Once Upon a Time... in Hollywood : critique de la légende

Christophe Foltzer | 23 avril 2021 - MAJ : 23/04/2021 14:19
Christophe Foltzer | 23 avril 2021 - MAJ : 23/04/2021 14:19

Once Upon a Time... in Hollywood, ce soir à 21h05 sur Canal+.

Depuis le coup d'éclat Reservoir DogsQuentin Tarantino est devenu le symbole d'un certain cinéma : geek au dernier degré, blindé de références et de citations, transformant tout ce qu'il touche en objet pop-culturel instantané, déchainant les passions à chaque nouvel opus, touchant à tous les genres en même temps. Bref, QT est la mémoire vivante d'un cinéma bien spécifique mais rien ne nous préparait au choc que représente son dernier film : Once Upon a Time... in Hollywood.

HOLLYWOOD BOULEVARD DE LA MORT

Vendu comme un énième objet pop tarantinesque, Once Upon a Time... in Hollywood risque de surprendre son monde, le fan du cinéaste en premier lieu tant, dans son approche surprenante, le film semble être en contradiction totale avec son marketing ou même la filmographie de son réalisateur. Car, oui, Once upon a time in... Hollywood ne joue clairement pas dans la même catégorie que Pulp Fiction,  Kill Bill ou encore Les 8 Salopards.

 

Photo Brad PittBrad Pitt, la grosse classe, comme d'habitude

 

Pourtant, sur le papier, tout semblait nous promettre un spectacle méta et référencé aussi ludique que cool avec cette histoire d'acteur déclinant (superbe Leonardo DiCaprio) qui, soutenu par sa doublure (incroyable Brad Pitt), va tenter de rebondir dans sa carrière alors même qu'Hollywood est en pleine vague hippie et que Charles Manson fera malheureusement bientôt parler de lui avec le meurtre de Sharon Tate (Margot Robbie, parfaite).

Et, dans les faits, c'est plus ou moins ce qui se passe même si, dès le départ, quelque chose nous fait nous dire que ce ne sera pas comme d'habitude. Il y a, en effet, dans Once upon a time in... in Hollywood, une retenue peu commune de la part de Quentin Tarantino. Comme si, pour la première fois, il se mettait volontairement en arrière-plan. Comme s'il ne s'écoutait plus dialoguer et qu'il ne se regardait plus filmer

 

photo, Leonardo DiCaprioLeonardo DiCaprio est juste fantastique, une fois de plus

 

Q.T. DANS TOUS SES ÉTATS

Récit éclaté entre différents personnages, Once upon a time in... Hollywood est avant tout un film qui cherche à capter une ambiance et une époque. Si les gimmicks habituels de Tarantino sont toujours présents, ils sont cependant réservés à la fiction dans la fiction, aux scènes issues des films dans lesquels se débat l'acteur en pleine déconfiture incarné par Leonardo DiCaprio. Là, oui, on retrouve le QT outrancier et sale gosse qu'on a toujours aimé.

 

photo, Margot RobbieLe temps de l'insouciance

 

Mais, derrière ce vernis pop, il y a une peinture plus désenchantée, plus mélancolique. Dans le Hollywood du film, ce sont réellement deux époques qui se rencontrent, s'entrechoquent et donnent naissance à des monstres (sacrés ou réels). Un Hollywood classique et passéiste (reflet d'une société étriquée, patriarcale et moralisatrice qui a connu la Guerre et traverse un boom patriotique, avec le Vietnam en toile de fond) et une Amérique plus jeune et libertaire, nourrie au progrès social et à la libération sexuelle. Une jeunesse animée par ses idéaux, ses rêves de grand soir et ses rêves forcément naïfs.

Et Tarantino là-dedans ? Quelle est sa vision, son message ? De quelle manière existe-t-il dans son propre film ? Pour la première fois peut-être dans sa carrière, le metteur en scène occupe une position de retrait, d'observateur. Laissant ses personnages prendre les commandes, au risque parfois de laisser s'égarer l'histoire. Un errance volontaire évidemment, qui ne doit rien au hasard et qui lui permet, durant les 2h40 du métrage, d'installer petit à petit et insidieusement tous les pions nécessaires pour nous dévoiler son jeu dans la dernière partie, qui risque d'en surprendre plus d'un, quand bien même tout ce qui a précédé l'annonce.

