K.G.F : Chapter 2 - critique du Mad Max indien

Clément Costa | 15 avril 2022
Clément Costa | 15 avril 2022

Fin 2018 débarquait dans les salles indiennes une petite production régionale nommée K.G.F : Chapter 1. Personne ne l'attendait et pourtant le film de Prashanth Neel avec l'acteur Yash en tête d'affiche allait renverser le box-office national. À une vitesse folle, le succès surprise est devenu un véritable phénomène. Au point que K.G.F : Chapter 2 est attendu en Inde comme le potentiel plus gros succès de l'année - le seul pouvant battre le géant RRR.

Mad Yash : Fury Road

À l'issue du premier volet, on avait quitté notre antihéros Rocky alors qu'il venait de prendre possession d'une mine d'or inépuisable, tout en renversant la mafia locale. Pour cette suite, on nous promettait d'explorer son ascension fulgurante, mais aussi l'arrivée de deux nouveaux antagonistes.

Ce qui avait surpris tout le monde à la sortie de K.G.F : Chapter 1, c'était l'ambition qu'avait Prashanth Neel d'offrir le blockbuster d'action ultime. Son film ne se posait jamais. Chaque seconde se devait d'être épique et intense. K.G.F Chapter 2 prolonge bel et bien la promesse du premier opus. Cette suite crée même l'exploit de maintenir un rythme survolté d'actionner bourrin pendant près de 3 heures. Et ce sans jamais nous épuiser ni nous perdre en chemin.

 

K.G.F : Chapter 2 : photoAvec Rocky, allumer sa cigarette est plus risqué que de fumer

 

Si l'expérience est déjà incroyable pour un amateur de cinéma indien, sa folie n'en est que décuplée pour un spectateur non initié. Pourtant, Prashanth Neel ne se prive pas de citer des références internationales. Son K.G.F : Chapter 2 a l'intensité furieuse d'un George Miller. On n'avait pas vu un film au rythme aussi fou depuis Mad Max : Fury Road. Mais on y retrouve également le montage survolté d'un Michael Bay. Et la fascination du réalisateur indien pour des personnages plus grands que nature, quasi divins, est tellement radicale qu'elle ferait passer 300 pour un documentaire raisonnable.

La quête de figure divine passe également par le symbolisme visuel. Avec ce second volet, le travail du directeur de la photographie Bhuvan Gowda gagne encore en qualité. Chaque plan se doit d'être visuellement grandiose. La caméra nous offre un monde de feu et de poussière, le tout servi par un éclairage aussi maniéré que passionnant. Ce qui force le respect dans le cinéma de Neel, c'est qu'il ne mise jamais sur la surprise. Son film va exactement où on l'attend. Mais il parvient quand même à toujours nous scotcher à l'écran en multipliant par 10 le spectacle qu'on attendait. Chaque scène est pensée pour surpasser la précédente.

 

K.G.F : Chapter 2 : photoAttention : ce film nuit gravement à la dignité des blockbusters hollywoodiens

 

Toujours plus haut, toujours plus fort

Comme toute bonne suite de blockbuster, K.G.F : Chapter 2 veut faire plus grand, plus spectaculaire que son aîné. Le budget (environ 13 millions de dollars) n'est que légèrement supérieur à celui du précédent volet. Cependant, Prashanth Neel fait en sorte que chaque centime se ressente à l'écran. On a peine à imaginer qu'il puisse offrir un tel film avec si peu de moyens. Il faut cependant avouer que son envie de toujours faire plus le pousse à concéder quelques faux pas.

Dans sa quête de visuels grandioses, Neel utilise plus de fonds verts. Les effets sont souvent réussis, mais certains plans piquent sacrément la rétine. Autre excès regrettable, à trop vouloir filmer un retournement scénaristique toutes les 5 minutes, le film perd en fluidité narrative. Sa première partie en particulier apparaît plus confuse. D'autant que l'envie de livrer une punchline par dialogue est louable, mais empiète parfois sur la clarté du récit. Cela dit, on le pardonne bien volontiers au film lorsqu'il nous offre des phrases cultes de ce genre : "Cette histoire est écrite dans le sang, elle ne va pas continuer avec de l'encre".

 

K.G.F : Chapter 2 : photoUn modèle très sain pour la jeunesse

 

La romance entre Rocky et Reena ne prenait déjà pas dans le premier opus et ça ne s'améliore pas dans K.G.F : Chapter 2. Malgré tout, l'envie de développer le parcours émotionnel de Rocky est intéressante. Lui qui n'était parfois qu'un bloc monolithique surpuissant dans le premier volet, il devient ici une sorte d'immense méchant de pop culture qui aurait été désigné comme héros sur un malentendu. Il devient plus tourmenté, brutal, aveuglé par son avarice. Rocky est ce que Tony Montana aurait été si De Palma avait décidé de le glorifier sans la moindre considération morale.

