La Mule : critique chargée jusqu'aux yeux

Mise à jour : 23/01/2019 11:12 - Créé : 22 janvier 2019 - Simon Riaux

Quelques mois seulement après son spectaculairement raté 15h17 pour ParisClint Eastwood revient avec La Mule. Alors qu’on ne l’avait plus vue devant la caméra depuis 2012 dans Une nouvelle chance, le metteur en scène, pourtant prolifique, ne s’était pas offert de rôle depuis le funèbre Gran Torino en 2008. Voilà donc un retour inattendu, dont la dimension testamentaire s’accompagne d’une détonante vitalité.

photo, Clint Eastwood
481 réactions

PÉPÉ MALIN

Dès l’ouverture de La Mule, nous suivons Earl Stone, horticulteur frivole qui encaisse remarquablement ses soixante-dix printemps, jusqu’à une rapide ellipse qui le laisse à la rue, vaincu par la révolution Internet il est forcé de céder son entreprise, son terrain et son domicile à sa banque. Surprise initiale, pour la première fois depuis des années, la photo d’un film d’Eastwood n’embrasse pas la rengaine sépulcrale (au moins) depuis Million Dollar Baby.

L’auteur a confié la photographie à Yves Bélanger, passé par Xavier Dolan (Laurence anyways), Jean-Marc Vallée (WildDemolition) et le rythme surtendu des tournages de séries hollywoodiennes (Big Little Lies et Sharp Objects). Le technicien insuffle ainsi constamment une urgence, mais aussi une patine chaleureuse au métrage, qui évite alors instantanément l’écueil de l’introspection morbide qui tendait les bras à ce récit imprévisible.

 

 

Imprévisible car malgré l’évidente métaphore que file l’auteur, en se penchant sur la trajectoire fatale d’un octogénaire préférant rouler pour un cartel que se ranger des voitures, son histoire demeure d’une implacable drôlerie, d’une tendresse désarmante. En effet, sitôt ce vieux grigou un brin satyre d'Earl au contact des narcos dont il va devenir un atout majeur, le scénario est progressivement contaminé par un humour de plus en plus systématique.

Qu’elle file un coup de main à une association de lesbiennes bikeuses ou se moque gentiment d’un couple outré par son vocabulaire encore saturé de références racistes, la star met en scène les ruptures de la société américaine pour mieux en proposer une réconciliation truculente.

 

photo, Clint Eastwood, Alison Eastwood Eastwood a choisi sa fille Alison Eastwood pour interpréter la fille de son personnage

 

THE OLD MAN AND THE GUNS

Eastwood s’amuse énormément à détourner son image (que reste-t-il du surhomme justicier quand il peut à peine ouvrir le coffre de son pick-up sans assistance ?), n’hésitant pas à se dépeindre en vieillard dépassé par les événements, et répandant autour de lui une absurdité salvatrice.

Ce sera l’occasion pour le metteur en scène de passer en revue les travers qu’on lui a prêtés au fil des décennies. Machiste ? Raciste ? Sexiste ? Clint Eastwood détourne les clichés qui lui collent à la peau pour se peindre en monument anachronique, conscient d’arriver au bout d’une traversée à l’issue de laquelle il abandonnera un monde qu’il ne reconnaît plus.

 

photo, Clint EastwoodClint Eastwood

 

Car si la vieillesse dans La Mule est un naufrage, elle n’en demeure pas moins un naufrage heureux, un cataclysme tranquille, qu’il convient d’accueillir avec panache. C’est là toute la beauté du film, au cours duquel se réinstalle progressivement un sens de la tragédie finalement beaucoup plus subtil que dans Gran Torino, où il n’est plus question de renouer un ultime instant avec la grandeur d’hier, mais bien d’apprécier les derniers éclats lumineux d’une flamme vacillante.

 

photo, Dianne Wiest, Clint Eastwood Dianne Wiest et Clint Eastwood

 

Enfin, on est estomaqués par le courage et la malice mêlés avec lesquels Eastwood nous offre ce qui restera sans doute un de ses derniers voyages. L’aride simplicité avec laquelle il filme son visage, devenu paysage lunaire, sa bouche tremblante et sa peau parcheminée sont autant de moments suspendus.

