Da 5 Bloods : critique le poing levé sur Netflix

Alexandre Janowiak | 12 juin 2020 - MAJ : 12/06/2020 15:12
Alexandre Janowiak | 12 juin 2020 - MAJ : 12/06/2020 15:12

Cannes 2020 aurait dû marquer l'histoire, Spike Lee devenant le premier artiste noir à présider le jury. Il faudra finalement attendre 2021, la Covid-19 étant passée par là. En revanche, son nouveau film, qui aurait dû signer le retour de Netflix sur la Croisette en hors-compétition d'ailleurs, sort en grande pompe sur la plateforme ce 12 juin 2020, en pleine protestation Black Lives Matter. Que vaut Da 5 Bloods : Frères de sang ?

JUNGLE FEVER

Le nouveau film de Spike Lee démarre par une succession d’images d’archives datant des années 60 et 70 et de discours de Malcolm X, Bobby Seale, Angela Davis et bien d'autres durant cette période trouble. C’est cependant l’extrait de la conférence de Mohamed Ali refusant de se rendre au Vietnam pour combattre qui frappe en plein visage :

« Ma conscience m'interdit de tuer un frère ou de pauvres gens affamés, dans la boue, au nom de l'Amérique triomphante. Les tuer pourquoi ? Ils ne m’ont jamais traité de nègre, ni lynché, ni lâché leurs chiens sur moi, ni privé de ma nationalité. »

Une tirade révélatrice de toute la quête physique et surtout spirituelle qui attend les quatre vétérans du Da 5 Bloods de Spike Lee.

 

photoUne longue quête au coeur d'un Vietnam...

 

Le long-métrage Netflix du réalisateur de Do the Right Thing est irrémédiablement un film d’aventure et un film de guerre. En plus de 2h30 de métrage, il y a beaucoup de rencontres, d’action, de rebondissements, de trahisons, de coups de feu, d’agitation et de cadavres aussi. Il y a également, notamment dans le premier tiers, une large dose d’humour entre ses quatre "bloods" dont la camaraderie d’antan ne demande qu’à renaître lors de leur périple nostalgique au fin fond de la jungle vietnamienne.

La manière dont Spike Lee jongle avec les formats, les ratios, la fiction et les images d'archives atteste d'une véritable patine artistique. Le montage quasi-expérimental de Da 5 Bloods démontre toute la maîtrise dont peut faire preuve le cinéaste, loin de la fadeur qui accompagnait l'histoire engagée de son BlacKkKlansman.

Pour autant, Spike Lee n’a pas envie de livrer une simple variation mixant Apocalypse Now au Trésor de la Sierra Madre. À l’image de sa filmographie, le cinéaste afro-américain veut éduquer et raconter la véritable histoire des noirs américains au monde.

 

photo, Delroy Lindo, Clarke Peters, Isiah Whitlock Jr.... hanté par les fantômes du passé

 

PÉRIPLE AU BOUT DE L'ENFER

Dans un des nombreux flashbacks qui parsèment le récit, les cinq soldats apprennent l'assassinat de Martin Luther King à la radio de la speakerine Hanoi Hannah. Elle raconte les émeutes se déroulant aux États-Unis et la manière dont les autorités blanches abattent leurs mères, pères, frères et sœurs noirs alors même qu'eux se battent au Vietnam, dans cette jungle traumatisante et pour ce pays qui ne leur a jamais offert la liberté et l'égalité promise depuis tant d'années. Un chiffre vient d'ailleurs appuyer avec violence l'injustice qu'ils connaissent : "Les Noirs représentent 11% de la population américaine, mais 32% des soldats envoyés au Vietnam".

En mêlant et juxtaposant les archives et la fiction, Da 5 Bloods devient alors un long pamphlet politique et social et se mue progressivement en une œuvre profonde, audacieuse et ambitieuse. La quête initiale sur fond de comédie des vétérans est expédiée à mi-chemin du scénario pour laisser place à une véritable réflexion existentielle des personnages, de leur place au sein de la société américaine.

