3 from Hell : critique en robe de Zombie

Mathieu Jaborska | 17 septembre 2020 - MAJ : 18/09/2020 09:50
Mathieu Jaborska | 17 septembre 2020 - MAJ : 18/09/2020 09:50

Quinze ans après The Devil's Rejects, plusieurs années après avoir annoncé le projet et plusieurs mois après la sortie américaine, Rob Zombie libère enfin le trio infernal en France, le 15 septembre en DVD et blu-ray. Le dernier volet de la trilogie Firefly, du nom de la famille psychopathe en son sein, était attendu autant qu'il était craint. En effet, si beaucoup de fans de la première heure sont restés fidèles au rockeur chevelu, d'autres ont été déçus par ses derniers essais. Qu'en est-il de cette conclusion, qui sera punk ou ne sera pas ?

THE DEVIL’S REJECTS'S REJECTS

Dès les premières minutes, Zombie anticipe les critiques qu’on pourrait lui adresser, en ironisant sur la survie inespérée du trio de meurtrier de The Devil’s Rejects et la fascination du grand public à leur égard. Oui, ils ont beau avoir été transformés en gruyères puants dans un final mémorable, les trois membres de la famille Firefly se portent comme des charmes, contre toute logique médicale. Et la plèbe qui a suivi leurs exploits commence à se prendre d’affection pour eux. Il ne faut rien y voir d’autre qu’un énorme clin d’œil du cinéaste à son public, qui a fait des rejetons du diable des icônes de la sous-culture des années 2000.

Et il fallait bien ça pour faire passer la pilule, car sur le papier, 3 from Hell ressemble méchamment à une resucée de The Devil’s Rejects, les années en plus. Zombie ne s’embarrasse pas de changer de genre, ou même son point de vue, comme il l’avait fait entre les deux premiers volets de sa trilogie. Pas facile donc de gérer un tel héritage sans remanier foncièrement la formule, et l’état de santé de Sid Haig, ne lui permettant que de jouer dans une séquence, n’a pas aidé non plus. Depuis, l’estimé acteur est décédé. C’est donc son ultime apparition.

 

photo, Bill MoseleyAttrape-moi si tu peux

 

Rechignant à changer son bazooka d’épaule, le cinéaste prend le risque de tomber dans l’auto-parodie, et c’est d’ailleurs ce que beaucoup lui reprochent. Le style Zombie, tout en caméras portées, longues focales et effets de manches empruntés au meilleur du cinéma populaire des années 1970 est ici porté à son paroxysme. La pellicule est plus granuleuse que jamais, les scènes d’action ressemblent souvent à des bouillies pélochardes illisibles s’interrompant le temps d’un plan iconique. On connait.

3 from Hell prouve surtout après 31 que le metteur en scène peine à adapter son esthétique à des environnements plus classiques. Dès qu’il quitte les terres dévastées de l’Amérique profonde et qu’il confronte ses rednecks à un univers qu’il n’est pas le leur, il perd forcément en puissance d’évocation. Et le souvenir d’Otis, Spaulding et Baby déambulant sur leur propre terrain de chasse sans foi ni loi en rajoute encore à cette impression. Forcé d’abandonner la caractérisation d’un microcosme meurtrier au profit d’une cavale pas aussi passionnante qu’on aurait pu le croire, il capitule en permanence, se raccrochant tant bien que mal à ses gimmicks.

 

photoYou talkin' to me ?

 

Parmi eux, il y a ce trio de protagonistes, sur lequel il mise tout. Véritables stars du long-métrage, Otis, Baby et le nouveau venu Coltrane sont le véritable et seul point d’ancrage d’une intrigue qui erre sans but, accumulant les péripéties et les antagonistes, au point que certains personnages secondaires sont purement et simplement évacués au beau milieu du film.

Bien conscients de leur importance, les comédiens se donnent donc totalement. Si l’excellent Richard Brake fait de son mieux pour remplacer sans parodier feu Spaulding, Bill Moseley est toujours aussi magnétique en réplique crasseuse de Charles Manson et le cabotinage toujours plus jusqu’au-boutiste de Sheri Moon Zombie ne déçoit pas.

Dommage, donc, que cette fine équipe ne soit pas plus en contrôle. Les rejetons du diable, dont l’authenticité est attestée par l'ouverture, se retrouvent dans le dernier acte dans une sorte de vendetta Grindhouse qui lorgne presque sur les premiers efforts de Robert Rodriguez, vendetta qui va les dissocier un peu de leur condition. Un faux pas d’autant plus regrettable que l’objectif assumé de Zombie est de sacraliser à jamais leur aura, les rendre littéralement immortels. Une intention louable, mais qui semble ignorer que le mal était déjà fait dans l’opus précédent.

