Freaky : critique Freaky-Friday the 13th

Raphaël Iggui | 23 juin 2021
Raphaël Iggui | 23 juin 2021

Après deux sorties successivement annulées en 2020, la troisième aura été la bonne pour Freakymais en 2021. La dernière production du studio Blumhouse par le réalisateur de Happy Birthdead va encore une fois braconner sur les terres du teenage movie mâtiné de film d'horreur. Cette fois pour un hybride entre Freaky Friday - Dans la peau de ma mère et un slasher saupoudré de commentaires sociaux (mais pas trop) et de mises à mort rigolotes. Sortez le pop-corn et les tronçonneuses. 

High Blood Musical 

La première grande qualité de Freaky, c'est le respect teinté d'un ton moqueur gentillet avec lequel il aborde le genre du cinéma d'horreur, et plus particulièrement le slasher. Pour faire simple, le slasher met souvent en scène un groupe de personnes aux prises avec un tueur retors quasi invincible, silhouette massive et terrifiante jamais humanisée. Si possible, faites que le groupe soit composé exclusivement d'adolescents qui se battent autant contre le tueur que contre leurs propres hormones. Entre Les Griffes de la nuitHalloween, la nuit des masquesVendredi 13Scream... les exemples sont légion.

De la première image où apparaît "Wednesday the 11th" avec la même tagline que Friday the 13th, aux quelques répliques bien senties ("Tu es noire, je suis gay, on va tellement mourir"), le film joue avec appétit sur les clichés d'un genre familier. Mais le scénario évite l'écueil de l'humour au 36e degré à la Deadpool qui fait semblant de dynamiter tous les clichés pour finalement mieux s'y empêtrer. Le ton du film reste très premier degré sans jamais s'empêcher de digressions tendrement moqueuses ou de saillies comiques. Surtout que sous son vernis de teenage film d'horreur, Freaky se permet d'aborder des thématiques sociétales bienvenues. 

 

photoLa fée Crochette

 

Évidemment, ne cherchez pas là un pamphlet ultra-féministe faisant sauter la domination patriarcale à coup de scie sauteuse dans les guiboles. Néanmoins, Freaky se permet de distiller un discours en phase avec son époque à travers ses personnages, ses péripéties et même ses mises à mort. La plupart des personnages masculins sont des crétins finis (les footballeurs américains autant que le prof de menuiserie) ; la principale figure d'autorité policière est incarnée par la soeur de Millie, le personnage principal ; l'un des deux meilleurs amis de Millie est un personnage gay qui échappe au cliché façon La Cage aux folles (pour mieux retomber dans d'autres certes, mais c'est un début)...

Alors oui, ce discours n'est pas le coeur de Freaky et ce dernier ne prétend absolument pas à faire rencontrer Virginie Despentes et Michael Myers. D'ailleurs, si le film détourne ou se moque de certains clichés, c'est pour mieux retomber dans d'autres. Mais ces différentes touches contribuent à l'ambiance du long-métrage, qui se pare d'une aura de petit malin qui lui sied très bien. D'autant plus qu'il joue très bien de son concept, notamment grâce à un casting en pleine récréation. 

 

photo, Kathryn NewtonUn discours qui divise

 

(S)he's a super freak

Les films d'échange de corps sont presque devenus un genre à part entière, ouvrant la porte à beaucoup de curiosités comme de comédies oubliables. On pourrait sans doute composer un bingo avec toutes les phases obligatoires dont la morale du "Ce changement de point de vue m'a fait prendre conscience des vraies choses" est la plus empoisonnée. Freaky y préfère la métaphore de la prise de confiance en soi d'une jeune fille, tout aussi classique, mais moins insupportable. 

Ainsi, en se retrouvant dans le corps de colosse, Millie va enfin prendre de l'assurance et s'extirper de sa posture d'adolescente mal dans sa peau, en lâchant au passage, quelques blagues sur le fait de posséder un pénis. Le film coche les différentes cases sans s'y attarder et ce postulat ne prend pas une place démesurée, grâce à son scénario concis et ramassé sur 3 jours, mais surtout grâce à des interprètes qui s'en donnent à coeur joie. 