Plus que le souvenir d'une guerre qui leur a échappé, la recherche de la dépouille de leur chef Norman, mort au combat (Chadwick Boseman en figure déifiée) est surtout le moyen pour eux d'affronter les fantômes de leur passé et de retrouver la figure d'un mentor, un sage et fervent défenseur de la cause.

 

Photo Chadwick BosemanChadwick Boseman, sorte d'idole

 

Et finalement, les retrouvailles de ces quatre vétérans ne sont qu'un prétexte pour Spike Lee : celui de rendre justice à la communauté afro-américaine et de pointer du doigt le traitement qu'elle subit depuis toujours (Crispus Attucks), sans broncher, tête baissée. Ce n'est d'ailleurs pas anodin si les personnages sont joués par les mêmes acteurs dans le temps présent et dans les flashbacks guerriers : en plus de cinquante ans, rien n'a bougé.

Les images d'archives de manifestations, de protestations et d'émeutes prennent, au demeurant, une résonance terrible et saisissante tant elles font écho à celles des dernières semaines avec la mort de George Floyd et le mouvement Black Lives Matter. Spike Lee dénonce avec vigueur et rage cette Amérique injuste et inégale, ses actions passées et celles de Trump, ce "président bec de perroquet bidon". Une diatribe anti-racisme et également profondément pacifiste et anti-impérialiste. Car comme le dit un des personnages durant le métrage : "après avoir fait la guerre, vous comprenez que cela ne se termine jamais vraiment".

 

Photo Isiah Whitlock Jr., Norm Lewis, Delroy Lindo, Clarke Peters, Jonathan MajorsUne descente aux enfers

 

APOCALYPSE ALWAYS

En effet, sur le terrain, près de cinquante ans après la fin du conflit, les mines abandonnées font encore des ravages auprès des enfants du pays et de la population locale. Les tensions ne se sont pas forcément estompées et la haine est loin de s'être évanouie. Dans les esprits des anciens combattants, la souffrance et les traumatismes perdurent également.

Le personnage incarné par l'incroyable Delroy Lindo (déjà vu chez le cinéaste dans Malcolm X ou Crooklyn) est une de ses nombreuses victimes, brisé par cette guerre qu'il aura vécu au front, mais aussi chez lui, aux États-Unis. C'est bien tout le propos de son monologue poignant face caméra dans le dernier tiers. La guerre l'a abîmé, détraqué (il a voté pour Trump), ravagé, mais elle ne l'a pas tué. Alors ce n'est certainement pas maintenant qu'il va baisser la garde et se laisser abattre par un pays ingrat et oublieux.

 

photo, Isiah Whitlock Jr., Clarke Peters, Delroy LindoDelroy Lindo (à gauche) vole la vedette à tout le monde

 

Très concrètement, Spike Lee opère dans Da 5 Bloods un parallèle entre toutes les guerres et la lutte permanente et quotidienne de la communauté noire. Pour elle, le combat n'a jamais pris fin et semble, dans une telle société, condamnée à se poursuivre encore longtemps. Spike Lee le martèle peut-être un peu grossièrement, avec une infime subtilité et à travers un récit parfois fouillis et déstabilisant, mais peu importe, le geste est sincère, courageux, culotté, précieux.

Dans le dernier élan du film, le cinéaste semble, en outre, empreint d'un certain optimisme, sans doute conscient qu'il n'est plus seul à porter ce combat. Avec cette jeunesse engagée et déterminée à faire changer les mentalités représentée par David (Jonathan Majors) et Hedi (Mélanie Thierry) dans le film ; mais aussi cette talentueuse génération de cinéastes militants menée par Ava DuVernay, Jordan PeeleBarry Jenkins et consorts, l'espoir existe. La relève est là, le combat peut continuer.

