Elvis : critique du retour du King

Chloé Chahnamian | 22 juin 2022 - MAJ : 22/06/2022 17:28
Chloé Chahnamian | 22 juin 2022 - MAJ : 22/06/2022 17:28

Peut-être l'un des cinéastes les plus clivants, Baz Luhrmann n'avait pas pointé le bout de son nez sur grand écran depuis Gatsby le magnifique en 2013. Il aura donc fallu attendre presque dix ans pour que le maitre de l'excès et du clinquant s'empare d'un sujet que lui seul aurait pu mettre en images comme il se doit : Elvis Presley. Dans Elvis, Luhrmann raconte l'ascension et la déchéance d'une icône incarnée par Austin Butler et maitrisée par son impresario, le Colonel Tom Parker, joué par un Tom Hanks métamorphosé.

HOLY KING

Il faudra attendre quelques minutes pour qu'enfin le visage d'Elvis Presley soit montré. En repoussant le dévoilement de sa star, Baz Luhrmann fait d'elle l'objet central. Comme tapis derrière un lourd rideau rouge, le spectateur s'impatiente de découvrir Austin Butler grimé en King ou plutôt en jeune prince.

Fascinant, hypnotique, Austin Butler est la grande révélation d'Elvis. Malgré les réticences de certains, il arrive à parfaitement incarner celui qui a fait rêver toute une génération. De son déhanché endiablé mondialement célèbre aux micro-expressions et mouvements de cheveux, l'acteur est plus que fidèle à celui qu'il personnifie. Car oui, quand on joue Elvis Presley, on n'interprète pas qu'une célébrité, on incarne une légende.

 

Elvis : Photo Austin ButlerL'ancêtre de Danny Zuko

 

Vendu au spectateur comme un dieu vivant, grâce à la narration très lourde de l'impresario (seul véritable couac du film), il est également mis en scène comme tel. De la même manière qu'Elvis attirait tous les regards, Butler attire la caméra à la manière d'un aimant, et ce jusqu'à la fin, même quand le visage du King a changé et qu'il n'est plus que le fantôme de lui-même.

Comme on pouvait s'y attendre, Elvis ne déroge pas à la règle classique du biopic qui consiste à montrer le retour de flamme de la célébrité, mais cette deuxième partie, plus calme, n'est pas moins intéressante que la première partie très rythmée. De fait, il aurait été dommage de se focaliser seulement sur les moments glorieux alors que le King a déchu et s'est retrouvé complètement dopé, gardé artificiellement en vie par des rapaces.

Celui qu'on nous décrivait comme un oiseau prêt à s'envoler, s'est retrouvé privé de ses ailes et a petit à petit dépéri. Comme il l'a fait dans Gatsby le magnifique, Luhrmann s'intéresse à une figure tragique, bien qu'admirée de tous, à un obsédé de la démesure qui va subir les conséquences de sa renommée.

 

Elvis : Photo Austin ButlerL'objet de tous les désirs

 

the Devil in Disguise

Elvis n'oublie pas de nous rappeler que la déchéance du Roi du rock n' roll est en très grande partie due à sa rencontre avec le Colonel Parker, impresario diabolique, voire carrément machiavélique, qui décèle en lui le gagne-pain idéal. Comme à son habitude, Baz Luhrmann n'y va pas avec le dos de la cuillère et fait de Tom Hanks un véritable méchant de dessin animé, très caricaturé et adepte des "entourloupes" comme il le répète sans cesse.

Plus qu'un profiteur, il est montré comme un monstre grâce à des prothèses effrayantes et des effets visuels déformants, comme durant la séquence dans la salle des miroirs à la fête foraine qui le rend aussi difforme qu'omniprésent. Il ne voit pas dans Elvis un homme capable de changer le monde de la musique, mais une bête de foire susceptible de faire de lui le plus riche des hommes, ce qu'il sera un temps. D'abord présenté comme le maitre de la danse, il devient une mère de substitution pour le King.

 

Elvis : Photo Austin ButlerL'ombre qui lui colle à la peau

 

En plus de faire de son personnage principal l'idole des foules, le cinéaste rappelle ainsi qu'il est aussi la première victime historique du merchandising. Le visage séduisant et provocateur d'Elvis se retrouve placardé sur des coussins, des tasses et autres objets en tout genre. Habilement, Baz Luhrmann fait son petit cours d'histoire des médias et insiste sur l'intérêt d'avoir des détracteurs et l'importance aussi, pour le Colonel, de faire du profit sur leur dos, car oui, tout est toujours une question d'argent. 