 

photo, Brad PittL'une des scènes les plus importantes du film (si, si)

 

HOLLYWOOD MURDER

Dès le début de sa fabrication, Tarantino avait annoncé que Once upon a time in... Hollywood traiterait, en partie, du meurtre de Sharon Tate par la Manson Family. Alors que l'on pouvait s'attendre à une reconstitution minutieuse et sauvage des derniers instants de l'épouse de Roman Polanski, Tarantino joue avec nos attentes, notre fascination morbide pour mieux nous les renvoyer en pleine tronche.

Sans rien dévoiler, disons qu'il prend un chemin inattendu mais qui, avec une puissance évocatrice unique dans son oeuvre, nous met face à notre propre rapport au réel et à la fiction. Tout autant qu'il nous délivre un message bouleversant sur la nécessité absolue de se réserver des espaces de rêve et d'échappatoire pour supporter l'horreur de la réalité.

 

Photo Leonardo DiCaprioReflets d'une époque oubliée

 

A ce titre, Once upon a time in... Hollywood est un film marquant et très important dans l'époque actuelle, où la confusion entre réel et fiction se fait de plus en plus prégnante, ou chaque débat social est mis en scène de façon ultra dramatique pour coller à des canons fictionniels plantés dans l'inconscient collectif et qui nous stimulent émotionnellement au quart de tour.

Alors que jusqu'à présent on pensait que Tarantino vivait dans un monde gangrénée par la fiction, le metteur en scène nous met les points sur les I, insistant sur la séparation entre ces deux mondes, choisissant son camp de manière radicale mais désenchantée, tout en n'oubliant pas d'être extrêmement critique vis-à-vis de la machine à rêves qu'est Hollywood dans l'esprit des gens.

Once upon a time in... Hollywood est un film très dense, extrêmement complexe, aux multiples niveaux de lecture et qui risque de faire parler de lui pendant très longtemps. Mélancolique à souhait, désabusé mais cherchant toujours à y croire, il nous présente un Tarantino en plein questionnement sur la nature même de ce qu'il fait depuis tant d'années et son utilité.

 

Photo Leonardo DiCaprioUne reconversion quelque peu difficile

 

Très Debordien dans son approche du mythe et du spectaculaire, il encourage autant à la destruction des idoles qu'aux rêveries comme ultime échappatoire. Et c'est là que l'utilisation du drame concernant Sharon Tate prend tout son sens. Dans cet événement horrible qui a symboliquement tué le rêve hippie, précipité l'avènement du Nouvel Hollywood et de sa dramaturgie désenchantée, éprise de chute, de violence, dans cet électrochoc qui a touché l'inconscient collectif de l'Olympe, Tarantino décide d'inoculer une ultime dose de fiction en forme d'antidote, encore une dernière chance de nous faire rêver. En résulte alors un double-discours saisissant qui se garde bien de toute moralisation et laisse le choix au spectateur d'adhérer ou non.

On en ressort secoué, fasciné, émerveillé tout autant qu'avec une grosse boule à l'estomac et l'envie de pleurer ce paradis perdu qui n'a jamais existé. Avec Once upon a time in... Hollywood, Quentin Tarantino se met à nu comme jamais, joue avec ses propres codes et nos attentes, fait preuve d'une maturité impressionnante et décide de nous livrer un film qui, s'il était le dernier de sa carrière, concluerait sa filmographie en apothéose. Oui, Once upon a time in... Hollywood est un chef-d'oeuvre, l'un des films de l'année et probablement l'un des meilleurs de son auteur qui fait, à travers lui, preuve d'une incroyable modestie.

 

Affiche française

Résumé

Once upon a time in... Hollywood risque de diviser les fans de Tarantino. Et pourtant, il s'agit probablement de son film le plus sincère et le plus touchant depuis Jackie Brown. Une ôde au cinéma en tant qu'échappatoire tout autant qu'un rappel à la dure réalité. Bouleversant, magnifique, chef-d'oeuvre.

