Marriage Story : critique qui pleure à la fin

Simon Riaux | 6 décembre 2019 - MAJ : 14/12/2019 19:34
Simon Riaux | 6 décembre 2019 - MAJ : 14/12/2019 19:34

Cinéaste new yorkais par excellence, explorant les romans intimes de familles dysfonctionnelles et proche du mumblecore, Noah Baumbach est de retour chez Netflix, deux ans après The Meyerowitz Stories, avec le récit de la fin d’un couple incarné par Scarlett Johansson et Adam Driver, intitulé Marriage Story.

DIVORCE A LA NEW-YORKAISE

Le réalisateur avait déjà traité de la fin d’une histoire dans Les Berkman se séparent. Et si comparaison n’est pas raison, regarder dans le rétroviseur permet de mesurer les immenses progrès accomplis entre les deux œuvres. Pas du genre à s’étaler inutilement, Noah Baumbach a pu donner le sentiment de ne pas toujours être certain de sa focale, comme s’il hésitait sur quel personnage suivre, quelle intrigue développer, préférant papillonner autour de récit manquant souvent de chair et s’autorisant une pose urbaine chic pas franchement inoubliable.

Mais ce qui frappe dès l’ouverture de Marriage Story, c’est combien le metteur en scène a acéré sa dramatisation des enjeux et sa capacité à les agencer. Le film s’ouvre sur une séance de thérapie de couple, qui tourne court, mais permet de saisir le cœur du projet : autopsier un couple, aimant, mais condamné à s’autodétruire, chacun refusant d’écouter et donc de comprendre l’autre. Cette idée, relativement simple, innerve tout le montage de Marriage Story, qui démarre à la manière d’une démonstration implacable, une dissertation sur le désamour, qui va progressivement laisser place à l’émotion.

 

photo, Scarlett JohanssonNicole (Scarlett Johansson)

 

Pour autant, Baumbach n’efface pas toutes les scories de son cinéma. On sent par endroit qu’il prend encore plaisir à délayer la sauce, voire qu’il étire bien inutilement certaines séquences. On pense par exemple à une confrontation avec une observatrice des services sociaux, qui occasionne quelques beaux gags à base de malaise, mais occupe l’écran pendant de bien trop longues minutes.

Il en va de même pour l’avocat affable interprété par Alan Alda, truculent, mais qui ralentit fortement un récit déjà bien costaud. De même, on se félicite que l'auteur éreinte un peu Hollywood, Broadway et les artistes qui y évoluent, tant il menace par endroit de se complaire dans la chronique de leurs atermoiements.

 

photo, Adam Driver, Scarlett JohanssonUne parenthèse de plénitude

 

PAS SUR LA ROUTE DE MADISON

Le film contient quantité de petites baisses de régime, mais la plupart d’entre elles sont indolores, tant Baumbach réussit à toujours trouver la distance exacte avec ses personnages. Commençant par épouser le regard confus de Charlie, abasourdi par le divorce, pétri d’amour, il nous précipite soudain aux côtés de Nicole, et permet de comprendre la détresse d’une artiste que personne n’écoute à commencer par son compagnon. Salaud, lâche, grand prince, ou traître, chacun passe par tous les états et se retrouve appréhendé avec un degré d’humanité saisissant.

Lançant toutes ses forces dans la bataille, Marriage Story signe la condamnation à mort amoureuse de ses protagonistes lors d’une ultime tentative de concorde, qui vire inexorablement au pugilat. Armé d’un découpage chirurgical, d’une scénographie discrète, mais puissante, totalement accordé aux vibrants Scarlett Johansson et Adam Driver. Comme il s’efforce de sonder les motivations ou les vicissitudes de chacun, le metteur en scène étudie les corps, comment celui de Driver tend à toujours vouloir saturer l’espace, comment celui de Johansson s’efforce de l’apprivoiser.

 

photo, Adam Driver Charlie (Adam Driver)

 

La manière dont le cadre questionne sans cesse la séparation de ces deux anatomies, mais envisage aussi leur réunion, passe par un jeu chorégraphique à l'impact tantôt immédiat, tantôt d'une grande finesse. À la manière du personnage de Charlie, metteur en scène brillant, mais bouffé par son égo, Baumbach travaille ses représentations de l'espace à plusieurs niveaux, qui assurent à son image et ses situations une richesse évidente.

Parce qu’il ne choisit pas de camp, se contente de rappeler que quand bien même l’amour survit, il peut ne pas suffire, Noah Baumbach s’éloigne des racines parfois arty et complaisantes de son cinéma pour amener sa mise en scène sur le terrain du mélodrame pur. Lorsque dans son dernier tiers, il assume de pures mécaniques de cinéma, des élans romanesques bruts secouent le spectateur (ah la lecture de la lettre…). Une évolution qui lui sied à ravir, tant Marriage Story s’impose comme son film le plus abouti.

 

Affiche

Résumé

D'un programme attendu, Noah Baumbach tire son film le plus abouti et touchant, l'autopsie d'un couple qui meurt de ne pas s'écouter. Une proposition embuée de larmes et débordante d'amour, tant pour ses personnages que son spectateur, malgré quelques scories un peu envahissante à mi-parcours.