Intensément musical, Elvis se sert aussi de la musique pour refléter l'état d'esprit du personnage, elle devient un fil conducteur permettant d'insister sur leurs émotions. Ainsi, quand le King défie l'autorité et décide de ne pas s'assagir, il fait de sa chanson Trouble l'emblème de sa liberté, et quand il se retrouve coincé à Las Vegas alors qu'il voulait parcourir le monde, c'est évidemment Suspicious Minds qu'il chante et la célèbre phrase "Caught in a trap" prend alors tout son sens

 

Elvis : Photo Austin Butler, Tom HanksEvil Hanks

 

Elvis surprend également quand il cite l'actualité et décide de ne pas faire du King une star universelle, mais une célébrité de son temps, qui répond constamment aux inquiétudes de son époque et qui est surtout influencée par celles-ci. Engagé contre les discriminations raciales, Elvis Presley est montré comme une personne politisée qui ne pourra jamais réellement faire entendre sa voix à cause de l'aspect non vendeur de la politique. Il doit rester un rêve, un fantasme.

Luhrmann fait de cette envie d'engagement un véritable enjeu pour son personnage, cantonné à se taire et faire bonne figure malgré quelques moments de rébellion exaltants. Touché par les assassinats du sénateur Bob Kennedy et de Martin Luther King, subjugué par la ségrégation qui sévit jusque dans ses concerts, Elvis souffre de son impuissance.

Alors que le film aurait simplement pu se focaliser sur la figure d'Elvis, "l'homme blanc qui chantait comme un noir", il rend également hommage à ses influences musicales et son amour pour le Rhythm and blues et le gospel. Un amour qu'il entretient depuis son enfance, depuis qu'il a été touché par la grâce de la musique noire et d'un gospel qui l'a transcendé. Big Mama Thornton, BB King et même le jeune Little Richard font leur apparition et montrent une autre facette des années 1950-70 en évoquant ces artistes qui n'avaient alors pas le droit de passer à la radio. 

 

Elvis : Photo Shonka DukurehBig Mama Thornton

 

LE TOURBILLON DE baz

S'il ne fallait savoir qu'une chose sur Baz Luhrmann avant de voir Elvis, c'est qu'il aime donner le tournis à ses spectateurs et clairement, son nouveau film ne déroge pas à son style sacré. Si le montage est déjà électrique, raccordant des plans parfois très courts dans une frénésie étourdissante, le cinéaste se permet aussi des expérimentations visuelles entre split screen à gogo et même une séquence animée en bande dessinée. 

Baz Lurhmann prouve à nouveau qu'il aime les montage-séquences et ces derniers fonctionnent à merveille surtout quand la musique qui les accompagne est anachronique, faisant d'Elvis un objet visuel pop. Comme à son habitude, le cinéaste ne fait pas que raconter une histoire, il se sert de toutes les possibilités techniques en sa possession pour expliciter son propos, ce qui pourrait en dérouter certains. La caméra tourbillonne, zoome puis dézoome, les plans s'enchainent frénétiquement et des sons extradiégétiques viennent constamment titiller nos oreilles.

 

Elvis : Photo Austin ButlerHypnotique

 

Mais cette identité visuelle ne vient jamais empiéter sur le récit biographique et, comme on ne pourrait imaginer un biopic sur Marilyn Monroe sans un plan où sa robe blanche s'envole, on ne pourrait imaginer un biopic sur Elvis sans une pelletée de moments devenus iconiques et Baz Luhrmann l'a bien compris. La reconstitution de certains passages désormais inscrits dans la pop culture est impressionnante de réalisme et on doit en partie cela à Catherine Martin, la décoratrice, costumière et accessoirement compagne de Baz Luhrmann, directrice artistique sur tous ses films.

Que ce soit quand il est obligé de se couper les cheveux pour partir à l'armée, quand il revient habillé tout de cuir pour son comeback télévisé ou encore lors de ses performances à Vegas, Austin Butler s'efface derrière le King et les connaisseurs d'Elvis seront très probablement touchés par cette envie de réalisme. Luhrmann incruste habilement des images d'archives tout le long de son film, des images qui passeront inaperçues devant les yeux des spectateurs non aguerris, mais qui viendront séduire les admirateurs du King et confirmer que Baz Luhrmann a fait un travail de reconstitution passionnant.