 

Affiche US

Résumé

Da 5 Bloods est parfois maladroit et grossier dans son propos, mais est assurément le film le plus inspiré, ambitieux et hardi de Spike Lee depuis des années.

Lecteurs

(3.4)

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commentaires

Alaindubourgdubrin
14/06/2020 à 14:40

@Geoffrey Crété - La Rédaction

Merci pour vote explication.

Geoffrey Crété - Rédaction
14/06/2020 à 13:49

@Alaindubourgdubrin

Ce n'est pas de la censure : c'est le simple risque de poster un lien dans les commentaires, vu qu'on a un bot qui bloque des centaines de messages spams chaque jour. Et qu'un lien est l'un des signes les plus simples de spam.

Alaindubourgdubrin
14/06/2020 à 13:37

@ la rédaction
Bonjour.
Pourquoi mon commentaire au sujet de la série Homeland a-t-il été censuré svp?
Je ne comprends pas. Je ne faisais que rebondir sur le fait qu'elle a été évoquée plus bas.
Je ne faisais que souligner le rôle propagandiste de cette série mensongère
Je renvoi le lien d'ailleurs.
https://www.youtube.com/watch?v=GAWWhd8l3Ug

Merci de m'expliquer pourquoi j'ai été censuré.
Je n'ai pourtant pas été injurieux.

Rorov94
14/06/2020 à 08:42

Le mec est surcoté,surévalué,surestimé...
Mais comme c'est une icône communautaire intouchable...
Voilà où ont en est,fini l'objectivité,le sens critique.
Je lève le poing droit et pose ma couille gauche sur le sol.

Rorov94
14/06/2020 à 08:38

Franchement,pas de bol pour Lee,mais son film est un navet.
Faut arrêter avec Spike Lee!son cinoche est branquebalant.
Sa période 80/90 était au top!
Il a fait son meilleur film pour clore cette parenthèse:INSIDE MAN.
Puis depuis,que des daubes sauf BLACKKKLANSMAN!
Ce serai un autre réal,blanc,asiat...peut importe,il serai en train de réaliser des épisodes de GREYS ANATOMY!
On est loin du talent d'un Singleton,Van Peebles,Palcy,Fuqua...

CH
13/06/2020 à 00:49

vers 2h02 de film un sac à dos remplis d'une cinquantaine de lingots d'or reste accroché à une brindille de bambou!!! mdr
ps : oui j'ai continué !
vraiment pas ouf.. 1.5/5 au mieu

Kelso
13/06/2020 à 00:12

Il n'y a rien à faire, mais quelque soit la qualité d'un film dès que je vois des acteurs jouer leur rôle à notre époque et jouer aussi leur rôle dans les années 70 ça me sort direct du film car pas du tout crédible, ils sont censé avoir 50 ans de moins!!! Et je parle que des personnages principaux car des secondaires ne sont absolument pas crédibles aussi à cause de ce problème d'âge. c'est vraiment très dommage pourquoi ne pas prendre des acteurs jeune pour les flashback ? Ou des acteurs qui font 80 ans et pas 60 voire 50. Du coup j'ai arrêté après 40 min mais je continuerais plus tard pour avoir un avis complet sur le film mais ça m'à vraiment déçu ce manque de réalisme.
Tout à fait d'accord avec CH pour le coup.

CH
12/06/2020 à 22:46

Ya pas d'enormes "faux raccord" "annacronisme" appelés ca comme vous voulez... La fille du mec à 20 piges alors qu'elle est censé être née en 70.... Je suis en plein visionnage mais ca m'a sortit direct... j’hésite à finir le film

Stivostine
12/06/2020 à 22:10

1,5 * pour moi, trop bancal, des facilités scénaristiques déplorables, le sur jeu de Delroy Lindo, et toute cette demonstration qui en devient caricaturale, bref j'ai préféré son BlacKkKlansman.

NiKo
12/06/2020 à 21:15

Pourquoi je ne regarderai pas ? Spike lee y va de sa propagande turbo débile anti-trump sur les réseaux...

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