Été 85 : critique beau coup de soleil

Simon Riaux | 16 juillet 2020 - MAJ : 27/07/2020 00:12
Simon Riaux | 16 juillet 2020 - MAJ : 27/07/2020 00:12

Quand Alex rencontre David, la passion est instantanée, évidente. Mais si le premier est amoureux du second, la réciproque n’est pas évidente, et mettra le feu, le temps d’un été aux cœurs du Tréport. Grâce à dieuFrançois Ozon est de retour avec Été 85, au cinéma depuis le 14 juillet.

SUMMER OF LOVE 

Capable d’alterner entre drame psychologique, thriller érotique, comédie musicale et drame, François Ozon est un des réalisateurs français les plus polymorphes. Véritable oxymore filmique, son style oscille entre 8 femmes et L'Amant Double, entre l’outrance hallucinée et le Z grotesque. Et si Grâce à Dieu, son précédent film, dévoilait une retenue qu’on ne lui connaissait pas, Été 85 renoue pour sa part avec la tension esthétique et thématique qui a souvent présidé à ses travaux. 

Tout comme la carrière de son auteur, le film frappe par sa versatilité. Largement vendu comme la chronique solaire d’un amour initiatique, le récit électrique qui se déroule sous nos yeux est bien plus qu’une capsule temporelle nostalgique. Sitôt l’intrigue sur les rails, ou plutôt les flots, la météo bascule, et la lumière estivale fait face à des éléments changeants, bouillonnants, qui préfigureront souvent les soubresauts des protagonistes. Et si la séduction est instantanément au cœur du dispositif, ce dernier bat selon un tempo changeant, tour à tour doux puis menaçant, qui intrigue durablement. 

 

Benjamin VoisinÇa mord au Tréport 

 

Au cours de la dernière décennie, notamment dans ses portraits féminins ou ses questionnements sur le genre, le cinéaste a plus d’une fois frisé le ridicule, et si cette tendance n’a pas disparu, elle peut ici s’épanouir dans un cadre qui lui convient idéalement. Car en traitant d’un amour adolescent dévorant, des transgressions qu’il entraîne et des zones d’ombre qu’il convoque, Ozon nous immerge dans un monde de sentiments exacerbés, de déséquilibres et d’excès.

Avec un art funambule délirant, il parvient à marier l’étrange, le tendre et le lumineux, comme lors de la rencontre avec une mère aussi concupiscente qu’aveugle aux réalités de son existence, qu’on jurerait sortie d’un trip mélancolique de John Waters. 

 

photo, Benjamin Voisin, Félix LefebvreUn sacré manège

 

WINTER SLIP DE BAIN 

Peut-être parce qu’il sort de la mesure presque clinique de Grâce à Dieu, le cinéaste laisse souvent à ses acteurs les commandes. Lui qu’on sait amateur d’effets de style, voire de démonstrations de force plastique, fait ici œuvre de – relative - sobriété. Cadres soignés, photo léchée laissent souvent le temps à un casting exceptionnel de se déployer. Aux interprétations fébriles de Félix Lefebvre et Benjamin Voisin répondent celles, toutes en nuances, des adultes, qui offrent leur répondant à une jeune génération dont l’énergie nourrit le film avec grâce. 

Mais c’est aussi dans ses averses qu’Eté 85 nous emporte. Quand l’amour cède à d’autres exaltations moins nobles, mais pas moins puissantes, et que la passion se fait douleur, le métrage se métamorphose soudain pour explorer des gouffres de souffrance abyssaux. Ces ruptures de ton, sincères et violentes, sont pour beaucoup dans la grande force de cette fresque amoureuse, aveuglante quand elle brille, terrassante quand elle vrille. De la naissance d'un artiste en passant par l'autopsie d'un amour, tout en désirs et faux-semblants, François Ozon parvient à sonder le spectateur avec une force insoupçonnée.

 

photo, Félix Lefebvre, Benjamin VoisinFélix Lefèbvre et Benjamin Voisin

 

Malheureusement, le choix d’embrasser la transfiguration du héros, d’amoureux transi, puis meurtri, à créateur bouillonnant, étouffe petit à petit toute cette revigorante intensité. Le scénario s’articule autour du progressif dévoilement d’une transgression originelle, mais entre dialogues appuyés et flashforwards mécaniques, il ne reste plus grand mystère à révéler lors du dernier acte.

Plus embêtant, alors que le film veut embrasser les conflits d’Alex, la narration bégaie, découpant inutilement ses atermoiements en trois phases répétitives, dont la plus forte est hélas la première. Été 85 s’achève donc sur une conclusion en demi-teinte, qui entame la maestria qui a précédé. Le résultat n’en est pas moins une des plus belles créations de son auteur. 