Autre avis Geoffrey Crété
Si Marriage Story avait été aussi puissant et dévastateur que ses scènes les plus impressionnantes (une dispute qui coupe le souffle, des silences qui brisent le cœur), il aurait été immense. Il sera donc simplement très bon dans son genre, assez inégal, mais porté par deux acteurs fabuleux.
Autre avis Alexandre Janowiak
Sans aucun doute le film le plus puissant de Noah Baumbach. Une histoire déchirante sur l'incapacité d'un couple à communiquer, s'écouter, se comprendre et se désagrégeant inévitablement. C'est beau, drôle mais surtout écrasant, déprimant et dévastant notamment grâce aux superbes prestations de Scarlett Johansson et Adam Driver.
Autre avis Christophe Foltzer
Etouffant, implacable, parcouru d'un espoir désenchanté, Marriage Story est sans conteste le film le plus maitrisé de Noah Baumbach. Intense dans son déroulé, parfait dans ses personnages et son fond, il nous rappelle que Driver et Johansson n'appartiennent pas à Disney. Du très grand cinéma intimiste et fort.

Lecteurs

(4.6)

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commentaires

LeManch
15/12/2019 à 18:19

Très beau film sur le déchirement d'un couple incapable de communiquer et qui se laisse progressivement entraîner dans la machinerie du divorce, broyés par un système qui ne leurs laissera aucune chance. La fin est déchirante (quand Charlie lit la lettre) et les deux scènes de chants, symbole de l'avancée pour l'une et de la solitude pour l'autre sont poignantes.
À voir absolument.

Manu
14/12/2019 à 14:11

Très bon film, le duo Scarlett | Adam est magnifique mais par contre p.tain que c'est triste :O c'est la déprime totale après ce film, devrait afficher dès l'intro la mention "non recommandé aux suicidaires".

Ethanhunt
13/12/2019 à 11:30

Ce film est nul nul nul nul!!! Je peux même pas argumenter car j ai arrêté la vision de cette nullité au bout de 20 minutes!!!

Madolic
10/12/2019 à 12:05

Un super film !
On est tendu 90% du film.
Et le duo d'acteur est génial et leur alchimie crève l'écran.
Dommage qu'il y ait des longueurs qui nous sortent du film à certain moment (Le karaoké de Driver par exemple ou Scarlett qui "s'envoie en l'air" dans une voiture)

Zbl
10/12/2019 à 11:00

Très bon film, un peu survendu par la critique française mais bon.
Johansson et Driver sont parfaits, et je dois dire que je deviens de plus en plus fan d'Adam Driver, qui réussit à être bon même dans les nanars de la saga Star Wars. Le film lui doit beaucoup, il occupe l'espace avec ce physique si particulier, sans esbroufe. Et Scarlett Johansson a enfin l'allure d'une femme crédible, je pense réellement que sa carrière est devant elle si elle choisi des projets sérieux.

Ici en effet quelques scènes ne m'ont pas semblé très pertinentes ou trop longues, comme celle de Johansson dans la voiture avec un inconnu, celle de l'assistante sociale chez Driver ou encore la remise gaguesque de l'assignation. Mais la peinture de ce couple qui se sépare est vraiment réussie, bien aidée par des seconds rôles absolument fabuleux.

Je recommande en tout cas, car le film n'est pas dans le pathos, est plutôt réaliste et même drôle par moment, intelligent et émouvant.

Arnaud (Le vrai)
10/12/2019 à 10:44

Tres beau film je dois dire. Un peu dur, surtout si on est passé par ce genre de choses avant, mais quand meme tres beau
Et surtout, on le savait, mais ces deux acteurs quand ils doivent deployer tout leur jeu, sont proprement incroyables

Archangel
09/12/2019 à 22:17

Ma vie depuis 5 ans copiée collée au cinéma ...


08/12/2019 à 07:44

Merci Écran Large d’avoir consacré une critique pour ce film. Sans vous je serai passé à côté (avant la période des cérémonies GG, Oscars...). Merci Simon d’avoir si parfaitement décrit la puissance émotionnelle de ce film qui ne tombe jamais dans la sensiblerie. J’ai été foudroyé par les performances de Scarlett (Le plan séquence lors de son première rdv chez l’avocate - d’ailleurs j’ai été surpris que vous ne le releviez pas Simon) et Driver. Tout à fait d’accord avec vous sur les quelques longueurs inutiles et notamment sur la scène du dîner avec l’experte (trop prévisible, trop attendu, trop...). Je vous écris ces mots en marchant dans les rues de Paris...tiens mes lacets sont défaits.

captp
06/12/2019 à 19:14

saiyuk : c'est clair ... j'ai jeté un coup d'oeil a son cv et les réal avec qui il a déjà bossé,c'est juste impressionnant pour son age .
sinon je me garde mariage story pour quand je serais un poil plus souriant mais hate de le découvrir.

saiyuk
06/12/2019 à 13:33

Heureux de lire les qualités des deux acteur, car bcp ce concentre sur star wars pour l'un et le MCU pour l'autre mais ils ont fait d'autres chose et ont deja prouvé que c'etait pas des manches.

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