Sœurs d'armes : critique Expendabelles

Simon Riaux | 8 octobre 2019
Simon Riaux | 8 octobre 2019

Presque deux ans après son annonce, le film de guerre et premier long-métrage de fiction de Caroline Fourest débarque sur les écrans. Porté par un casting prestigieux, réunissant Amira Casar, Camélia Jordana, Esther Garrel, Maya SansaPascal Greggory ou encore la rockeuse Noush Skaugen. Initialement intitulé Red Snake, avant de devenir Sœurs d'armes, le film s’est fait coiffer au poteau par le constipé Les Filles du soleil, mais compte bien marquer plus durablement les esprits.

À LA DAESH AUX MOULES

Journaliste et essayiste, Caroline Fourest est ici pour la première fois metteuse en scène de fiction, mais il ne s’agit pas pour autant de son premier passage derrière la caméra, puisqu’elle a signé de nombreux documentaires au cours de ces deux dernières décennies. Elle y a abordé de nombreuses problématiques liées au vivre-ensemble, notamment à la laïcité, aux combats ou à la visibilité des minorités. Et c’est peut-être cet héritage qui pose le plus de problèmes lors du visionnage du film. Ce passif se sent, et la forte dimension fictionnelle du récit en souffre.

 

photo, Amira Casar Amira Casar

 

Pourtant, Sœurs d'armes ne manque pas d’idées intéressantes, de pistes complexes. En témoigne l’arrivée de Yaël et Kenza dans le bataillon « red snake », où le spectateur comprend que les deux Françaises se sont enrôlées (d’aucuns diraient "radicalisées") en ligne, via les réseaux sociaux.

Plusieurs fois, Fourest a l’occasion d’interroger la nature même de l’engagement armé, la nature d’un combat idéologique par essence. Mais la caméra et le scénario paraissent toujours incapables de mettre en perspective les éléments qu’ils dévoilent, comme si la cinéaste ne pouvait aller plus loin que la surface de son sujet.

 

photoGirls with bullets

 

Un problème qui est encore accentué par le découpage, trop souvent purement fonctionnel. Par conséquent, Sœurs d'armes vire régulièrement au contresens, ou à la sur-simplification. Malgré des antagonistes parfaitement infâmes, qui n’appellent pas exactement un traitement nuancé, l’écriture réussit l’exploit de paraître profondément injuste avec les troupes de DAESH. Une sorte de contre-performance et une tendance au simplisme navrant, qui feraient passer les nazis d’Inglourious Basterds pour des clowns d’hôpital un peu susceptibles. Ou le contraire.

 

UNE GROSSE PAIRE DE DOUILLES

Déficient quand il faut manier les outils du cinéma narratif, Sœurs d’Armes se transforme en expérience nanarde d’une galaxie inconnue dès qu’il lui faut appréhender la violence et l’action. Tout d’abord, remercions Caroline Fourest pour la grande œuvre égalitaire qu’elle nous offre. On apprendra dès les premières minutes du film que quand elles ont des armes lourdes en main et la vengeance au cœur, les femmes se révèlent aussi crétines, bourrines, assoiffées de sang et d’humiliations énervées que leurs modèles masculins.

Ainsi, quand démarre un échange embarrassant sur la politique belliqueuse menée par les États-Unis, un hommage tout flingué à Predator vient nous rappeler que Sœurs d'armes a plus soif de testostérone de mercenaire que de combattantes synapses.

 

photo, Amira CasarEt pas de dialoguiste non plus

 

Qu’elles moquent l’agonie d’un soldat terrifié à l’idée de mourir de la main d’une femme, se chamaillent en plein champ de bataille ou se la joue Cheval de Troie en burqa, nos héroïnes affichent une parenté avec Lorenzo Lamas, une forme de cousinerie bien grasse avec Chuck Norris, jusqu’à donner à Rambo : Last Blood des airs de tract vegan. Et progressivement, cette veine bourrine, plutôt inattendue étant donné les ambitions affichées par le film, lui confère une dimension absurde, bienvenue pour tout amateur de cinéma déviant.

En témoigne cette ultime demi-heure, où Caroline Fourest rejoue tous les gros clichetons du cinéma viriliste, comme si les assigner à des guerrières les renouvelait par magie. On assiste alors, mi-pétrifié, mi-sidéré, mais hilare, à une déferlante de sacrifices au ralenti, de grognements assénés au tempo des douilles brûlant les deltoïdes contractés de nos walkyries de supermarché. C’est leur guerre, et pour l’amour du rire, elles ne laisseront personne leur baver sur les rouleaux.