  

Elvis : Affiche officielle

Résumé

Grâce à son montage électrique et sa caméra tourbillonnante, Baz Luhrmann fait de son Elvis un objet visuel passionnant. La performance d'Austin Butler est aussi remarquable que juste, il incarne un Elvis agité, abusé et terriblement captivant. C'est lui la vraie révélation d'Elvis.

Autre avis Alexandre Janowiak
Elvis est presque interminable avec ses 2h39, mais Baz Luhrmann enflamme l'écran avec son festival musical et visuel dans un biopic furieusement fiévreux et mélancolique du King porté par la performance fabuleuse de Austin Butler.
Autre avis Antoine Desrues
Comme d'hab avec Baz Luhrmann, Elvis enchaîne mille effets kitsch à la seconde sans jamais rien hiérarchiser, si bien que son récit à la narration explosée se cannibalise en permanence. Mais paradoxalement, cette forme épuisante s'accorde à la vie décousue de cette icône dévorée par sa propre image.
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commentaires
Rick Hunter
28/06/2022 à 18:45

Le célèbre site américain Roger Ebert a mis la note catastrophique de 1,5 / 4 en disant que ce film est une horreur !

Sanchez
28/06/2022 à 09:14

Baz Lurhmqn est peut être un des pires réalisateurs actuel et le prouve une nouvelle fois avec cet Elvis de pacotille. Lurhman se fout totalement de la musique du King , nous met du rap de merde en inter séquence et des effets tape à l’œil toute les 2 secondes en mode Olivier Stone du pauvre. Impossible d’apprécier la moindre prestation d’acteur puisque ça coupe toutes les 2 secondes , aucune émotion ne transparaît. Et évidemment comme dans tous les mauvais film , tout est surligné en voix off histoire de prendre les spectateurs pour des jambons. Le pauvre Austin Butler ne ressemble pas à Elvis et ressemble à un cosplay queer . J’ai tenu 1h30 et cédât déjà bcp

Geoffrey Crété - Rédaction
27/06/2022 à 11:25

@Niflette

On n'a pas prévu de se concentrer sur ce type de film, souvent très visible et médiatisé. En revanche, on travaille sur un dossier autour des comédies musicales, pour mettre en avant des films qui méritent plus de lumière, selon nous.

Niflette
27/06/2022 à 11:15

@El
A quand un classement des biopic musicales existantes avec vos avis ? Il commence à y en avoir un paquet : Johnny Cash, Tina Turner, Queen, Elton John, Liberace, Jerry Lee lewis, les Doors, Ray Charles, Aretha Franklin, Django Reinhardt, Gainsbourg, Cloclo, Dalida (et j'en passe) et dans la moindre mesure Aline ou The rose…?

fredericmick
26/06/2022 à 18:06

Vulgaire et kitsch. Je ne suis pas un gros connaisseur du King et ce film ne m’a rien appris. Le plus dommage est qu’il ne prend jamais le temps de nous faire découvrir la musique d’Elvis ; tout s’enchaîne à une vitesse provoquant la nausée et les morceaux ne sont que très rarement présentés dans leur version authentique.

Le seul moment qui m’a ému est lorsqu’on voit le vrai Elvis chanter à la toute fin du film. Le reste sonne creux comme un mauvais remix.

monica
26/06/2022 à 17:43

je viens de voir ce merveilleux film .. vraiment exceptiionel evidemment grande fan du king ;l'acteur est lui aussi excepionel seulement gros probleme le son est tellement fort j 'etais obligee de mettre mes mains sur mes oreilles ce qui gache le resultat et je ne comprends pas pourquoi ..

Al bo
24/06/2022 à 07:14

Extra !
2h39 de film , une fois n est pas coutume on amortit le prix de sa place en se laissant emporter dans un tourbillon d images , de musiques , de plaisir !!
Que vous soyez fan ou pas , préparez un grand pop corn et un litre ;) de coca , vous allez vous régalez !!

gogo
23/06/2022 à 11:06

J'ai oublié de vous dire les 2h39 je l'ai es pas vu passer

gogo
23/06/2022 à 11:04

Bonjour,

J'ai adoré cette Biopic moderne que le King aurait je pense adorer. Il ne faut pas faire de comparaisons avec les autres Biopic.
Je conseil de le voir, car il touche le cœur et rappelle des souvenirs.

Ping - Pong
23/06/2022 à 09:13

Merci EL tu es toujours parmi nous.
Alors chante,chante, pour nous rendre meilleurs.

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