Julie (en 12 chapitres) : critique qui ne s'en est toujours pas remis

Simon Riaux | 13 octobre 2021 - MAJ : 13/10/2021 14:21
Simon Riaux | 13 octobre 2021 - MAJ : 13/10/2021 14:21

Après un passage remarqué (et primé) à Cannes, Julie (en 12 chapitres) arrive enfin dans les salles françaises. Après Thelma ou encore Oslo, 31, aoûtJoachim Trier affine encore son art de délicat portraitiste de la Norvège contemporaine. Mais, s'il ne s'est pas départi du scalpel qui lui tient parfois lieu de regad, c'est porté par une énergie nouvelle qu'il nous revient.

VOIX AU CHAPITRE

Dès son ouverture, le récit de Trier déjoue les questions et les attentes du spectateur. Apparaît au milieu du cadre Renate Reinsve, en tenue de soirée, droite, scindant une image nimbée de soleil, immédiatement exclue du remous trouble d'on ne sait trop quelle foule. Elle trône là, comme une extension de ce titre annonçant une partition en 12 épisodes, quand tout en elle vient progressivement troubler le programme annoncé. Il y a là un bouillonnement, une éruption annoncée, qui se fait jour dès ce plan fixe, et se voit immédiatement confirmé par une introduction volcanique.

Julie court. Après ses études, après ses envies. Littéralement. En une poignée de minutes, où plans éclatants et montage syncopé se rencontrent idéalement, se dessine une esquisse vivante : celle d'une jeune femme reconfigurant perpétuellement ses désirs et les moyens de les atteindre. De la médecine, à la psychologie à la pratique des arts, elle jongle, tant et si bien que la caméra semble peiner à la suivre, embrassant tant bien que mal la phénoménale énergie qu'elle répand autour d'elle. Puis vient une rencontre, décisive, avec Aksel, bédéiste à la gloire un peu passée, mais au charisme encore remuant.

 

photo, Renate ReinsveUne ouverture lumineuse

 

Passé cet incipit revigorant, Joachim Trier paraît se calmer, ne pas choisir entre comédie romantique, quête existentielle et drame amoureux. Or, c'est cette danse incertaine qui va progressivement conférer à Julie (en 12 chapitres), sa richesse et son élan sans cesse renouvelé. Le tempo de notre héroïne marque le pas, mais pas ses questionnements intérieurs. Une idée que la mise en scène adopte avec un mélange de sophistication et de douce évidence, qui transforme progressivement chaque séquence en petit festival d'inventivité, inscrit dans une rigoureuse étude de caractère.

Tandis que Julie s'efforce de trouver aussi bien sa voix que sa voie, le découpage, lui, nous laisse perpétuellement apprécier l'état de ses recherches, qu'il l'enferme dans le cadre, crée des tableaux au sein des tableaux, ou constate combien le personnage s'échine à en sortir. Moteur physique comme émotionnel de ce récit, elle en contamine bien sûr, le fond et la forme. Forme qui feint le littéraire, pour mieux pulvériser son concept de chapitrage, à coups de pirouettes, d'explorations et d'habiletés scénaristiques, mais aussi fond mouvant, fond-mouvement, qui prend le pouls de plusieurs générations sans jamais les juger.

 

photo, Renate Reinsve, Anders Danielsen LieLe rire, et les larmes

 

UNE JOIE SANS FIN

À l'heure où on ne compte plus les productions plus ou moins poseuses, plus ou moins inspirées, plus ou moins opportunistes, dont le programme pourrait se résumer en une captation superficielle des questions, doutes et débats qui embrasent un certain air du temps, Julie (en 12 chapitres) parvient dans un même mouvement à les convoquer et à les désamorcer avec une intelligence affolante.

Que son héroïne se livre à une joute pompette avec un homme plus âgé pour qualifier le "néo-féminisme" ; qu'elle se voit signifier les ravages de sa versatilité ou explore les doutes d'un compagnon plus âgé, frustré par les codes émergents d'une sphère artistico-médiatique plus que jamais soucieuse des apparences, le réalisateur parvient à faire voler en éclat barrières et débats stériles.

 

Photo Anders Danielsen Lie, Renate ReinsveRéussir sa soirée, mode d'emploi

 

Au contact d'un scénario d'une finesse psychologique remarquable, que sublime une comédienne à la palette de jeu ahurissante, sa mise en scène peut se permettre une multiplicité d'effets et de réflexions, telles qu'on n'en avait sans doute pas connu précédemment dans sa filmographie. Probablement plus démonstratif qu'à l'accoutumée, porté par le désir de séduire le spectateur. En découle une sorte de Bridget Jones radical, qui aurait troqué les sourires agrafés pour les larmes libératrices, le refus du conflit pour la grâce de son dépassement, et l'angoisse de ne pas se métamorphoser en turbine à placenta par la nécessité de trouver un sens à son existence.

