Crawl : critique pas franchement vegan

Simon Riaux | 10 juillet 2019 - MAJ : 10/07/2019 17:55
Simon Riaux | 10 juillet 2019 - MAJ : 10/07/2019 17:55

Marquée par sa dureté et convaincue de l’avoir déçue, Haley (Kaya Scodelario) ne parle plus à ce père dépressif qui a failli la dégoûter de la natation. Quant à lui, il se moque bien de la tempête qui s’annonce et préfère rester dans la petite bicoque familiale menacée par les eaux de Floride. Ils vont s’y retrouver encerclés par des prédateurs à écailles, et heureusement pour eux, ils auront Alexandre Aja (La Colline a des yeuxMirrorsPiranha 3D) pour guide dans Crawl.

CRAWL EN BOURG

Alexandre Aja nous manquait. De post-productions périlleuses (Piranha 3D), en expérimentations tumultueuses à la distribution hasardeuse (Horns, La 9ème vie de Louis Drax), le wonder boy du cinéma français, exilé aux États-Unis, avait bien du mal à retrouver les ors sanglants de ses premiers films. C’est peut-être la raison pour laquelle il nous revient aujourd’hui avec Crawl, projet accueilli dès son annonce avec beaucoup de bienveillance par ceux qui suivent avec appétit sa carrière.

Revendiqué comme un pur film d’exploitation remettant au goût du jour le sous-genre de l’attaque animale, sa nouvelle proposition confronte une jeune fille et son père (Kaya Scodelario et Barry Pepper), retranchés dans le vide sanitaire de leur maison familiale, face à des alligators enragés, au beau milieu d’une tornade tropicale. Le programme est limpide : nous voici face à un survival pur sucre, à la formule chimiquement parfaite. Une odyssée viandarde et intime au cours de laquelle deux protagonistes s’étant depuis belle lurette perdus de vue vont devoir se dépasser pour se retrouver.

 

photo, Kaya Scodelario Kaya Scodelario

 

Et c’est la limite évidente de Crawl, cette volonté chevillée au corps de ne jamais dévier de son programme initial, de n’en surtout pas subvertir le propos ou l’algorithme. C’est à peine si le scénario daigne agiter une poignée de figurants auxquels le script ne fait même pas semblant de conférer un semblant d’existence, en guise d’appâts juteux.

Nous sommes là pour épauler Haley et Dave alors qu’ils luttent contre une nature déchaînée et des prédateurs plus tenaces qu’un représentant en aspirateurs sillonnant la Creuse. N’attendez aucune surprise, ne guettez pas la moindre forme d’originalité ou d’appropriation du sujet par son auteur, on est ici pour jouer la sécurité et rejouer une partition connue de tous, de la fille prodigue en passant par le père contrit, jusqu'au clébard hydrophile.

 

photo, Kaya Scodelario"Expelliarmus"

 

PUR CROCO

Mais pour qui parviendra à s’affranchir du souvenir des folles ambitions visuelles et thématiques de Furia, Haute Tension ou La Colline a des yeux, Crawl s’avère un pur régal de série B. Il faut dire qu’Alexandre Aja, ainsi qu’il aime à le dire, a pris grand soin de verrouiller sa pré-production au maximum, et cela se sent.

D’un décor restreint, il fait un labyrinthe puis un cirque dédié à la furie tropicale, lors d’une séquence d’échappée nautique tendue comme un string en croco. Le réalisateur paraît à nouveau en pleine maîtrise de ses capacités techniques et s’en donne à cœur joie.

 

photoUn accident domestique est si vite arrivé

 

Plans de grue fluides et complexes, incrustations numériques proches de la perfection, le metteur en scène évolue avec délice dans son dédale humide, y distillant pièges, sursauts et coup de boutoir extrêmement brutaux. Aja alterne idéalement poursuites aquatiques, confrontations mordantes et brusques attaques. Ses mangeurs d’hommes sont crédibles, et il s’amuse à les filmer divinement sous toutes les coutures.

