Films

Wildlife – Une saison ardente : critique découplée

Par Simon Riaux
20 décembre 2018

Comédien précieux, Paul Dano s’est imposé comme un artisan de seconds rôles marquant, capable d’éclipser les plus grands, allant jusqu’à faire jeu égal avec Daniel Day-Lewis à la faveur d’une poignée de répliques dans There Will Be Blood. Seule ligne directrice de sa carrière jusqu’à aujourd’hui : une sensibilité qui confère à la moindre de ses inflexions une grande pureté, autant qu’une intensité contagieuse. Et c’est précisément ce qu’on retrouve au cœur du premier long-métrage qu’il réalise : Wildlife – Une saison ardente avec Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan.

Wildlife - Une saison ardente : affiche

UN COUPLE QUI DÉCOUPLE

Wildlife – Une saison ardente se penche sur le quotidien d’une famille américaine des sixties, perçu via les yeux d’un adolescent, assistant à la lente déréliction du couple parental. Et c’est sans surprise mais avec un certain ravissement que l’on découvre Paul Dano directeur d’acteurs. Aussi à l’aise avec Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan qu’avec le jeune Ed Oxenbould, il s’attache avec une infinie précision à les caractériser, puis à les narrer à travers d’infimes détails.

C’est là le plus grand plaisir de Wildlife, fabrication artisanale et délicate, que ce regard, distancié mais profondément humain, que pose le jeune cinéaste sur ses marionnettes de chair. On pense notamment la manière dont il scrute le regard azuréen d’Oxenbould, avec quelle empathie il enregistre et travaille son visage à la manière d’un paysage, qui n’est pas sans rappeler le sien.

 

photo, Carey MulliganCarey Mulligan

 

De même, l’acuité du portrait proposé via le personnage de Carey Mulligan est immensément appréciable. Le récit interroge ses peurs et ses désirs, sans les juger ni les idéaliser, constatant à son rythme la mort annoncée du modèle social qu’elle a embrassé. Son parcours est l’occasion de constater combien, en une poignée de plan, Dano parvient à magnifier le rôle qu’il donne à Bill Camp, peut-être le meilleur second couteau du cinéma américain contemporain.

 

WILD MAIS PAS TROP TROP

Pour convaincant et attachant que soit ce premier essai, il n’en demeure pas moins une tentative que son classicisme mine par endroit. Car si Paul Dano s’avère un brillant directeur de comédiens, ainsi qu’un fin portraitiste, il n’a pas grand-chose à raconter qu’on n’ait pas déjà vu ailleurs, parfois en mieux.

 

photo, Carey Mulligan, Ed OxenbouldEd Oxenbould et Carey Mulligan

 

Et si on reconnaît que Wildlife – Une saison ardente fait un choix cohérent en n’abandonnant jamais le ressenti de son jeune héros, source de dispositifs dramaturgiques souvent finement agencés, cette position, qui nous relègue régulièrement au second plan de l’action, empêche le métrage d’affiner son discours, d’ausculter totalement les affects des adultes qui sillonnent cette histoire, et dont on sent qu’ils importent énormément à Paul Dano.

Ainsi, raconter comment la famille nucléaire est passée de berceau fécond à piège à frustrations, puis mouroir du désir, voilà un constat au moins aussi ancien que la période où se déroule l’action. La critique établie par le film semble ainsi parfois étrangement datée, comme si le metteur en scène avait ressorti d’un tiroir un excellent devoir, un peu poussiéreux mais inattaquable, pour le soumettre à notre regard.

 

affiche

Rédacteurs :
Résumé

Chronique soignée et touchante d'une famille en dissolution, Wildlife semble parfois un peu daté.

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