Escape Game 2 - le monde est un piège : critique qui connaît la sortie

Mathieu Jaborska | 11 août 2021
Mathieu Jaborska | 11 août 2021

Escape Game premier du nom était la preuve qu'adapter un concept à la mode très littéralement pouvait suffire à remporter le jackpot. Un cliffhanger, deux ans et 155 millions de dollars de recette (plus de 15 fois la mise !) plus tard, une suite intitulée en France Escape Game 2 - le monde est un piège débarque sur nos écrans, toujours avec Taylor Russell et Logan Miller dans les rôles principaux.

Imitation game

Si le cinéma d'horreur américain perd souvent de son identité lorsqu'il arrive en France, rarement un titre aura été aussi mensonger que celui de Escape Game 2. Intitulé Escape Room : Tournament of Champions outre-Atlantique, il devient Le monde est un piège chez nous. Grâce à ce délicat tour de passe-passe, l'équipe marketing locale compte sûrement jouer sur les différents décors qui se succèdent dans le long-métrage pour donner l'impression d'une extension d'univers.

Sauf qu'il n'en est rien. Comme son titre original le suggère, cette suite enferme plusieurs survivants des escape games mortels concoctés par la diabolique entreprise Minos, dont le duo Zoey / Ben, dans un nouveau labyrinthe. C'est tout bêtement une sorte de super finale, comme les aiment les télé-réalités (coucou Koh-Lanta), un tournoi qui se déroule donc toujours en huis clos, et non pas aux quatre coins de la planète.

 

photo, Taylor Russell, Logan MillerVendre le bout du monde pour finir dans le métro

 

Et c'est bien dommage, d'autant que les premières minutes semblent justement jouer sur la paranoïa des rescapés. Si quelqu'un a les moyens de transformer n'importe quelle pièce en jeu mortel, comment être sûr qu'il n'est pas en train de nous piéger, n'importe où ? Un moteur de tension intéressant, maladroitement exploité par les scénaristes (la séquence du motel) avant d'être complètement éludé par le début du second acte, et le retour à la formule classique. Rapidement, le film fuit ses quelques pistes originales pour se réfugier dans son moule confortable.

La thématique psychotique est donc diluée dans les différents retournements de situation de l'intrigue, sans pour autant renouveler le concept. Les défenseurs du premier opus y retrouveront donc peut-être leur compte. Et Columbia aussi. Car le modèle de cette mini-mode (c'est quand même le 3e film conçu sur le même principe) est avant tout économique. En se conformant à cette structure toute faite, la firme se cloître dans des studios qu'elle n'a même pas à trop maquiller, minimise l'investissement et maximise le profit.

 

photo, Logan Miller, Thomas Cocquerel, Taylor Russell, Indya Moore, Holland RodenOn plante le décor (littéralement)

 

Pièces sans conviction

Escape Game 2 recopie donc à la lettre les codes de son prédécesseur, ses quelques qualités et ses nombreux défauts. Les décors sont parfois amusants, même si aucun ne surpasse le bar inversé, la cohérence aux abonnés absents et les personnages souvent surhumains. Mais surtout, une fois de plus, jamais la sensation de progression inhérente à l'activité dont il s'inspire ne transparait, la faute à une mise en scène s'échinant à surdécouper la découverte des indices. Les joueurs repèrent les différents objets en même temps que le spectateur, ne laissant aucune place à l'ironie dramatique.

Faute de recul, on assiste à la résolution d'énigmes dont on ne connait pas les conditions, sans même avoir eu le temps d'apprécier les subtilités du piège. Toujours aussi avares en dérapages gores ou même en traquenards particulièrement malins, les séquences se suivent et se ressemblent, sans trop nous impliquer, puisqu'on nous refuse toute longueur d'avance sur les protagonistes. Il ne reste plus à se mettre sous la dent que les fausses pistes qui concluaient déjà dans un feu d'artifice de bêtise le premier long-métrage, de plus en plus présentes, de plus en plus faciles à anticiper, mais aussi de plus en plus stupides.

 

photo, Indya MooreLe découpage au laser d'influenceuse n'était qu'un effet de perspective

 

Au détour d'une réplique, un personnage nous explique calmement que tout ce qui se passe hors champ n'est pas forcément valable, avouant à demi-mot l'artificialité du scénario. C'est la porte ouverte à toutes les dérives, et cette suite s'en donne à coeur joie. Préparations au paiement cramées à 18 kilomètres, illusions improbables et avalanche de twists délirante sont au programme d'une dernière demi-heure en roue libre, replongeant dans la paranoïa... pour en faire n'importe quoi.

Maintenant qu'il admet avoir fait voler en éclat les quelques conventions logiques qui régissaient encore son univers, Escape Game 2 peut clamer à qui veut l'entendre ses ambitions de saga. Pour peu qu'il attire lui aussi du monde en salles, il pourrait se lancer dans une entreprise de déconstruction de la notion de plausibilité dans le sillage de Saw, les mutilations rigolotes en moins.

 

Affiche française

Résumé

Ne vous fiez pas au titre : Escape Game 2 n'est qu'une laborieuse partie supplémentaire, mâtinée de twists ridicules.

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