Critique : Ghost in the shell 2 : Innocence

Fabien Braule | 30 novembre 2004
Fabien Braule | 30 novembre 2004

Mamoru Oshii, un nom à faire frémir l'entertainment hollywoodien, Jerry Bruckheimer en tête. Pour quiconque a vu les œuvres précédentes de ce poète de l'image, l'expression « prise de tête » ne doit pas être étrangère, tant chacun de ses films possède une portée philosophique extrême et particulière, folle et passionnante à la fois. Si Ghost in the shell s'affichait comme le maître d'œuvre d'une nouvelle ère de l'animation, Avalon en était son pendant dans l'art du réel. Avec Ghost in the shell 2 : Innocence, les aspirations viennent une nouvelle fois troubler et révolutionner le monde du septième art. Il se fond dans la logique Oshii et s'affirme sans doute comme le dernier volet d'une trilogie supposée, ralliant deux modes de représentations graphiques, et prêchant le faux pour nous soumettre toute la beauté du vrai.

Beauté des corps inertes et mécaniques, beauté de l'espace et des décors, Ghost in the shell 2 : Innocence abonde de tout cela, sans pour autant vouloir se vanter de quoi que ce soit. En bon plasticien, Oshii réalise l'un de ses rêves les plus chers, celui de donner naissance à la perfection anthropomorphique. Robots ou cyborgs, l'aboutissement d'une vie de cinéaste se retrouve là, face à ces poupées surréalistes influencées par l'artiste Hans Bellmer. Il ne reste rien d'humain dans Ghost in the shell 2 : Innocence, si ce n'est l'impression d'avoir devant soi des hommes et des femmes asexués, le visage blanc, un lys dans les cheveux. Ici, l'artiste parvient à rendre grâce à la plastique sublime de ces poupées en effaçant leur frigidité derrière un regard bleu et des lèvres pourpres, jusqu'à s'immiscer dans leur conception. Sous le regard du spectateur, Oshii procrée. Le générique, à l'image de celui du premier volet, passe par une succession d'étapes extraordinaires, comme s'il s'agissait là d'une « Version 02 » marquant l'évolution de la technologie cybernétique. Du cerveau jusqu'au bout des doigts, la conception se fait visuelle et sonore. De cette évolution naît la révolution, si chère aux concepteurs de la trilogie Matrix, et avec elle le motif de la déclinaison, si bien représenté par la superbe partition de Kenji Kawaï.

Mais, loin s'en faut, Ghost in the shell 2 : Innocence n'est pas une œuvre brodée de pâquerettes et de jonquilles résumant le parcourt exemplaire d'une intrigue policière ensoleillée. Il s'agit bien plus d'une mise en avant conflictuelle entre la beauté des images et l'ambiance typique du film noir. Batou en est d'ailleurs la principale victime, lui qui se rapproche spirituellement de son créateur, Mamoru Oshii. De péripétie en péripétie, le cyborg solitaire se retrouve hanté par le souvenir de la belle Motoko, point de départ de cette nouvelle enquête. Les lieux se multiplient, tous aussi parfaits les uns que les autres, et Oshii de nous emporter à corps perdu dans un univers où le danger se fait tableau, carnaval ou maison de verre bien plus que par la simple représentation d'une égérie fatale. Oshii guide et maître des clés, cela ressemble finalement de près à Avalon, à son parcours tissé de pièges et d'indices, où toute notion rationnelle s'échappe peu à peu derrière une extraordinaire issue à la teneur métaphysique.

Ghost in the shell 2 : Innocence, derrière son masque de velours, s'affirme comme un aboutissement évident dans la carrière du cinéaste japonais. Plus simple au premier abord, il marque aussi les limites de toute réflexion sur l'intelligence artificielle à ce jour, tout autant qu'il redéfinit, à lui seul, les points d'ombre et de brume d'Avalon. Comme l'affirmait déjà en 1995 James Cameron, Mamoru Oshii est un visionnaire, assurément !

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