L’image de ses mains arthrosées, alors qu’il tente d’agripper avec gourmandise les hanches d’une prostituée, sont autant de terrains inexplorés par le 7e Art. Et sous nos yeux, parfois embués de larmes, le grand Clint refuse, malgré les embardées, malgré la nuit tombante, de lâcher le volant.

 

Affiche US

Résumé

Testament, confession, introspection tout autant que doigt d'honneur hilare aux sectaires de tous poils, cette Mule est chargée à bloc.

commentaires

Bribri 13/02/2019 à 20:01

Excellent. Pas de concurrent. Robert Redford peut être. Les harry, sur la route de Madison, américain snipper, gran Torino etc. Magnifiques. Quel talent. Et Bradley Cooper , la relève sûrement. Je suis une inconditionnelle. Bravo

Dutch Schaefer 09/02/2019 à 08:31

Eastwood est un monument du cinéma à jamais!
Ce nouveau film est une nouvelle pierre à son édifice!
Clint aura traversé le temps du 7ème, à chaque fois en utilisant son personnage, et son image!
Il se met une fois de plus en scène et accepte son âge et le chemin parcouru!
Il est loin le temps de "Harry" ou "Du Bon"!
La il y a un homme qui regarde derrière lui et voit toute cette route faite!
Il arrive au bout du chemin et avec LA MULE Eastwood offre un film testament!
Merci pour tout MONSIEUR!

clinteastwoodlegend 31/01/2019 à 20:38

j ai vue cette apres midi
sont dernier film la mule
quel claque ce clint et une legend
il ya des scenes qui ressemble au chef d ouevre grand torino
franchement film touchant
je recommande ce film du grand clint eastwood

Ronnie 31/01/2019 à 16:00

Clint joue la carte du vieux papi vétéran mal luné (encore) mais très bon film, allez y les yeux fermés !

Marc 27/01/2019 à 00:50

je viens de sortir du film , Un bon Eastwood mais en regardant ce film je me disais et si c'était le dernier film d'un géant du CINEMA . Je veux pas le croire j'attend son prochain film avec impatience .

Dario De Palma 26/01/2019 à 19:26

"le film reste très prévisible, ultra linéaire voire poussif dans son message pro famille répété ad nauseum. "

Pas faux. Un petit Eastwood pas désagréable dans sa première moitié mais le côté pathos prévisible en effet de la dernière partie est moyennement convaincant, c'est aussi audacieux dans le sujet et le traitement qu'un téléfilm diffusé sur M6 l'après-midi...l'acteur Eastwood s'en sort, mais on a connu le réalisateur plus subtil et inspiré dans d'autres films.

Han Hulé 25/01/2019 à 15:21

Faut pas pousser Papi dans les orties) : quoique très efficace, le film reste très prévisible,
ultra linéaire voire poussif dans son message pro famille répété ad nauseum. Heureusement, l'humour est très présent et un assez fin et les persos sont attachants. Un bon 7 pour du Clint hyper classique entre Gran Torino et Un monde Parfait.

Sébastien2 25/01/2019 à 02:16

Un mec qui emmerde les progressistes depuis 80 piges, ça se respecte.
Après lui, il ne restera que les soeurs Wachoski.
Youpi...

Matt 24/01/2019 à 20:30

Voir papy Eastwood encore devant la caméra ça fait chaud au coeur. Mise en scène classique et solide et bonne interprétation générale.

Par contre le scénario est un poil mécanique et on s'attend un peu à tout ce qui se passe (la famille, l'arrestation, la rédemption de Clint). De plus je trouve que certains passages sont un peu inutiles (tout le début jusqu'au passage du 12 ans + tard est il vraiment utile ?, le passage chez le trafiquant est il vraiment nécessaire ou pouvait on en apprendre là dessus autrement ? Le parallèle avec l'investigation policière me semble un peu déséquilibré.

Bref, La Mule reste quand même un très bon film et fait oublier son 15h17 pour Paris ça c'est clair.

Number6 24/01/2019 à 09:20

C'est fou, quand je lis les commentaires, j'ai l'impression que ce sera son dernier film. En même temps, je me dis pareil avec Sly...

Plus

votre commentaire