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Dîner à l’anglaise : critique d’un buffet refroidi entre amis

Par Judith Beauvallet
18 juillet 2024
MAJ : 27 novembre 2024

Après Braquage à l’anglaise, Gambit : Arnaque à l’anglaise et Mariage à l’anglaise, la traduction française de titres qui rajoute du “à l’anglaise” dès qu’un film se passe à Londres a encore frappé. Cette fois-ci, c’est Dîner à l’anglaise (The Trouble with Jessica en version originale), nouveau long-métrage de Matt Winn (The Hoarder, We Are Happy), qui arrive sur les écrans comme petit divertissement so british du moment. Une bande de quinquas bourgeois (parmi lesquels Rufus Sewell, Shirley Henderson ou encore Olivia Williams) se réunit pour un dîner entre vieux amis… jusqu’à ce que survienne le suicide inattendu de l’une des convives. Le reste de la soirée consiste alors à planquer le corps sans trop se disputer, au cours d’une comédie de mœurs ni surprenante ni déplaisante.

Rufus Sewell, Olivia Williams, Indira Varma, Shirley Henderson et Alan Tudyk sont attablés autour de quelques bouteilles et verres de vin.

Casting à l’anglaise

Le premier atout du film, c’est son casting. Joli brassage de seconds couteaux (britanniques pour la plupart, mais pas que) qu’on regrette trop souvent de ne pas voir dans des rôles principaux, l’affiche de Dîner à l’anglaise donne enfin la part belle aux visages qu’on aime sans bien les connaître.

Shirley Henderson (la meilleure amie de Bridget Jones et Mimi Geignarde dans Harry Potter), Rufus Sewell (héros de Dark City aussi vu dans Hamlet ou The Holiday), Olivia Williams (l’épouse de Bruce Willis dans Sixième Sens, également au casting de Une Éducation et Anna Karénine), Indira Varma (charismatique Ellaria Sand dans Game of Thrones, aperçue dans Mission Impossible : Dead Reckoning) et Alan Tudyk (vu dans 3h10 pour Yuma, Joyeuses Funérailles ou encore Peter Pan et Wendy) sont donc les stars du film de Matt Winn pour notre plus grand plaisir.

Shirley Henderson, enfin la star d’un film

Inutile de se mentir : la fraîcheur d’un tel film, alors que son pitch reste classique et facile, est essentiellement apportée par ses interprètes. Et c’est le cas lorsque ceux-ci, comme ici, n’ont que rarement le droit au devant de la scène malgré leur talent, et qu’ils ont atteint un âge non pas avancé, mais tout de même très peu représenté en rôles principaux au cinéma, surtout pour ce qui est des personnages féminins. Bref, avant même de dérouler son programme, Dîner à l’anglaise force la sympathie.

Par ailleurs, sans être les plus mordants du genre, les dialogues se dégustent avec plaisir, dépeignant adroitement les caractères tous plus ou moins égoïstes (mais aussi touchants) de ces convives qui peinent à réaliser que le malheur qui leur est tombé dessus dépasse leurs petits soucis du quotidien. Les situations rocambolesques s’enchaînent, dans un déroulé assez attendu mais dont les quiproquos font serrer les miches plus d’une fois. Jusqu’à la fin du film, le spectateur conserve aisément un sourire content sur la figure, se satisfaisant de ce plat loin d’être révolutionnaire, toutefois nourrissant.

Rufus Sewell en délinquant pas juvénile

Les pieds dans le plat

En revanche, difficile de ne pas reprocher au film quelques aspects formels : sans être inspiré d’une pièce de théâtre, Dîner à l’anglaise a pourtant tout du théâtre filmé. Caméra utilisée sans ambition et de manière purement narrative, photographie coincée entre hautes lumières orangées et noirs grisés, tout juste digne d’un projet étudiant, musique pas désagréable mais simplement bonne à souligner les changements de décors et les interludes… On est loin de la maîtrise esthétique et musicale des grandes comédies anglaises.

La seule envie de Matt Winn semble être de raconter son vaudeville (écrit par lui-même et James Handel) comme un enchaînement de nœuds dramatiques et de respirations comiques, sans jamais faire communiquer le langage cinématographique et ce que vivent réellement les personnages. C’est bien dommage, car une meilleure mise en scène et une photographie plus travaillée auraient pu faire passer la gentille farce au niveau supérieur.

Cuisine et dépendances

Néanmoins, toutes les belles images du monde n’auraient pas pu moderniser le scénario qui, malgré son efficacité, ressert encore du drame pas très dramatique entre pauvres riches qui font des pieds et des mains pour se trouver des soucis (pauvres bébous qui vont peut-être devoir vendre leur immense maison en plein cœur de Londres pour vivre dans une baraque à taille humaine), ignorant assez grossièrement les problèmes plus profonds qui ont pu pousser la fameuse Jessica à se suicider. Encore dans une logique typique de la comédie facile, le décès est tout juste prétexte à faire en sorte que les autres personnages se révèlent et se réconcilient, sans jamais être un sujet en soi.

Si quelques dialogues viennent caresser timidement les questions de dépression et de classes sociales, le film n’ose presque jamais s’écarter de son ton badin pour les explorer réellement, avec ou sans humour, et les personnages restent confortés dans leur bulle privilégiée qui, finalement, ne sera jamais éclatée. Au spectateur de voir s’il aime encore qu’on lui raconte aujourd’hui ces plaisanteries d’un autre temps. Pourquoi pas ? Si oui, alors les défauts de l’image seront vite mis de côté, et cette petite soirée entre amis ennemis saura charmer sans mal.

Rédacteurs :
Résumé

Comédie britannique classico-classique d’une grande pauvreté esthétique, Dîner à l’anglaise offre le plaisir de ses dialogues bien tournés et, surtout, de son casting aux petits oignons.

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Climat

Tout à fait d’accord avec cet avis, le casting est excellent, avec une mention spéciale pour  Shirley Henderson et aussi Olivia Williams.

Eusebio

Les pieds dans le platS ???