europe (polka, quadrille, valse…) et les danses afro-brésiliennes. Il résulte d'un travail de précision et de l'héritage des grandes figures de ce courant considéré comme l'âme de la musique brésilienne. Une maîtrise technique que Mika Kaurismäki réussit parfaitement à retranscrire.

Après de nombreuses collaborations avec son frère Aki (auquel on doit notamment L'Homme Sans Passé, Grand Prix du Jury à Cannes en 2002), le cinéaste d'origine finlandaise, installé à Rio de Janeiro dans les années 90, produit et réalise en 2002 son premier documentaire sur la musique brésilienne Moro No Brasil (comprenez « Je vis au Brésil ») qu'il axe sur la samba. Brasileirinho lui permet d'exploiter à nouveau les sonorités de sa terre d'accueil en réhabilitant une musique peu connue et délaissée dans les années 60 mais qui connaît aujourd'hui un nouvel essort. En filmant au plus près les musiciens et leurs instruments, il cherche à entrer au cœur de la création musicale autour des guitares, du cavaquinho (petite guitare à quatre cordes), du bandolim (la mandoline brésilienne), des cuivres… Il s'attache à chacun d'entre eux et structure son film en décomposant ainsi la musique pour mieux comprendre l'émergence de cette harmonie.

Mika Kaurismäki laisse la parole aux connaisseurs sans s'immiscer dans des échanges techniques, mais proches de l'intimité, que même les moins mélomanes comprendront. Les artistes confirmés mêlés à la nouvelle génération issue des écoles de banlieue attestent de la vitalité du choro. Mais au-delà, le réalisateur s'infiltre dans les rues, places, théâtres pour montrer l'ancrage d'une musique ancestrale dans les lieux de vie brésiliens. Il prend part au tourbillon des danses et place sa caméra au centre des concerts et rencontres musicales, les rodas de choro.

N'usant d'aucun artifice, Mika Kaurismäki semble respecter la pureté d'une musique qu'il tend à faire découvrir de façon accessible en mettant les sens en éveil. Les plans léchés sont en accord avec les sonorités d'une musique mise en image avec grâce et dont la mélancolie et la poésie touchent particulièrement. Accord parfait.

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