Critique : My summer of love

Par Aurélie Mayembo
20 juin 2008
MAJ : 13 octobre 2018
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Pour ceux qui pensent que le cinéma anglais filme uniquement des camaïeux de gris et des récits naturalistes, le film de Pawel Pawlikowski vient apporter un joli démenti. Comme son titre le laisse entendre, My summer of love est le récit d'une parenthèse enchantée, celle que va vivre, le temps d'un été, Mona la rebelle en croisant la fascinante Tamsin. Histoire d'une amitié amoureuse, le film n'est pas sans rappeler le Créatures célestes de Peter Jackson, où deux jeunes amoureuses s'évadaient en bâtissant un univers onirique (avant d'en arriver à des extrémités plus terrifiantes). Comme son prédécesseur, My summer of love est un film envoûtant qui installe une véritable ambiance et ce, dès les premières images, où Mona dessine un portrait de femme sur un mur sur le morceau Lovely Head de Goldfrapp.

Il faut dire que si l'apport de Portishead dans l'énigmatique L'Annulaire ne marquait pas forcément les esprits, la contribution de Goldfrapp est ici, par contre, capitale. Très inspiré d'Ennio Morricconne, la musique du groupe anglais sied parfaitement aux paysages déserts que l'on voit tout au long du film, ainsi qu'à la relation fascination/répulsion qui se dessine entre les deux héroïnes. Avec ses paysages mi-industriels, mi-ruraux gorgés de soleil (le tournage a eu lieu pendant de l'été le plus chaud qu'ait connu le Yorshire), ses couleurs éclatantes et son atmosphère étouffante, c'est un film solaire qu'a réalisé Pawel Pawlikowski.

En adaptant un roman connu outre-Manche, il a fait le choix d'élaguer l'histoire originale et de rayer toute référence temporelle pour se concentrer sur ses personnages : Mona la fille à la mobylette et Tamsin, la jeune bourgeoise qui fait du cheval à ses heures perdues. Au lieu de mettre en évidence leurs différences (le milieu social, notamment), le réalisateur se concentre sur ce qui rapproche les deux jeunes filles : problèmes familiaux (une sœur anorexique pour l'une, un frère « Born Again Christian » pour l'autre), dégoût des autres et besoin d'évasion. C'est en montrant cette complicité à toute épreuve que le cinéaste réussit le mieux.

Moins efficace est la deuxième partie du film quand se met en place une relation de dépendance, amenant comme on peut s'y attendre à un épilogue plus sombre. Si le final est décevant, c'est parce qu'il souligne combien le film doit à ses actrices et non à son scénario. L'interprétation tout en finesse de Nathalie Press et Emily Blunt, dont ce sont les débuts à l'écran, est pour beaucoup dans le charme de My summer of love. Mais après avoir envoûté son spectateur, le réalisateur interrompt brutalement son récit, comme s'il sonnait la rentrée des classes. Dommage que cet été mémorable s'achève comme un réveil difficile.

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