Shadow in the Cloud : critique Gremlins origin

Mathieu Jaborska | 13 avril 2021 - MAJ : 13/04/2021 12:51
Mathieu Jaborska | 13 avril 2021 - MAJ : 13/04/2021 12:51

Promis par la presse américaine à un illustre destin, le duo de scénaristes derrière le sympathique Chronicle n'aura pas vraiment su se faire une place à Hollywood. Josh Trank vient de complètement foirer son come-back avec Capone après la longue traversée du désert post-4 Fantastiques. Quant à Max Landis, il s'est largement fourvoyé auprès du public avec les très méprisés American UltraDocteur Frankenstein et Bright. Accusé de harcèlement sexuel, il s'est vu éjecté de son dernier projet, récupéré par Roseanne Liang. Cependant, malgré (ou grâce à ?) cette préproduction chaotique, Shadow in the Cloud est une excellente surprise, dans laquelle Chloë Grace Moretz et un gremlin se fritent en plein vol.

Gremlins, la nouvelle génération

Depuis que Joe Dante en a fait des petits diables si hostiles envers l’esprit de Noël qu’ils ont fini par l’incarner, les gremlins ont quelque peu perdu leur réputation originelle, une réputation de saboteurs d'avions inventée par les pilotes britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, ils avaient déjà semé le chaos dans la culture populaire avant ça, d’abord grâce à Roald Dahl, ancien pilote, puis grâce à l’illustre trio formé par Rod SerlingRichard Matheson et Richard Donner, aux commandes du célèbre épisode de La Quatrième Dimension Cauchemar à 20 000 pieds, dans lequel un William Shatner complètement parano contemplait les méfaits de la créature.

Shadow in the Cloud s’impose d’ailleurs comme une bien meilleure adaptation de cet épisode mythique que son remake officiel, issu du reboot de la série, du moins dans sa première partie. On y suit en effet une jeune pilote, Maude (campée par une Chloë Grace Moretz parfaitement dans son élément), grimpant à la dernière minute à bord d'un avion en pleine Seconde Guerre mondiale, avec un ordre top-secret et un mystérieux paquet. Dès lors que ses très rustres nouveaux collègues l’enferment dans une tourelle, elle commence à distinguer une bestiole arrachant les pièces de l’engin…

Séparé en deux parties, le long-métrage débute comme un long huis clos trompeur, dans lequel la jeune femme ne communique avec le reste de l’équipage que par radio. Un postulat assez osé, d’autant plus que la promiscuité de la cabine où est enfermée l’héroïne est compensée par sa position, face au vide. Les premières 40 minutes sont donc quasi uniquement composées de dialogues, à travers lesquels, comme dans l’essai de Richard Donner, la paranoïa s’installe à deux niveaux.

 

photo, Chloë Grace MoretzÇa se présente mal

 

Woman at war

Car la menace du gremlin, particulièrement éprouvante lorsque seule une fine membrane de verre nous sépare du grand plongeon et du feu ennemi, n’est pas la seule source de tension. Alors qu’elle se débat avec le monstre et ses ravages mécaniques, Maude doit aussi composer avec le doute et la misogynie des personnages secondaires, transparaissant uniquement par radio, qui ne cessent de la rabaisser et de la juger en même temps que le spectateur.

 

photo, Chloë Grace MoretzEntre ciel et métal

 

Au fur et à mesure qu’elle se dévoile, avec ses faiblesses, mais également ses forces, la pilote ne cesse de malmener les présupposés de l’équipage, et du public, mis face aux clichés qu’il a intériorisés bien malgré lui, et qu’il lui prête parfois avant d’être détrompé par la suite des évènements. Plus qu’un simple antagoniste enragé, le gremlin devient peu à peu le symbole du déni de sa perception, auquel on se prend un temps à adhérer.