 

photoÇa ne saute pas aux yeux, mais il joue une fille blonde de 1m60

 

Kathryn Newton, comédienne de 24 ans et tête d'affiche des séries Big Little Lies et feu The Society, s'en sort parfaitement dans les deux registres. De la jeune fille ultra-renfermée et introvertie, elle passe à la jeune femme ultra-sexuée sure de sa féminité avec une belle aisance de jeu. Mention spéciale à son regard de reptile lézardant sur la peau de ses futures victimes, semblant toujours chercher le point d'attaque idéal. Les seconds rôles ne sont pas en reste : Katie Finneran parfaite en mère un peu perdue après un deuil, Alan Ruck génialement détestable en prof de menuiserie méprisant, le duo Celeste O'Connor-Misha Ocherovitch en parfait tandem de coéquipiers...

Mais c'est surtout Vince Vaughn la vraie attraction du film. Si l'acteur semblait désormais privilégier des rôles plus sombres, notamment du côté de S. Craig Zahler (Section 99 - Quartier de haute sécuritéTraîné sur le bitume), il fait un retour en fanfare pour notre plaisir le plus délectable. On n’avait pas vu le comédien s'amuser autant depuis pas mal de temps, et juste de le voir courir comme une "jeune fille blonde menue de 1m60" suffit à faire fortement souffler du nez. Un abattage qui permet notamment de dissimuler les défauts du long-métrage. 

 

photo, Kathryn NewtonTerminator 7 : Rise of the acne

 

Paranormal rentability 

Blumhouse, la maison de production derrière Freaky, a fait des budgets low-cost sa marque de fabrique. En échange, les réalisateurs bénéficient d'une liberté totale de création (c'est comme avoir le droit d'aller où on veut, mais à cloche-pied). Une formule qui s'avère payante lorsque les cinéastes parviennent à transcender leur dispositif, comme Get Out ,Upgrade ou Invisible Man. Mais qui peut aussi donner un aspect très cheap au long-métrage. 

Christopher Landon n'est pas un grand réalisateur et chaque plan le fait sentir plus douloureusement. Les décors plus banals les uns que les autres (le lycée, le train fantôme, le commissariat, le moulin...) se succèdent dans des plans peu inspirés, sauvés par une lumière qui camoufle un peu le manque de moyens du film. Avec un budget à 5 millions de dollars, soit le quart de ce que Vince Vaughn pouvait toucher pour un film à une autre époque, difficile de faire autrement 

 

photo, Kathryn NewtonAutant avoir un avis tranché. 

 

On évoquait plus haut les clichés que le film évitait pour mieux se vautrer dans d'autres. Le film n'évite pas certains passages obligés du "film d'ado" avec sa faune de personnages lycéens clichés : la peste, les footballeurs sans cervelle, la brute, mais aussi le beau gosse footballeur différent de ses comparses qui voit la vraie personne qu'est Millie au-delà des apparences. Même constat pour le personnage de Millie, dont le film veut faire comprendre qu'elle est une marginale rejetée dès ses premières minutes dans le lycée, enchaînant les signaux classiques avec une sensation de best-of sans saveur (ongles rongés, passage des pestes, etc.)

C'est peut-être le plus gros reproche qu'on peut faire au film. Alors qu'on espérait définitivement un film de sale gosse ultra-sanguinolent qui piétine chaque convention avec allégresse, on se retrouve avec un patchwork horrifico-adolescent et quelques saillies sanglantes (les mises à mort sont quand même droles), mais placé sur des rails familiers. La dernière scène offre tout de même une belle conclusion, et laisse entrevoir le film plus punk et plus méchant qu'il aurait pu être.

 

Affiche française

Résumé

Un peu trop sage et trop classique, Freaky souffre d'un manque de moyens et de son ciblage marketing sur les adolescents, tout en proposant un petit ride sanglant et volontiers drôle, notamment grâce à un discours malin et un casting qui prend son pied. Fin le pied de l'autre. Bref qui s'amuse. 

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Lecteurs

(2.9)

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commentaires
Tuk
24/06/2021 à 18:39

Pas grand chose mais trés sympatique, j'ai passer un bon moment.

rom7
23/06/2021 à 21:54

Le concept pouvait amener pas mal de chose mais au final assez linéaire et sans humour ... Grosse déception.

Hank Hulé
23/06/2021 à 20:41

Moui, décevant. Très sage finalement et un peu trop second degré qui fait son malin.

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