Enfin, le montage est le dernier point technique qui ne suit pas toujours l'ambition du long-métrage. Du haut de ses 19 ans, le très jeune monteur Ujwal Kulkarni remplace Srikanth Gowda pour le second opus. Et son inexpérience se ressent inévitablement par moments. Avec des plans dépassant rarement les 5 secondes, certains combats au corps à corps sont quasiment illisibles. Idem pour la course-poursuite dans le désert. Un hommage à Fury Road qui sabote son rythme à force de coupes grossières.

 

K.G.F : Chapter 2 : photoThe Indian Northman

 

Addicted To Chaos

Avec cette suite flamboyante, il est plus que jamais évident que le cinéma de Prashanth Neel est en quête de chaos. Le cinéaste veut filmer la rage, la folie furieuse. Il a pour ambition de repousser la notion de rythme, d'écriture et de montage. Et malgré quelques défauts inévitables, le pari est si fou qu'on ne peut qu'admirer sa réussite globale.

La fascination du cinéaste pour la figure du gangster est également passionnante. En interview, Neel citait parmi ses inspirations Le Parrain, Scarface, mais aussi les premiers films de Ram Gopal Varma. À ce mélange détonnant, il vient apporter une touche de grandiose qui invoque le péplum. Avec Rocky, le stéréotype du gangster devient un dieu de la pop culture. Le premier opus en faisait une sorte de Ben-Hur énervé, seul contre des milliers dans l'arène. Cette fois-ci, il transcende son humanité, porté par l'adulation de tout un peuple.

 

K.G.F : Chapter 2 : photoÀ part peut-être madame Thatch-Sen

 

Pour s'assurer de surpasser son prédécesseur, K.G.F : Chapter 2 se devait de nous présenter des antagonistes charismatiques. C'est chose faite avec les deux nouveaux arrivants. Tout d'abord Adheera, campé par un Sanjay Dutt qui n'avait pas été si terrifiant depuis Agneepath. Il apporte une cruauté bien supérieure à la rage de Rocky. Mais aussi la politicienne Ramika Sen, un personnage calculateur et dangereux derrière son air faussement diplomate. Raveena Tandon excelle dans ce rôle qui semble être un croisement hybride entre Indira Gandhi et Margaret Thatcher.

Mais c'est encore une fois Yash qui illumine l'écran. Charismatique au possible, l'acteur se voit offrir des dialogues appelés à devenir cultes et un bon paquet de scènes d'anthologie. Rocky est sublimé à chaque apparition, au point de devenir le plus grand antihéros amoral de ces dernières années. Il survole ce spectacle sanguinaire jusqu'à un grand final en apothéose absolument jouissif.

 

K.G.F : Chapter 2 : photo

Résumé

Au final, K.G.F : Chapter 2 tient toutes ses promesses. Il revient plus grand, plus fort, plus bruyant. Prashanth Neel confirme que personne ne fait du spectacle pulp brutal et fracassant comme lui à l'heure actuelle. En poussant les potards à fond pendant 3 heures sans jamais vouloir ralentir, le cinéaste trouve un équilibre absurde qui lui permet d'aller toujours plus dans l'excès. Un talent que beaucoup de réalisateurs doivent lui envier.

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commentaires
Buddhabar
17/04/2022 à 07:55

Bien le bonjour !
J'ai trouvé et commandé K.G.F Chapter 1 hier sur Bollywoodunivers.fr uniquement disponible en...DVD avec sous-titres Fr et Anglais. Voilà ;-). Très Bon Week-end à tous.

Brosdabid
16/04/2022 à 22:39

Bon ben encore un film que je vais essayer de trouver, j ai envie de devenir incollable sur le ciné indien, merci de m avoir donné envie, merci ciné Skope

Clément Costa - Rédaction
16/04/2022 à 18:54

K.G.F : Chapter 1 a longtemps été dispo sur Prime mais il a été momentanément retiré du catalogue. Il est donc difficilement accessible pour le moment en dehors du format physique en export, en espérant un retour en ligne. C'est un peu le malheur des amateurs de cinéma indien, tout dépend trop souvent du bon vouloir des plateformes.

Garamante
16/04/2022 à 18:16

Moi ça m'attire pas mal mais j'aimerais bien voir "K.G.F : Chapter 1" d'abord mais où le regarder ?

Matpala
16/04/2022 à 15:45

Moi aussi je suis un mega noob en ciné indien et je vais tenter mais si les photos que vous affichez dans votre article son representative du film, voir même son les plus beaux plans du film alors ça ne donne pas du tout mais du tout envie et ça même flipper de mocheté.

Birdy en noir
16/04/2022 à 00:07

J'avoue être passé complètement à côté de tout le cinéma indien. Mais vos articles me donnent vraiment envie de plonger dedans.

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