The Dead Don't Die : critique palme mort

Simon Riaux | 15 mai 2019 - MAJ : 15/05/2019 14:09
Simon Riaux | 15 mai 2019 - MAJ : 15/05/2019 14:09

Les zombies débarquent à Cannes avec The Dead Don't Die de Jim Jarmusch, ou la promesse d’une relecture maline d’une des plus grandes figures du cinéma horrifique (pour qui a survécu à Only Lovers Left Alive). Accompagné d’un casting qui ferait déglutir bruyamment un galleriste New-Yorkais, le cinéaste s’essaye à la satire et au commentaire politique. Malheureusement, le cadavre n’est pas toujours celui qu’on croit.

LE 7EME SOT 

Sur-exploitée, la Terre dévie de son axe, provoquant le réveil des morts, lesquels s’en prennent aux vivants, se repaissant des chairs d’innocents en psalmodiant les mots et concepts qui ont marqué leur passage sur Terre. La poivrote réac beugle « Chardonnay », les millennials finis aux smooties équitables grognent « Wifi », et tout ce petit monde s’entredévore. On en restera là pour la dimension politique du récit, incapable d’aller au-delà d’un anti-Trumpisme cadavérique.

Jim Jarmusch regarde cette Amérique qui refuse de mourir et contamine inexorablement les vivants avec un mélange de dédain et de sidération qui pourrait n’être qu’anodin s’il n’exsudait de toutes ses plaies un nectar d’autosatisfaction assez rance. Le monde est méchant et ses avatars vraiment pas très gentils, nous assène le réalisateur, préférant agiter sa caméra mollement, rejouer sans cesse les mêmes mouvements d’appareils et autres signatures, plutôt que de laisser le genre infuser au cœur de son dispositif.

 

photo, Iggy PopTrop de Coffee and Cigarettes

 

Car The Dead Don't Die n’a rien à dire du cinéma horrifique, et aborde ses morts-vivants par-dessus la jambe. À la manière d’un sportif de haut-niveau daignant descendre chez les amateurs le temps d’une exhibition de charité et prenant une incommensurable déculottée, Jarmusch aborde l’héritage de George A. Romero sans jamais parvenir à emballer un hommage correct, un décalage assumé, ou une parodie en bonne et due forme. Les codes ne l’intéressent pas mais il se révèle un peu plus à chaque séquence incapable d’y substituer quoi que ce soit.

 

LA MORT LUI VA SI BIEN

L’affiche de The Dead Don't Die vantant son casting hétérogène et pléthorique ne s’y trompait pas : la collection d’acteurs accomplis venus ici se payer une bonne tranche de rire et quelques jours de vacances est bien l’unique intérêt du film. Le tempo comique de Jarmusch s’avérant passablement balourd (non, la répétition n’est pas l’unique ingrédient du comique de répétition), il faut tout leur talent pour insuffler un peu de vie à l’ensemble.

 

Photo Danny Glover, Bill Murray, Adam Driver Lost in strangulation

 

Et à condition d’accepter la pauvreté tonale, dramaturgique et intellectuelle du métrage, ce dernier contient bien quelques saillies comiques, voire de pures trouvailles mélancoliques. Ces lents travellings, isolant dans le plan Bill MurrayChloë Sevigny et Adam Driver, sont autant de capsules où le trio brille, amuse, avec une élégance remarquable. De même, il suffit d’une paire de répliques à Tilda Swinton pour faire oublier les faiblesses du projet, d'un grognement à Iggy Pop pour ressusciter notre intérêt, quand le visage buriné de Tom Waits demeure une excellente excuse pour se frotter au cinéma pourrissant de Jarmusch.

Film de fumiste méprisant profondément son sujet et la tradition dans lequel il s’inscrit, The Dead Don't Die ne manque pourtant pas d’intérêt, tant il cristallise aussi un certain état d’Hollywood, entre fascination pour de nouveaux formats menaçant les ordres établis et crainte existentielle profonde générée par le triomphe du populisme. Avec ses limites, paresses, et trouvailles, le récit de Jarmusch est une photographie assez saisissante d'un naufrage annoncé, sorte de réponse blafarde au passionnant Monrovia, Indiana de Wiseman.

