Batman : Silence - critique qui devrait la mettre en veilleuse

Christophe Foltzer | 7 août 2019
Christophe Foltzer | 7 août 2019

On ne le dira jamais assez mais, si DC Comics a tendance à se foirer au cinéma, c'est un tout autre destin qui attend ses productions animées en vidéo, généralement à la hauteur. Mais avec Batman : Silence de Justin Copeland, l'éditeur s'attaque à un gros morceau de l'histoire du Chevalier Noir.

Disponible en vidéo le 21 août 2019.

OH LA FERME !

Après un excellent Règne des Supermen et un étonnant Batman vs Teenage Mutant Ninja Turtles, la branche animation de Warner et DC Comics décide de s'attaquer à un autre morceau de la mythologie des super-héros, et de Batman en particulier, en décidant d'adapter Hush, le comics écrit par Jeff Loeb et dessiné par Jim Lee en 2002 et qui fait encore aujourd'hui figure d'une des meilleures aventures et l'une des plus importantes du Chevalier Noir.

 

photo Batman HushBane, pas content

 

Si Warner et DC surprennent toujours là où on ne les attend pas, on garde encore en mémoire quelques ratés dès qu'il s'agit des aventures légendaires du héros, The Killing Joke en tête, complètement foiré parce qu'il rajoutait une demi-heure non-sensique et n'allait pas au bout de son propos. Un écueil que l'on retrouve malheureusement dans ce Batman : Silence.

Pourtant, dans les grandes lignes, le film respecte le point de départ du comics : après une aventure un peu plus musclée que les autres, Batman subit un traumatisme crânien qui l'envoie chez son ami d'enfance Thomas Elliot, neuro-chirurgien de renom. En parallèle, un nouveau méchant a fait son apparition à Gotham, Hush, et il semble fourbir un plan particulièrement vicieux à l'encontre du Dark Knight. En plus de ça, Bruce Wayne et Selina Kyle voient leur relation ambigüe prendre une nouvelle tournure. Mais les apparences sont peut-être trompeuses et le poids du secret, bien lourd.

 

photo Batman HushBatgirl à la rescousse

 

MAIS TAIS-TOI, VOYONS !

Pourtant, qui a lu le comics avant de voir le film, comprendra immédiatement que quelque chose ne va pas dans cette adaptation : certains adversaires sont changés sans vraiment de justification (ce n'est plus Killer Croc qui ouvre le bal, mais Bane), d'autres personnages arrivent sans crier gare et de manière totalement artificielle (Thomas Elliot apparait comme par magie en soirée, alors que c'était Alfred qui le contactait pour soigner Bruce) tandis que d'autres, encore, disparaissent purement et simplement du récit alors qu'ils sont essentiels (Jason Todd par exemple, mais cela se comprend par le fait que son personnage a été refaçonné à l'occasion d'un Under the Red Hood ultérieur au comics, donc difficile de le faire intervenir ici).

A la rigueur, ce ne serait pas très grave si cela n'avait qu'un impact minime sur ce que l'on souhaite nous raconter. Mais évidemment, c'est l'inverse qui se produit. A l'image de The Killing Joke, Batman : Silence perd tout son sens en arrivant sur nos écrans. On n'y retrouve pas cette étude de la paranoïa de Batman (ou alors c'est très léger), cette envie de raccrocher le masque parce que lésé par cette notion de secret qui gangrène tous les personnages et toute sa vie.

 

photo Batman HushSale temps pour Bruce Wayne

 

Nous avons plutôt droit à un film qui raccroche les wagons avec l'univers que DC et Warner tentent de créer actuellement dans le monde de l'animation, en le mettant à jour (intervention inutile de Damian Wayne) plutôt qu'en essayant de bien raconter son histoire. Et c'est particulièrement rageant lorsqu'on en arrive à l'identité de Hush, conforme au comics, mais totalement dépourvue d'impact, de drame et d'enjeux, parce que le film a cru bon d'évacuer un élément essentiel reliant Batman à Hush pour des raisons qu'on ne comprend pas vraiment.

De ce fait, Hush ne ressemble plus qu'à un méchant comme les autres, d'autant que son temps de présence à l'écran n'est pas folichon, ce qui ne nous permet pas de vraiment faire connaissance avec lui ou de mesurer sa dangerosité. Bref, tout ceci reste très artificiel et vain, au final.

 

photo Batman HushHush, un méchant qui en sait beaucoup

 

CHUT ALORS !

Sur le plan technique, ce Batman : Silence figure dans la moyenne basse des productions direct-to-video de Warner et DC. Si le design est plutôt correct, l'animation, quant à elle, est un peu plus rigide qu'attendue et ne se permet quelques envolées fluides qu'en de rares moments d'action qui, du coup, dénotent un peu avec l'ensemble.

 

photo Batman HushLe Joker va prendre très cher

 

Si l'ambiance est là, elle perd beaucoup en tension, en étouffement et en poids comparée au comics. Tout semble un peu trop propre et gentil pour une histoire de ce calibre. Par contre, on note quelques décors dépouillés particulièrement perturbants tant ils dénotent avec le design parfois bien travaillé de certains personnages et de l'ensemble.

Qu'il s'agisse du fond ou de la forme, ce Batman : Silence semble avoir été produit dans la précipitation et avec fainéantise. Alors que l'histoire originale exigeait un traitement 4 étoiles, le film ne donne pas vraiment l'impression de se fouler pour nous offrir un spectacle digne de ce nom. Cela dit, il constitue une bonne introduction aux spectateurs qui ne connaissent pas encore Hush. Mais la lecture du comics en deviendra encore plus obligatoire.

 

visuel DVD

Résumé

Parce qu'il transforme beaucoup d'éléments essentiels de son matériau d'origine, Batman : Silence est une grosse déception tout comme une aventure douloureusement anecdotique pour notre héros. On aurait aimé un traitement à la hauteur de sa légende et faite avec davantage de passion dans son exécution. Dommage.

 

commentaires

Dc comics
13/08/2019 à 22:21

Le journaliste ne sait pas de quoi il parle car ce film fait partit de de l'univers dc anime qui a debuté avec le film justice league guerre the Killing Joke et under the red hood ne font pas partie de cette univers .

Zed
13/08/2019 à 18:55

J’ai pas lu le comics mais j’ai trouvé le film trop fan service. Ils ont calé Bane, catwoman, le joker, le sphynx gueule d’argile, poison ivy, superman, lex luthor, nightwing, robin, harley queen, ainsi qu’une revue des autres mechants (Pingouin, double face, etc) pour qu’au final ca perde du sens... l’introduction du chirurgien complètement inutile car elle est ambiguë (On pense qu’il est hush) mais disparaît complètement et le scénario et plus une exposition des galeries de persos ( y a meme le changement de costume pour Batman) qu’une histoire continue et logique. Ils ont coché toutes les cases de l’univers mais oublié la trame narrative. Dommage

Number6
07/08/2019 à 12:27

Et crotte, encore raté. Autant j'aime bien leur création originale, comme il le faisait au début, autant leurs adaptations de comics sont foireuses. Ils auraient pu adapter la renaissance d'un côté, et de l'autre faire sous forme de Elseworld one shot l'adaptation des comics cultes. Le règne des supermen, celui ci visiblement... Quand on est sur la renaissance, ça passe encore, mais mettre tout cela dans la même time-line. Bon après même gaslight je n'ai pas aimé. Dans leur derniers efforts, seul les tortues et ninja sortent pour moi du lot, car complètement one shot et elseworld.

votre commentaire