Retors et particulièrement bien huilé (sans mauvais jeu de mots), le scénario joue de l’isolement de son protagoniste, de son omniprésence à l’écran, de l’ambiguïté de son passif, du support radio, qui résume le reste de l’équipage à une seule voix masculine médisante, et même de l’image d’une actrice rompue à l’exercice. Tout ça afin de questionner le regard masculin, empêtré dans des préjugés souvent sexistes, parfois directement hérités du septième art lui-même, lesquels seront soigneusement déconstruits un par un, d’abord grâce à quelques twists puis grâce à une seconde partie explosive.

 

photo, Chloë Grace MoretzNe lui demandez pas Grace

 

Crash team racing : nitro-fueled

En effet, si la première moitié du film se contente d’un huis clos serré, c’est pour mieux faire tout péter dans la deuxième. Une structure assez géniale, aboutissant à mi-chemin à une véritable embuscade, loin d’être traitée par-dessus la jambe. Tout délirant que soit ce long triple climax, aucun sacrifice n’est fait, que ce soit au niveau des effets spéciaux de haute tenue, de la bande originale très inspirée des synthés made in années 1980 (sans néanmoins trop vampiriser le reste) ou même de la photographie, sublime du premier au dernier photogramme.

Menée tambour battant, cette conclusion à rallonge propose quelques séquences teintées d’une folie qu’on constate rarement dans le cinéma américain. Défiant toutes les règles de la gravité et de la physique, elle enchaîne les instants de bravoure à un rythme frénétique, pariant pour ça beaucoup sur sa mise en scène. La caméra de Liang tire le meilleur du tournage en studio, traquant la progression renversante de Maude avec une habilité rare, quitte à bouleverser quelque temps les repères visuels habituels pour mieux nous entraîner dans la descente du grand-huit.

 

photo, Chloë Grace MoretzAccrochez vos ceintures

 

Certains plans en particulier, malheureusement gâchés par une bande-annonce qu’on vous déconseille de fait, atteignent les niveaux d’inventivité pure d’un Peter Jackson ou d’un S.S. Rajamouli, démultipliés par la caractérisation ambiguë d'une héroïne qui quitte rarement le cadre.

Pas du tout handicapé par sa structure en deux actes, Shadow in the Cloud a au contraire l’intelligence de tout miser sur l’effet de rupture qu’elle suppose, régalant les amateurs d'action et concrétisant par le mouvement les traits de caractère qu’on a cessé de prêter au personnage principal. Le long-métrage laisse supposer, dément, puis prouve, dans un véritable feu d’artifice cinématographique, accompagnant avec ludisme son raisonnement. Au-delà de son écriture et de l’audace de sa mise en scène, il joue de sa forme globale, et ce avec brio.

Sous ses airs de survival simplet se cache donc une machine bien rodée, fonctionnant presque à tous les niveaux pour révéler finalement, lors du générique, de manière bien plus abrupte, le véritable hommage qui s’y niche. Preuve gravée sur pellicule (enfin, sur disque dur) qu’une série B volontiers divertissante peut concilier action irréaliste et remise en question de ses propres codes, Shadow in the Cloud est si savoureux qu’on lui pardonne une ultime séquence accessoire, qui se conclut avec un plan outrepassant pour la première fois les limites du trop explicite. Autant dire qu’ici, on attend avec impatience le prochain essai de Roseanne Liang, qu’on espère béni d’un budget plus conséquent encore.

Shadow in the Cloud, disponible en DVD et Blu-ray en France dès le 15 avril 2021

 

Affiche

Résumé

À la fois spectacle ultra-efficace et mise en perspective pertinente du regard porté sur les femmes dans la culture pop, Shadow in the Cloud tient miraculeusement toutes ses promesses, ce qui l'impose comme une des productions les plus rafraichissantes vues sur un petit écran dernièrement.

