Monsieur Link : critique évoluée

Christophe Foltzer | 17 avril 2019 - MAJ : 17/04/2019 12:32
Christophe Foltzer | 17 avril 2019 - MAJ : 17/04/2019 12:32

Coraline, L'Étrange pouvoir de Norman, Les Boxtrolls, Kubo et l'armure magique : en l'espace de 10 ans, le studio Laïka s'est fait une place bien spécifique dans le monde de l'animation. Spécialisé dans la stop-motion, ou l'animation image par image, il n'a cessé de relever d'innombrables défis techniques tout en cherchant à raconter les meilleures histoires. Et ce Monsieur Link (avec les voix de Hugh Jackman, Zach Galifianakis, Zoe Saldana ou encore Emma Thompson) est l'occasion de voir s'il a mis la barre encore plus haut qu'avant.

CHAINE ALIMENTAIRE

D'emblée, Monsieur Link arrive à un moment bien particulier de l'histoire du studio Laïka, puisque sa figure emblématique, Travis Knight, n'a eu qu'une implication modérée dans le film, très occupé à rebooter sans le dire la franchise Transformers avec Bumblebee. Aussi, on pouvait penser que la production perdrait un peu de son identité, d'autant que les premières informations relatives à ce nouveau projet arrivaient au compte-gouttes.

Mais ce serait oublier que Laïka ne compte pas qu'une figure forte puisque dans son équipe, il y a aussi Chris Butler, scénariste de Kubo et l'armure magique et co-réalisateur de L'Étrange pouvoir de Norman, soit deux petits bijoux de l'animation en stop-motion. Seul maître à bord, Butler avait donc du pain sur la planche avec ce Monsieur Link qui annonçait un certain changement d'ambiance et d'atmosphère dès ses premiers visuels.

 

photoUn aventurier très fier de lui

 

Ce qui frappe dès les premières secondes, c'est le ton résolument différent du film par rapport aux précédentes productions du studio. Ici, pas de ton mélancolique, pas de poésie, pas d'ésotérisme, nous nous retrouvons face à un gros film d'aventure à l'ancienne. Nous y suivons ainsi le périple de Sir Lionel Frost qui désespère de se faire accepter par le Cercle d'Aventurier dirigé par le terrible Lord Piggot-Dunceby, alors qu'il échoue à ramener un cliché du monstre du Loch Ness.

Plaqué par son assistant, il reçoit un étrange courrier qui lui demande de venir en Amérique car son mystérieux correspondant aurait la preuve que le mythique Sasquatch existe. A la clé, une renommée assurée et une place de choix dans le club. Ce qui ne plait pas du tout à Piggot-Dunceby qui va engager le vil Stenk pour lui mettre des bâtons dans les roues. Mais les apparences sont parfois trompeuses et lorsque Frost rencontre le Sasquatch, ce dernier lui fait une proposition inattendue.

 

photoUne proposition qu'on ne peut pas refuser

 

POUCES OPPOSABLES

Si nous n'en dirons pas plus sur le scénario en lui-même, il faut cependant revenir sur la principale qualité du film, sur ce plan précis, à savoir que Monsieur Link déjoue constamment nos attentes. Il faut dire aussi qu'on y allait avec un certain a priori, trop habitués à voir des histoires à destination des enfants avec un rapport humain-monstre qui prône avant tout l'acceptation et la tolérance, dans un discours un peu creux qui n'apporte rien.

Pas de ça ici puisque Monsieur Link dézingue très vite ce postulat pour partir dans une autre direction, plus radicale. En effet, le film n'a rien à faire de ces discours prémâchés à destination d'enfants-consommateurs, il ne parle pas de cette tolérance consensuelle mais préfère renvoyer son public à ses propres défauts.

 

photoUn trio de héros plutôt atypique

 

Très ancré dans notre époque, Monsieur Link tape gentiment sur tous les aspects de la société moderne, besoin de reconnaissance en ligne de mire, nous fait réfléchir sur notre rapport aux autres et à nous-mêmes, tout en nous forçant à nous voir tels que nous sommes. Ici, ce n'est pas la tolérance et le partage qui pourront sauver nos personnages, mais bel et bien notre propre évolution.

Du début à la fin, Chris Butler s'amuse à flinguer l'optique anthropocentrée de notre monde, nous met face à nos contradictions et nous dit, de façon plutôt claire, que nous sommes tous des abrutis et que tout est perdu si on ne choisit pas de laisser notre égo de côté. Un discours inattendu dans un film pour enfants mais plutôt bien vu et très efficace.

 

photoDécouvrir le monde

 

STOP MOTION

Et puis, bien sûr, il y a l'aspect technique du film, incroyable. Kubo et l'armure magique avait déjà placé la barre très haut et Monsieur Link décide de crever le plafond. On a rarement vu une animation en stop-motion aussi fluide et audacieuse. Le film multiplie en effet les morceaux de bravoure, les séquences chocs, aidé par des décors renforcés aux images de synthèse, les angles de caméra impossibles en live et nous fait oublier que nous ne voyons que des poupées animées image par image avec un souci du détail presque maladif.

Lorsqu'arrive un certain moment sur un bateau, on se dit que l'animation en stop-motion n'a rien à envier aux autres productions et que le studio Laïka n'emploie que des magiciens. C'est très, très impressionnant l'air de rien.

 

photoLa réponse, tout en haut ?

 

Au-delà de ça, il faut bien reconnaitre que Monsieur Link n'est pas aussi définitif que Kubo ou L'Etrange pouvoir de Norman. On irait même jusqu'à le qualifier d'oeuvre mineure du studio. Ce qui serait bien entendu une erreur. S'il n'est pas aussi ambitieux que ses prédécesseurs, il n'en reste pas moins un excellent divertissement pour petits et grands, très drôle et sensible, parcouru d'un souffle aventureux et épique qui nous rappelle les meilleurs moments des Indiana Jones et enrobé d'un discours tendrement subversif qui fait du bien où il passe.

Bref, pas de raison de ne pas aller le voir quoi.

 

Affiche

Résumé

Monsieur Link n'est pas aussi définitif que les précédents films du studio et risque de déstabiliser les habitués. Pourtant, il s'agit d'un excellent divertissement, beaucoup plus intelligent qu'il n'en a l'air et assez hallucinant sur le plan technique. De quoi attendre le prochain projet avec une grande impatience.

commentaires

LeManch
18/04/2019 à 09:33

Il paraît que la distribution en salle du film est une catastrophe ?
Laika sort encore une pépite qui va se planter au BO... Tristesse.

Tim Lepus
17/04/2019 à 18:23

Vu dimanche en avant-première, ai eu un gros coup de cœur pour ce film. J'avais été très déçu par Kubo, à sa sortie en salles puis au 2e visionnage, je suis mal à l'aise par l'appropriation de la culture asiatique, que je trouve déplacée, et, dans sa mise en scène, que je trouve pas si remarquable que ça (mais les visuels sont splendides, je vois rejoins). Pour moi, ce Missing Link frappe fort dans le paysage de l'animation occidentale actuelle, alors que Disney s'empêtre dans des remakes live auquel seule une partie du public veut croire, et Aardman qui, pour moi, a perdu tout son mojo avec un Cro Man d'une platitude abyssale. Dans ce film, ai beaucoup apprécié le scénario, les personnages, et le combo mise en scène / montage, y a un rythme très agréable, je trouve ce film intelligent. Je suis d'ores et déjà curieux du prochain projet de Laika : si Travis Knight revient, ce qu'il semblait indiquer après la sortie de Bumblebee, je serai un peu plus méfiant.

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