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Les Blagues de Toto : critique de plaisantin

Par Simon Riaux
21 décembre 2022
MAJ : 22 décembre 2022
16 commentaires

Les Blagues de Toto est ce soir à 21h10 sur M6.

Souvent appréhendée via ses ambassadeurs les plus embarrassants, la comédie française n’est pas en odeur de sainteté chez les cinéphiles. Moqué il y a quelques semaines lors du début de sa campagne marketing, Les Blagues de Toto est-il une énième déclinaison d’un concept éculé ?

Affiche

LA TÊTE A TOTO 

Étrange objet que Les Blagues de Toto, adaptation d’une bande-dessinée elle-même basée moins sur un univers ou un personnage qu’une vieille tradition orale, un corpus de blagues, depuis longtemps désolidarisé de ses origines. Si le personnage est d’abord apparu dans les Farces de Toto, publié en 1892 par Emile Durafour, puis dans On Purge bébé de George Feydeau (courte pièce de boulevard au texte survitaminé et au tempo hallucinogène), le personnage s’est mué en une vague incarnation de l’enfance impertinente, puis en surface blagueuse. 

 

Les Blagues de Toto : photo, Gavril DartevelleToto fait la tête

 

Assez étonnamment, le film de Pascal Bourdiaux, s’il n’a jamais affiché l’ambition de retrouver cette veine patrimoniale, ressuscite un peu ses ancêtres surannés. En effet, ce qui aurait pu se muer en lourdeur, à savoir le ton désuet de l’ensemble, son écriture parfois vieillotte, joue petit à petit en sa faveur. À force de calembours antédiluviens, de plaisanteries hors d’âge et de canulars bien macérés dans leur jus, le film parvient justement à s’extraire de l’époque et se différencier du tout-venant de la comédie française. Jamais les dialogues ou la narration ne cherchent l’air du temps, et pour poussiéreux que soient certains de leurs ressorts, ils ont la bonne idée de nous extraire d’un certain marasme humoristique contemporain.

Son amour du burlesque offre à Les Blagues de Toto une patine plus nostalgique qu’attendue, comme le film, derrière ses airs de Denis la malice sous Lexomil, dissimulait une ambition souterraine. Ici on tombe, on se déséquilibre, et toutes les occasions sont bonnes pour toujours voir les adultes trébucher, leurs corps se ridiculiser. Et si le métrage ne manquait pas souvent de rythme ou d’aboutissement dans la construction de ses séquences de démolition, il aurait même des airs d’hommage à tout un pan du cinéma muet, de Keaton en passant par Chaplin. 

 

photo, Gavril Dartevelle« Les enfants sont merveilleux » (non)

 

ZERO + ZERO 

Malheureusement, l’ensemble trahit souvent sa nature de produit quasi-télévisuel, dont la photographie, les cadres et le montage témoignent plus du souci de ne pas déranger la digestion d’un spectateur se remettant d’une récente lobotomie, que de faire œuvre de cinéma. Pour quelques morceaux de bravoure enfantins, tendres et inventifs, il faut ainsi se fader des dialogues oscillant entre indigence et platitudes, mettant les nerfs du spectateur (et manifestement ceux d’une partie du casting) à rude épreuve. Et devant le peu d’éclat visuel de l’ensemble, difficile de ne pas piquer du nez pour les adultes.

 

Les Blagues de Toto : photo, Gavril DartevelleC’est pas très beau mais c’est plutôt drôle

 

Et cette mollesse généralisée est d’autant plus désolante quand elle prend les commandes du récit, qu’on se réjouissait de retrouver ici Daniel Prévost, dont la malice illumine quelques plans, à défaut de trouver un véritable terrain de jeu. Même constat pour Ramzy Bedia, dont on sent souvent affleurer le délirant potentiel comique, mais dont l’énergie est le plus souvent étouffée par un programme bienveillant, mais beaucoup trop sage.

C’est d’autant plus rageant que jusqu’au bout, Les Blagues de Toto distille ici et là de charmantes idées visuelles (la visite de la pension carcérale témoigne bien du potentiel inexploité du projet), mais ne transforme jamais l’essai.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Quand il s'essaie au comique de situation, au burlesque et au slapstick, Les Blagues de la Toto ne manque pas de charme. Encore faut-il supporter la douce mollesse de l'ensemble.

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Commentaires
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Lulu

Ramzy,j’ai l’impression qu’il est partout en ce moment c’est dingue

Goteam

Hallucinant comme les affiches de comédies françaises sont ringardes et loupées dans 90% des cas et également pour ce film en question.

Zéro

Le niveau du cinéma français.

Didier Faiste

Vivement Bali-Balo, le film.

Simon Riaux

@Zéro

Il est très élevé, mais souvent victime du classique « ne commentons que les merdes et flagellons-nous », un sport national des plus appréciés.