 

Affiche

Résumé

Pensum simpliste et indigeste quand il traite des combattantes kurdes, Sœurs d'armes se transforme progressivement en un réjouissant nanar de l'espace, que ne renierait pas Chuck Norris entre deux injections d'hormones de grizzly.

commentaires

Simon Riaux - Rédaction
11/10/2019 à 12:17

@colloc2

Heu... ils sont très très négatifs les retours publics...

Simon Riaux - Rédaction
11/10/2019 à 12:12

@Pag

"Je vous vois venir"

Manifestement, non.

Quand j'évoque l'héritage de Fourest, ainsi que le texte l'établit clairement, je parle de son héritage professionnel, comme journaliste, documentariste et essayiste. Des métiers bien différents de la mise en scène de fiction, et qui ne répondent pas aux mêmes exigences. C'est tout le problème, je ne prétends à aucun moment que ce qu'avance Fourest est faux ou éloigné du réel, je n'ai pas les compétences pour en juger. Ce que je dis, c'est qu'elle raconte mal.

"Et l'auteur de l'article nous dit qu'il faut nuancer ! "
Je n'ai jamais dit ça. Là aussi, je n'ai évidemment pas la prétention de dire à quiconque quoi penser, comment et pourquoi. En revanche, je note que Caroline Fourest n'arrive pas à "raconter son point de vue". Le forme de sa description est stupide. En contradiction avec les valeurs que le film essaie de mettre perpétuellement en avant. Je ne dis pas qu'elle ne devrait pas faire ce qu'elle fait. Je dis qu'elle le fait mal.

Pag
11/10/2019 à 11:21

La critique du film où Caroline Fourest est victime d'un délit de sale gueule "cet héritage qui pose le plus de problèmes lors du visionnage du film". Je vous vois venir, "ohlala Fourest elle est islamophobe, elle montre mal les musulmans". Je pense que l'auteur de l'article ne sait pas de quoi il parle : En 2014 des groupes de daesh ont attaqués des villages kurdes, capturés les femmes pour en faire des esclaves sexuelles, les enfants pour en faire des kamikazes et assassinés les hommes. De là une résistance est née, des bataillons de femmes ont vu le jour. Tout ça est vrai, il y a notamment une survivante qui a vu le film et qui l'a approuvé, Nadia Murad, qui est prix nobel de la paix. Et l'auteur de l'article nous dit qu'il faut nuancer ! Nuancer quoi ? Montrer la petite étincelle de bon dans l'islamiste une fois qu'il a fini de violer son esclave de 14 ans ? Vous plaisantez ou quoi ?

Murata
10/10/2019 à 07:49

@colloc2 : Et n'hésite pas à nous faire ton propre retour ensuite. Mais attention aux bons retours spectateurs, il y a déjà eu des cas où une partie de la promo consiste à inonder Allociné et autres de comptes fakes et critiques dithyrambiques,

colloc2
09/10/2019 à 20:23

Le bon retour spectateurs sur d'autres sites ciné , et la mauvaise critique de Simon Riaux m'ont définitivement donné envie d'aller le voir. Dont acte.

Dirty Harry
09/10/2019 à 16:49

Mouhahaha ! Bien fait pour Fourest (a la suite du livre de P. Boniface je ne saisis tjrs pas pquoi elle obtient un tel budget et une crédibilité dans le milieu...en plus elle avait pondu un court métrage nullissime, un truc de militant tellement premier degré...) À ranger avec les serments de tobrouk et autres BHLries...

groconfucius
09/10/2019 à 00:06

Prochainement dans les bacs à 1 euro entre les ampoules et le PQ. Juste au milieu quoi.

Murata
08/10/2019 à 21:02

La réaction de Rosa Luxembourg et Jean Moulin même pas morts ! prouve que même quand on veut être progressiste, on finit toujours par se faire doubler sur sa gauche ^^ Et Rosa etc, un film ne doit pas être jugé sur ses bonnes intentions, mais sur ses qualités cinématographiques.

Sébastien
08/10/2019 à 20:03

Il s'agit d'un film militant de la part de quelqu'un qui n'a rien à faire dans le cinéma mais qui possède le bras suffisamment long pour assouvir ses obsessions et buts politiques. On pourrait simplement parler de "marraine des Femens". Pas besoin d'aller plus loin, il y a peu de chance que le résultat soit à la hauteur...

Kolby
08/10/2019 à 19:08

Islam radical, islamophobe, islamiste dans, l'état islamique tant de dérivé qui me pousse à réaliser un film d'où l'acteur principal est de DAESH et qui a la fin à la victoire. Même étant une fiction, j'aimerais bien voir l'opinion public ou les critiques sur le film

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