 

affiche francaise

Résumé

Comme paralysé par un monde qu'il ne comprend plus, Jarmusch signe une fable paresseuse, régulièrement sauvée par ses excellents comédiens. Comme quoi, le mort-vivant n'est pas toujours celui qu'on croit.

commentaires

Hank Hulé
19/05/2019 à 22:39

Chiant comme la pluie.
Et ça se croit malin.
Revoir Shaun à la place

mes qui es tu
19/05/2019 à 13:04

BON

Marvel/DC
18/05/2019 à 20:39

Franchement quand je vois un telle commentaire critiqué avec mauvaise foi un film comme Avengers 4 pour simplement protéger l'un des films de zombie les plus pourris du monde je ne peux que te dire va voir un doc coin coin, Avengers 4 n'est pas parfait mais à côté de ce truc qui ce prend pour un film c'est une pépite de l'univers du cinéma ;)

Simon Riaux - Rédaction
17/05/2019 à 12:24

@snake88

Le review day by day on a arrêté parce que... bah franchement tout le monde s'en cogne.

Et pour ma part je serai en mesure de faire des critiques quotidiennes des films dans quelques heures !

jude
17/05/2019 à 02:42

parti de la salle au bout d'une heure!

snake88
16/05/2019 à 16:41

HS : Il n'y a pas d'articles sur les films projetés à Cannes cette année ni de review day by day du festoche ?

Simon Riaux - Rédaction
16/05/2019 à 12:53

@Miami81

Il est même certain qu'il n'y figurerait pas sans cette signature.

Mais il faut peut-être penser la chose autrement que sur le mode "ah bah il a la carte le salaud".

Déjà, pour assurer une viabilité, un Festival d'ambitions internationales se doit de tisser des liens forts avec les distributeurs et les auteurs. Pour pouvoir obtenir, même une année plus "faible" (où la concurrence est accrue entre festivals pour obtenir les meilleurs films), des oeuvres de premier plan.

La conséquence, c'est qu'il faut aussi "suivre" des auteurs, ou des distributeurs, leur dire : "ce festival c'est chez toi". Par exemple imaginons, demain Jarmusch fait un film complètement ouf. Il sera sans doute plus facile à Cannes de l'obtenir (si sa date de sortie colle à peu près, bien sûr) en ayant accueilli son auteur préalablement.

Donc bon, la fidélité, c'est aussi une garantie de survie pour un Festival. L'important, c'est que ça n'empêche pas l'arrivée de nouveaux venus. Et pour le coup, cette année, il y a de quoi faire en matière de nouveautés.

Ajoutons également qu'il y a une sélection qui y est dédiée, puisque la Semaine de la Critique ne choisit QUE des premiers et des deuxième films.

Donc bon, tout ça forme un écosystème bien moins fermé qu'on le représente souvent.

Geoffrey Crété - Rédaction
16/05/2019 à 12:40

@Coin coin

Rapporter l'avis de quelqu'un qui aime Endgame serait une éloge ?
"Haha" effectivement
On ne va pas s'interdire d'écrire quand quelqu'un aime un film qu'on n'aime, ça s'appelle la diversité des opinions et c'est bien.

Comme dit précédemment, pour notre avis sur le film (et pas celui des autres), il est clairement expliqué ici en plus de la critique sans spoilers :
https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1083757-avengers-endgame-conclusion-a-la-hauteur-ou-grosse-deception-pour-marvel

Donc entre vous qui prétendez qu'on aime trop de fou Endgame, et ceux qui nous engueulent en nous traitant d'odieux salopards parce qu'on ose redire qu'on trouve ce film raté depuis sa sortie, comment dire... "lol".

Et de rien.

Miami81
16/05/2019 à 12:28

Encore une fois, la question qu'on peut se poser est de savoir pourquoi le film est en compétition au festival de Cannes.
Est-ce vraiment pour sa qualité ou simplement parce que comme c'est souvent le cas, son réalisateur est un habitué du festival....
Non parce qu'avec tous les films qui sortent chaque année, c'est qd même étonnant de voir si souvent les mêmes réalisateurs. Et l'exemple ici est flagrant car c'un film de genre, s'il n'y avait pas eu Jarmusch aux manettes, pas certain qu'il aurait figuré dans la compétition.

Coin coin
16/05/2019 à 12:07

hahaha !

Encore un éloge d'Avengers 4 qui vient d'être publié à l'instant !!! Ou plutôt un Appel d'Offre de R.R MArtin ;)

https://www.ecranlarge.com/films/news/1085793-game-of-thrones-le-romancier-george-r-r-martin-donne-enfin-son-opinion-sur-avengers-endgame

Vite, il faut que je retrouve ma bouteille de "Chaaardonnaaayyy" pour oublier tout ça !

Bon après, merci pour tout le boulot autour de ce site, dont j'avoue est un ptit pêché mignon que je m'octroie la lecture quand j'ai 5 mn de temps de cerveau disponible ;)

Merci encore !

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