Critique : Le Carton

Patrick Antona | 5 octobre 2004
Patrick Antona | 5 octobre 2004

Depuis longtemps, le théâtre de boulevard ou le café-théâtre a toujours été un vivier où nombre de metteurs en scène de cinéma y ont puisé leur inspiration, source de potentiels succès (Cuisine et dépendances, Le père noël est une ordure), mais aussi d'échecs fracassants (Tout baigne !, Ma femme s'appelle Maurice, Cravate Club). Une des solutions permettant de transformer ce qui est un spectacle de scène en un film à part entière consiste souvent à « ouvrir » l'action, en montrant le « off » ou en ajoutant des personnages. C'est le credo que Charles Némès (La Tour Montparnasse infernale) a choisi pour l'adaption du Carton, triomphe théâtral de la saison passée, racontant les déboires d'Antoine (Vincent Desagnat) qui doit vider son appartement dans la journée, avec l'aide de ses amis plus ou moins concernés par ses problèmes. Les auteurs du film ont aussi ajouté à l'équation un élément non négligeable : la venue de nouvelles gueules (vues à la TV, comme on dit) pour en faire un produit destiné avant tout aux « djeunes ».

Hélas, ce qui aurait pu devenir une comédie-catastrophe dans la veine du meilleur burlesque (on fantasme sur ce que Blake Edwards en aurait fait) ne réussit qu'à nous faire – souvent – sourire sans jamais provoquer la franche hilarité, à contrario de la pièce. Seuls quelques quiproquos de situations, comme la confusion entre la top model et la fille du propriétaire, ou encore la scène dans laquelle Bruno Salomone, caché dans un carton, entend sa petite amie faire des avances à Antoine, arrivent de temps en temps à dynamiser l'ensemble et à réveiller nos zygomatiques.
Pourtant, il faut bien le dire, le choix du casting fait globalement mouche. Vincent Desagnat dans le rôle principal se révèle judicieux, son côté branleur nonchalant qui doit se démener dans l'urgence lui convient parfaitement. Idem pour Bruno Salomone en ami hâbleur et dragueur. On peut rester en revanche circonspect sur le choix d'intégrer Omar et Fred dans des personnages qui, bien qu'existant déjà dans la pièce, n'apportent rien au déroulement de l'action, se montrant même limite agaçants in fine (Fred et ses monologues). En revanche, Armelle Deutsch en amie naïve et espiègle arrive à tirer son épingle du jeu (à quand l'explosion de cette pétillante comédienne ?). Émilie Chesnais en fille à papa sèche et revêche mérite une mention particulière. Quant à la débutante Cecilia Cara (issue de la comédie musicale Roméo et Juliette), on ne retiendra que son très joli minois ce qui, au final, n'est déjà pas si mal.
Au bout du compte, si le film devrait trouver son public, on ne pourra s'empêcher de ressentir une grosse frustration tant le potentiel était bien présent.

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