Autre avis Simon Riaux
Après 50 minutes follement enthousiasmantes et furibardes, le film pêche par excès de démonstration et une violente déflation stylistique. Il n'en demeure pas moins sympathique et divertissant.
Autre avis Geoffrey Crété
Très gros plaisir régressif face à cet intense huis clos dans les airs, qui vire joyeusement au spectacle décérébré (ou presque). Dommage que le film touche un sommet à mi-chemin, avant de peu à peu retomber jusqu'à un final beaucoup trop sage.
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Lecteurs

(2.5)

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commentaires
Mag.
09/09/2022 à 23:54

J’ai adoré. Le message est très bien passé. Merci infiniment.

Xoff
21/07/2022 à 00:33

Du postulat intéressant consistant à décliner un épisode culte de la 4eme Dimension en huis clos militaire au climax prometteur, l'entreprise sombre progressivement dans l'outrance. Le film joue sur un mélange les genres dont il atteint rapidement les limites. Plus embarrassant, les scènes d'action décomplexées flirtent avec des sommets de ridicule. Mais le plus insupportable est surtout cette rage néoféministe qui transpire de chaque scène, et s'obstine à caricaturer les hommes, des êtres forcément lâches et stupides. Finalement toute cette histoire n'est qu'une œuvre de propagande confrontant une super héroïne à un genre inutile et bestial. Nauséabond.

Ozymandias
13/05/2021 à 23:43

J'ai bien aimé aussi, un super moment !

Janseddon
02/05/2021 à 09:35

"Shadow in the Cloud s’impose d’ailleurs comme une bien meilleure adaptation de cet épisode mythique que son remake officiel, issu du reboot de la série, du moins dans sa première partie."

Beaucoup de mal avec cet avis. On parle quand même d'un court métrage totalement furibard réalisé par George Miller. Revoyez le et venez me soutenir que SHADOW IN THE Clouds le dépasse (parce que si la première partie est très sympa, il faut pas éluder que la deuxième fait au mieux l'effet d'un soufflé qui se dégonfle, chose qui n'arrive pas dans la version de Miller qui savait visiblement bien mieux où aller et quand / comment finir son histoire)

Xbad
02/05/2021 à 06:40

@GTB, entièrement d'accord avec votre avis, grosse coupure au milieu du film qui m'a fait sortir (et m'endormir) avant la fin. Grosse déception

Slater-IV
22/04/2021 à 22:01

Globalement bien apprécié ce film. Mais les 5 dernières minutes, totalement inutiles et grossières viennent nuancer mon appréciation globale.

zohac
21/04/2021 à 06:30

1h20 de plaisir
Un bon film de série B, le film a le mérite de savoir arrêter à temps car une fois le mystère éventé tout va très vite.
J'ai beaucoup aimé la sensation d'oppression de la première moitié du film (verbale, physique et de par le lieu ou se passe l'action) et bien que la deuxième partie soit moins intéressante, elle propose une bonne action débridée.

GTB
21/04/2021 à 01:35

Bon, c'est vu et le moins qu'on puisse dire est que la première moitié est aussi réussie que la seconde est d'une nullité affligeante. Dès qu'on apprend ce qu'il y a dans la mallette, on change de film et ça devient tuuurbo débile, écrit avec le cul, mal filmé, peu intéressant et peu inspiré. Sérieusement, que s'est-il passé? Qu'est-ce qui explique un tel désastre? J'ai eut du mal à aller au bout des 45 dernières minutes.

Honnêtement, malgré la première partie plutôt réussie, je ne peux pas recommander le film.

Booze Films
17/04/2021 à 02:11

Franchement, ce film est un sympathique mélange des genres assez rare pour être souligné. Film intimiste/science fiction/ Film de série B. Il y a un vrai travail au niveau de l'installation de l'univers "steam punk" et Chloé Grace Moretz est plus que convaincante dans un rôle BADASS avec sa tête de poupée et ses épaules de joueuse de rugby. A voir !

rientintinchti
16/04/2021 à 22:53

Encore une lubie féministe pour satisfaire les hystéro-extrêmistes mlf metoo et les sans .ouilles adeptes de Raphael Einthoven et de thé à la camomille. Poubelle et vite fait je vous dis

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