 

Affiche française

Résumé

Versatile, poétique et fiévreux comme un été trop chaud, Eté 85 impressionne, malgré un dernier acte qui se perd en circonvolutions.

Autre avis Geoffrey Crété
François Ozon retrouve un peu de l'énergie de ses débuts avec ce conte amoureux déchirant sur le vertige de la passion et des illusions. Malgré une voix off surexplicative et une dernière partie trop rallongée, Été 85 laisse une empreinte forte. Un film qui donne envie de tomber amoureux... ou de ne plus jamais tomber amoureux.

Lecteurs

(3.4)

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commentaires

Newt
30/07/2020 à 20:18

Personnellement, c'est une petite déception.

C'est dommage parce que j'ai l'impression qu'Ozon n'a pas assumé de faire un film simple. Il y a dans cet Été 85, des moments vraiment réussis et une véritable alchimie entre les acteurs qui permet à cette romance d'exister. Malheureusement, au deux-tiers du long-métrage, le film prend un virage un peu grossier et on doit se taper une conclusion à rallonge qui dilue l'émotion et alourdit inutilement une oeuvre qui aurait dû durer 1H20. Je ne vois franchement pas l'intérêt de toute cette dernière partie, j'ai vraiment le sentiment d'un film qui en fait trop et qui n'a pas totalement compris ce qui était touchant dans son histoire. C'est un peu dommage parce qu'il y avait là tous les ingrédients pour un beau film populaire français sur l'homosexualité. On se consolera en se disant qu'on a tout de même découvert deux acteurs très prometteurs .

ceciloule
19/07/2020 à 17:40

Il est vrai que la première partie est plus forte que le reste de la réalisation, le choix de presque tout révéler dès le premier quart d'heure n'étant pas profitable à son rythme, par ailleurs indolent.
La transformation de la passion en la douleur insupportable et suffocante du manque confère en effet toute sa profondeur au film et permet aux acteurs de dévoiler l'étendue de leur talent tandis que les arrières-plans ne cessent de rivaliser d'ombre et de lumière, comme autant de manières de mettre en avant Félix Lefebvre et Benjamin Voisin (j'en parle plus longuement ici : https://pamolico.wordpress.com/2020/07/19/ete-85-francois-ozon/)

alain
19/07/2020 à 11:31

j ai adoré ce film j en suis a sa dixieme vision et je ne me lasse pas de voir cette histoire , avec deux excellents acteur que sont BENJAMIN VOISIN et L EXCELLENT FELIX LEFEBVRE qui deviendra avec BENJAMIN deux tres grand acteur , la réalisation est superbe FRANCOIS OZON est un tres grand réalisateur au point ou moi j aurai aimé vivre cette passion bref 1H40 de bonheur !

Fabien
18/07/2020 à 17:42

C'est un très beau film, très émouvant, à mon sens un des plus aboutis des 19 réalisations de François Ozon, sans doute un des plus personnels, car il ne se limite pas à une simple bluette entre ados, mais sait mêler le romantique et le tragique de la vie, de la rencontre amoureuse, Eros et Thanatos en somme. C'est de plus servi par de merveilleux acteurs en état de grâce, car ils sont très bien dirigés et jouent parfaitement le jeu. La reconstitution des années 1980, musique, décor et costumes est aussi très réussie ; il y a d'ailleurs un clin d'oeil bienvenu à d'Eric Rohmer (Pauline à la plage), qui fut le maitre de François Ozon. Bravo et merci pour cette magnifique réalisation de François Ozon et à tous ceux qui y ont si bien contribué

Sultan Lorka
18/07/2020 à 09:49

La critique de Simon Riaux est complètement incompréhensible ! trop de mots ou de phrases compliquées quand au film très mauvaise reconstitution des années 80 ! (costumes et decors )mais les acteurs sont geniaux, Valeria est excellente , la bande son nous transporte vraiment dans les années 80 .

Jules
17/07/2020 à 06:45

Le meilleur F. Ozon, sans aucun doute, avec "Dans la maison"(2012)

Luludo22
16/07/2020 à 18:50

Hâte de voir ce film... J aime Ozon, un auteur important a mes yeux dans le cinéma français

Chaton la malise
16/07/2020 à 18:45

J'ai adoré comme film acteur super bien joué une belle histoire d'amour entre deux hêtre

RAMON TA FRAISE
16/07/2020 à 16:28

Années 80 + romance homosexuelle, le film surfe sur 2 tendances du ciné haha

Andrew Van
16/07/2020 à 15:56

Au final ça reste une romance gay d'été super classique et kitchouille sous fond de drama à la Française. J'ai l'impression d'avoir ce film 40 fois.

Cela dit, il est très bien réalisé et les acteurs sont convainquant... Donc ça mange pas de pain. Agréable mais vite oublié.

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