Autre avis Alexandre Janowiak
Once Upon a Time... in Hollywood est une oeuvre d'une mélancolie bouleversante et une ode au cinéma fascinante. Plus qu'un refuge, la fiction est l'unique lieu de liberté et d'évasion pour Tarantino, un lieu magique où l'insouciance des années 60 pourra perdurer à jamais. Sublime.
Autre avis Simon Riaux
Tarantino ressuscite le Hollywood de 1969 comme on convoque l'Atlantide, son voyage se mue en une exploration mélancolique et insaisissable, nous offrant l'un de ses plus beaux films.
Autre avis Geoffrey Crété
Un Tarantino qui s'étire à outrance, mené par un désir de jeu, d'hommages et célébration qui flirte parfois avec le vain. Mais passé ces errances, Once Upon a Time... in Hollywood révèle finalement son vrai visage : celui d'une profession de foi, étonnamment simple et touchante, au cinéma et au pouvoir de la fiction sur le réel.
Autre avis Lino Cassinat
Cela faisait deux films que Tarantino commençait méchamment à sentir le sapin, avec Once Upon a Time... in Hollywood, c'est définitif : il entre dans la catégorie des cinéastes ringards. Véritable "dork" de l'époque, QT essaie désespérément d'être cool alors que tabasser des hippies comme un chameau alpha n'est plus cool depuis South Park. Gênant.
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Lecteurs

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commentaires
Matrix R
25/04/2021 à 14:17

Film long. Le moins de la décennie pour Tarantino. Un scénario raccommodé. Des flash et flashs interminables. Un classique ? Non un chef d'œuvre ? Non. Un film normal, trop long une intrigue ambiguë, mais bon c'est presque choral. Mais moins efficace les trois derniers Tarantino

FredB
24/04/2021 à 09:47

De bons moments par-ci par-là, mais qu’est-ce que c’est long... Je n’ai rien contre les films à rallonge mais il y a tellement de scènes gratuites dans ce Tarantino qu’on est plus proche de la masturbation que d’un film avec un scénario. Sans doute que si je l’avais abordé comme un exercice de styles (au pluriel), j’aurais davantage apprécié...

Andarioch1
24/04/2021 à 09:25

@Ben

Depuis le temps que je m'intéresse intensément au cinéma, je pense ne pas manquer de "références". Pourtant ce Tarantino m'a ennuyé comme jamais. C'est pas compliqué, je l'ai arrêté 3 fois, la dernière fois au 3/4 sans jamais le reprendre. Les références ne font pas une histoire et m@sturber sa cinéphilie ne fait pas un film.
Et à fond d'accord avec l'avis de Lino.

Moody
23/04/2021 à 19:15

Meilleur film de 2019. Une pépite

DjFab
23/04/2021 à 19:03

Horrible...

Pseudo
19/04/2020 à 14:59

@BEN
Merci pour ce fou rire. Le mec qui pense que ceux qui n'ont pas aimé n'ont pas tout capté...magique...

Ben
18/04/2020 à 11:05

Pur chef d’œuvre, pour lequel il faut être un minimum référencé pour rentrer dedans, ce qui manque à ceux qui n'ont pas aimé.
DiCaprio et Brad Pitt sont au sommet absolu de leur jeu et clairement parmi les meilleurs acteurs de leur génération. Margot Robbie j'accroche moins, éffet harley queen je pense, et Sharon Tate était autrement plus belle et plus classe.
Tarantino peut se targuer d'une sacré filmo, à mille lieu de la production actuelle.

Kyle Reese
18/04/2020 à 00:51

J’ai beaucoup aimé cette ballade dans un Hollywood plus ou moins fantasmé mais je comprend que le film divise il parle sans doute plus à tous ceux qui ont découvert le cinéma avec les films de cette époque.
Ça m’a fait plaisir de revoir Westwood et ses cinémas que j’ai côtoyée pendant un bel été des années 80. Je crois même avoir découvert Robocop dans la salle de ciné ou Margot Robbie Sharon Tate découvre son film.

Sinon très bonne critique dans laquelle je me retrouve ainsi que celle superbe de Flo plus bas dans les commentaires.

jango567000
17/04/2020 à 21:57

Grand fan de Tarantino, je ne comprends pas pourquoi le film est aussi bien noté !
Sérieux l'histoire est vide, il ne se passe quasi rien en 2h30 de film !
Autant d'éloge pour ce film je ne suis pas d'accord !
De loin le mon bien de Tarantino avec Jacky Brown !!

alulu
17/04/2020 à 21:52

À sauver les perfs de Pitt, DiCaprio et le final cathartique mais ça reste un film mineur dans la filmo de Tarantino. En le visionnant, j'ai pensé au Privé de Altman, donc question feeling 70 c'est plutôt réussit. C’est plus un diaporama de ces années qu'un "vrai" film. Hormis cela, c'est creux, il ne se passe pas grand chose.

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