Que leurs assauts soient gentiment surréalistes, ou s'appuient au contraire sur leurs redoutables techniques de chasse - on n'a pas vu d'amputation plus douloureuse depuis un moment - l'artisan du débitage a en réserve quantité de délicieux artifices, accompagnés d'un enrobage sonore impeccable qui confère au moindre claquement de mâchoires l'inéluctabilité du tombeau.

 

photo, Barry Pepper, Kaya Scodelario Barry Pepper et Kaya Scodelario

 

Le cinéaste n’est pas Steven Spielberg, il le sait, tout comme il se rappelle que Greg McLean a su rejouer (en partie) son équation du monstre invisible, pour mieux le dévoiler dans l’inoubliable Solitaire. Fort de sa cinéphilie, Alexandre Aja choisit donc de montrer ses créatures en pleine lumière, faisant jouir la caméra et le spectateur de leur redoutable puissance.

Ainsi, Crawl se déguste comme une célébration d’un cinéma perdu dans l’ouragan des blockbusters ripolinés, dévorés par la SVoD : celui de la péloche d’exploitation modeste et sincère, invitant le spectateur à un bain chaud couleur de sang attendu, mais généreux.

 

Affiche française

Résumé

Programmatique et cousu de fil blanc, Crawl est une série B à l'ancienne souvent irrésistible. Alexandre Aja y injecte tout son savoir-faire, et transforme ce petit plaisir de survival en grand huit viandard, délectable de suspense et de brutalité.

Autre avis Geoffrey Crété
Alexandre Aja avait-il encore besoin de démontrer qu'il savait filmer de la petite série B avec une certaine efficacité ? Crawl penche plus vers ses productions (2e sous-sol, Pyramide) que ses bons films d'horreur comme réalisateur. Pas désagréable, mais hautement oubliable.

commentaires

rorov94
11/07/2019 à 23:12

EL soyez sérieux 2 minutes!
Si ce film avait été produit par asylum ou filmfax,vous aurez mis un 1,5 en note...
Foutage de gueule que ce métrage!
Le relationnel père fille était mieux retranscrit dans TOUCHE PAS À MA FILLE(avec Tony Danza)...
Aja va passer son temps à remercier Mikaël Salomon pour son PLUIE D'ENFER.
Et maintenant le pompon:
Depuis quand les sfx/vfx de ce film sont bons!?
Mettez vos lunettes pendant la projo m....!
Refaite vous THE ROGUE,BLACK WATER ou PRIMEVAL(le meilleur du lot),et vous verrez que même après une décennie ces 3 derniers restent LA RÉFÉRENCE!
Ce qui ne sera pas le cas de celui là d'ailleurs.
Et puis,arrêtez avec Aja...il n'est qu'un bon réal sans plus(et encore...):
Merci papa,merci maman,merci«la famille»,merci les tontons,merci les parrains...bref,ont se comprend:on se renifle le c.. dans «l'entre soi»!
Si Mc Tiernan ou Rodriguez avait fait cette bouse ils se seraient mis tricards pour 10 ans!
Perso j'en peu plus des« fils/filles de»qui polluent l'hexagone.
Sujet tabou s'il en est:mais suffit d'avoir des connaissances dans le milieu pour découvrir cette consanguine vérité...
Les autres iront se faire voir.
Dommage pour eux...

Manu
11/07/2019 à 14:32

Normal que l'actrice a le même pied que Gollum sur l'affiche ?

overo
10/07/2019 à 19:18

Est ce que ce film sera un plaisir de l'instant pour ensuite l'oublier ou le truc qui prend aux tripes? Je ne sais pas mais au vu de la première critique c'est plutôt bon signe que Aja aille à l'essentiel. Si c'est une série B qui n'a pas la folie des grandeurs mais qui donne sont lot de suspens et d'hémoglobine moi ça me va.

votre commentaire