 

photo, Richard BrakeRichard Brake, sans les freins

 

LE MAL DU SIÈCLE

Certes, 3 from Hell ressemble à première vue à une redite peu inspirée de The Devil’s Rejects, mais cette situation, que semble presque assumer son auteur, a le mérite de débarquer dans une époque qui n’est pas tout à fait la même que celle qui accueillait le deuxième volet de la trilogie. En 2020, le cinéma s’entête à décrire un monde où le mal est toujours intériorisé, explicable et expliqué. En accordant un dernier tour de piste à une bande de monstres revendiquant leur méchanceté profonde, Zombie donne un gros coup de pied dans la fourmilière sans pour autant réfuter la légitimité de ses contemporains.

À la fois parfaitement inoffensive et totalement provocatrice, son escapade massacre tout le monde, du vrai au faux mexicain, du fier représentant des WASP américains au dernier des junkies. Il n’hésite pas une seconde à faire référence aux plus crapoteux des sous-genres d’exploitation (toute une partie du récit fait écho au voyeurisme sadique du Woman in Prison), pour les confronter dans une paella indigeste de mauvais goût. Alors que les quelques démiurges punks se terrent ou s’adaptent, le metalleux persiste et signe dans la description d’un univers où le sadisme et l’égoïsme pur sont une réponse à une communauté mondiale servie par des représentants pas beaucoup moins pourris que les pourritures qu’ils pourrissent.

Ainsi, il ne tombe pas dans le piège de faire de Baby une représentante de l’archétype de la femme forte et fait largement prévaloir sa folie sur sa condition, ce que le personnage s’empresse de rappeler à intervalles réguliers.

 

photo, Sheri Moon ZombieLike baby, baby, baby no

 

Malgré la présence d’une compétition malsaine entre deux des membres du groupe, le cinéaste défend avec 3 from Hell un droit à la surenchère, une ode à l’exubérance trash revenant aux sources du cinéma d’horreur auquel il fait référence, un cinéma d’horreur qui n’hésitait pas à cracher à la tronche d’une société malade ses propres rejetons incestueux. La revendication est bien trop soulignée dans les faits, surtout dans la première partie où lorsque Baby trucide une bourgeoise nue dans un beau quartier, mais continue de fonctionner dans l’ensemble, rendant la référence à Charles Manson plus pertinente que jamais.

Il y a toujours un sens dans le carnage perpétré par le trio, même si les hideux effets spéciaux numériques qui apparaissent par moments ont tendance à jurer avec la charte visuelle. Le plaisir qu’on tire du film vient donc surtout de son statut de dernier emmerdeur, de doigt d’honneur dressé échappant à toutes les cases dans lesquelles on voudrait le mettre, et dans lesquelles tant de propositions d’horreur se sont cloîtrées.

Pas non plus spécifiquement critique envers son époque (aucun « on ne peut plus rien dire » en vue, capitaine), il se contente d’étaler une noirceur universelle avec plus ou moins de réussite. Et tant qu’il ne commence pas à citer ouvertement ses références pour faire du pied à son public, la flemme ne s’éteindra jamais vraiment. Du moins, on l’espère.

 

Affiche

Résumé

Rob Zombie s'accommode difficilement des restes de son chef-d'oeuvre passé, mais cette nouvelle plongée dans l'univers des Firefly est assez impertinente pour faire office de bouffée d'air frais et de défouloir sale gosse.

Lecteurs

(3.8)

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commentaires

Bgz
20/09/2020 à 19:34

Qu'est-ce que c'est mauvais. Rob Zombie s'auto cite et nous pond une sommité de nazerie... Dommage de saboter ainsi sa trilogie.. Ca méritait mieux..

Mathieu Jaborska - Rédaction
18/09/2020 à 11:13

@Greg

Normalement, ça sort le 18 novembre.

Greg
18/09/2020 à 10:22

Vivement la trilogie en blu-ray :)

Rorov94
17/09/2020 à 19:19

Jamais compris l'engouement pour cette «saga»de m.....!
Zombie est zéro comme réal.

Z
17/09/2020 à 18:31

Du Rob Zombie pure souche, on aime ou on déteste. Un film hors du temps qui clôture avec un certain style cette trilogie infernale...

Opale
17/09/2020 à 16:56

Cinéaste honteusement surestimé, choisissant la facilité et faisant croire que c'est réac et arty. La surenchère dans le trash, le crade, le style poisseux 70' (jusque dans son affiche faussement vintage) et le borderline, ne veut pas dire cinéma de qualité. Non, c'est juste l'inverse et c'est pas terrible.

Gnorki
17/09/2020 à 13:43

Dispensable et inutile au final.

Oui Merci
17/09/2020 à 13:25

Totalement indispensable !

Non Merci
17/09/2020 à 12:19

Totalement inutile et dispensable

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