Et Julie de tomber, se relever, accélérer encore, à la faveur de scènes marquantes d'évidence. D'un trip champignonneux qui renvoie James Wan au bac à sable, en passant par une course effrénée vers un baiser suspendu, tout ici transperce le coeur, jusqu'à la maladie, jusqu'à la mort. Des bouleversements, des retournements, qui pourtant n'effacent jamais les maelstroms de joie que traverse le personnage.

Et nous, de demeurer suspendus, à son esprit comme à ses lèvres, s'échappant à regret du film comme après une longue nuit de beuverie aux airs de coup de foudre qui nous rappellent et nous encouragent à adopter le courage fondateur de Julie, remettant chaque jour sur le métier l'ouvrage d'une vie cabossée, mais grandiose.

 

Affiche

Résumé

De chutes en renaissances, Julie échappe à son film comme au spectateur, grâce à son interprète, grâce au scénario d'Eskil Vogt et la mise en scène de Joachim Trier. Porté avec incandescence par Renate Reinsve, le film embrasse son époque et son public, pour souligner ses doutes, ses vertiges et ses aspirations avec un élan vital communicatif.

Autre avis Alexandre Janowiak
Portrait sublime dans sa simplicité et pertinent dans sa modernité, à la fois bouleversant et réconfortant dans son regard sur le monde, les relations, l'amour, l'existence... Julie (en 12 chapitres) détient un souffle et une beauté rares. Un grand film vivant et déchirant.
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Lecteurs

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commentaires
Maximo
21/10/2021 à 23:42

Il y a eu quelques bon film cet année, celui ci fait parti des meilleurs

MLTSM
19/10/2021 à 08:58

Un tourbillon de Vie et de Joie cette Julie .Un film qui bouscule et enthousiasme. Etonnant et brillant. Courez-y !

Simon Riaux - Rédaction
15/10/2021 à 10:04

@Clem199@

Le plus rigolo étant que les intéressés ne réalisent pas qu'ils sont en train de causer d'une comédie romantique.

Ce qui enfonce encore le clou.

Clem199@
14/10/2021 à 15:05

Imagine t'as pas vu le film et tu te permets quand même de juger et commenter que c'est "auteurisant/cliché/prétentieux/etc"...

Non je rigole.

Mais imagine quand même.

Birdy ému
13/10/2021 à 22:07

Heureusement que ce film existe, et rappelle qu'il est TRES difficile de saisir l'essence de nos relations et de la retranscrire avec justesse. Félicitations à eux.

Hunter Arrow
13/10/2021 à 21:47

Typiquement le genre de films vis à vis duquel j'aurais fait la connerie de le squizzer. Renonçant devant un film "auteurisant chiant" avec en tête la parodie des Inconnus et Toscan Séplanté et ses films bouleversifiants et emmerdifiants. Bref les clichés...

Puis au détours d'une séance surprise (en gros on sait pas quel film va être projeté), j'ai eu le plaisir de passer un bon moment devant ce film. Pourtant c'était pas gagné. En voyant le titre je pensais déjà sortir de la salle. Puis une petite scène, bien écrite, bien filmée... et une autre, puis encore une. De bons acteurs, des personnages qui vivent et s'engueulent comme on le ferait... des sujets modernes, un scénario conscient de ses personnages, de son époque... Bref un film vivant, loin du cliché chiant que je lui accordait bêtement.

Bref, je conseille d'y jeter un oeil.

UN 2030 Agenda Plan and Luciferian NWO to Come
13/10/2021 à 19:23

du cinema d'auteur ""Bouleversifiant" comme disait didier Bourdon quand il incarnait Toscan s'est planté dans les scketch des Inconnus debut 1990,une satire sur le Cinoche auteurisant et tres penetrant du Microcosme , expression chere à raymond Barre
ce film remplit a fond toutes les cases, c'est mon intution
jean Pierre Mocky et Pialat allumaient regulierement ce cinoche là et tous les crtiques bien pensants autour...

Simon Riaux - Rédaction
13/10/2021 à 18:39

@Super Zéro

Au vu du budget et des ventes internationales, ce n'est pas la question du succès qui se pose, mais plutôt celle de son ampleur.

Super Zéro
13/10/2021 à 18:37

Bide en vue mon capitaine !

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