Judy : critique qui queen

Simon Riaux | 10 février 2020 - MAJ : 10/02/2020 14:09
Simon Riaux | 10 février 2020 - MAJ : 10/02/2020 14:09

Le biopic musical connaît depuis Bohemian Rhapsody un regain de popularité, que Judy compte bien exploiter. Et à en croire l’Oscar fraîchement remporté par son interprète, Renée Zellweger, la biographie de Judy Garland jouit d’un bel alignement de planètes.

 

A STAR IS MORNE

De ce côté de l’Atlantique, l’aura de Judy Garland n’est qu’un lointain écho de son rayonnement hollywoodien. Petite fiancée de l’Amérique dès la sortie du Magicien d'Oz, elle devint la star de la MGM, un symbole de la puissance des studios, d’un star-system qui faisait encore des stars des icônes absolues, mais aussi de l’inhumanité avec laquelle certains studios traitèrent leurs jeunes comédiennes, quitte à les transformer en bêtes de foire toxicomanes. Tous ces éléments sont au cœur de la pièce de Peter Quilter, qu’adapte ici le réalisateur Rupert Goold.

Malheureusement, il a choisi de complètement éclater la structure de l’œuvre originelle, pour mieux en souligner les thématiques et aplanir les enjeux. Judy ne se contente donc pas d’évoquer les derniers mois de travail et d’existence de l’artiste, préférant illustrer ses troubles de copieux flashbacks. Et ce, dès l’ouverture du film, qui nous ramène sur le plateau sublime du classique de Victor Fleming, où déjà, le ver est dans la pomme et où la jeune Judy Garland est sur le point de voir son enfance piétinée par Louis B. Mayer.

 

photo, Renée ZellwegerUne fin de carrière entre pression et dépression

 

Cette ouverture, et les autres aller-retour temporels qui émaillent l'intrigue constituent le problème principal du long-métrage. Leur contenu était déjà distillé dans la dramaturgie originale, avec une certaine justesse, et tenter de les redéployer à la faveur d’une narration éclatée, comme on en a vu proliférer ces dernières années, paraît singulièrement factice.

Par conséquent, le film bégaie régulièrement, illustrant platement lors de ses flashbacks ce que d'autres séquences ont déjà établi avec plus de force. Le dispositif est d’autant plus grossier que Rupert Goold, justement issu du théâtre, semble à tout prix désireux de se la jouer cinéaste, plutôt que d’embrasser la trame plutôt resserrée qu’appelait son sujet, multipliant situations, époques et décors, comme pour mieux échapper aux marqueurs de Broadway.

 

photoDes performances vocales où Renée Zellweger impressionne

 

MON AMIE RENEE

Judy est-il pour autant un ratage ? Tant s’en faut. Porté par une direction artistique minutieuse et la performance mimétique de Renée Zellweger, il s’inscrit parfaitement dans la vague contemporaine des biographies programmatiques, conçues pour bâtir un hommage, probablement sincère, tout en dressant des parallèles avec notre époque. Le choix de Judy Garland, à la fois femme forte et victime d’un milieu patriarcal qui use d’elle comme un matériau avant tout, s’avère parfaitement adapté. Adapté, efficace, mais aussi terriblement attendu et prévisible, à la manière de ce découpage qui ne se soucie jamais tant de composer son cadre que d'enregistrer les performances de sa comédienne. Un choix là encore facile et compréhensible, à défaut d'être passionnant.

Capable de s’investir totalement, sans jamais totalement s’effacer derrière son personnage, Renée Zellweger délivre une prestation attendue, presque prévisible, mais qui bénéficie du charme « moumoute et trémolos » propre au genre. Dans cette catégorie, Rufus Sewell, tout en postiches et prothèses pendantes, passerait presque pour un figurant égaré de Star Wars : L'Ascension de Skywalker. Choucroute attendue ou drame intime, Judy ne tranche jamais, et si la proposition est loin d’être indigne, c’est cette indécision qui lui interdit de s’élever au-dessus du tout-venant.

 

Affiche

Résumé

Prévisible, attendu, propre, Judy ne démérite pas, mais ne parvient jamais à imposer une voix singulière.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires

Numberz
11/02/2020 à 06:28

J'ai vu le palmarès, c'est surtout vous votre ressenti que j'aime bien avoir

Numberz
11/02/2020 à 06:26

Vous pensez quoi du cru vegan 2020 pour les oscars la redac ? À moins d'avoir loupé l'article lol

Nesse
10/02/2020 à 17:49

J aime bien les biopic mais d un ennui le film, rien d extraordinaire.

Geoffrey Crété - Rédaction
10/02/2020 à 17:19

@Terminéator

Oui. Mais est-ce si étonnant ? Si unique ? La discussion revient chaque année, pour beaucoup de cinéphiles.

Et logique, vu le fonctionnement des Oscars, qui ne vise pas du tout les "meilleurs" avec ce fonctionnement
https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1058737-oscars-de-shakespeare-in-love-a-black-panther-pourquoi-la-ceremonie-est-une-vaste-blague

Terminéator
10/02/2020 à 17:15

Apparemment vous n'êtes pas d'accord avec les Golden Globes et les oscars sur la prestation de Renée Zellweger

Adam
10/02/2020 à 16:14

@simon riaux et Arnaud: bon ben merci pour l'info.
Je partageais les mêmes attentes d'Arnaud pour ce biopic sur une des plus grandes actrices du siècle dernier.

Arnaud (le vrai)
10/02/2020 à 15:34

Merci Simon
Du coup le film me tente pas plus que ca, alors qu'un film biographique sur Judy Garland, sur le papier ca me hypait a mort ...

Laïza
10/02/2020 à 15:21

Je demeure surprise des récompenses (Golden Globe, Oscar) octroyées à Renée Zellweger, toujours empêtrée dans les minauderies et le baby-voice. Sa performance est aussi nulle que le film.
Personnage charismatique au parcours dramatique, Judy Garland méritait mieux.

Simon Riaux - Rédaction
10/02/2020 à 15:12

@Arnaud (le vrai)

Prévisible dans son ton, son traitement, son approche.

Oui, il y a des flash-back, qui handicapent pas mal la narration, mais c'est bien la partie londonienne qui reste la colonne vertébrale de l'ensemble.

Arnaud (le vrai)
10/02/2020 à 15:10

Simon, j'ai cru comprendre que l'histoire du film serait centré sur le moment où elle est partie travailler a Londres un peu contre son gré, laissant ses enfants derriere elle. Soit finalement les dernieres années de sa vie
Pour ma part j'esperais que le film traite plus de son enfance/adolescence entre mere completement tyranique et producteurs profiteurs/drogueurs/censeurs. Soit les années où se melangent les superbes films de sa carriere, mais les a coté les plus sombres de son existence

Du coup, est-ce que le film se centre sur la fin, ou est-ce qu'il developpe suffisamment les années 40 et 50 de Judy Garland ?


Petite remarque: dire que le film est prévisible ... ben oui c'est une biographie hein, a priori on connait la fin :D

votre commentaire