La Ballade de Buster Scruggs : critique morcelée

Simon Riaux | 19 novembre 2018 - MAJ : 23/09/2019 19:00
Simon Riaux | 19 novembre 2018 - MAJ : 23/09/2019 19:00

Curieux destin que celui de La Ballade de Buster Scruggs, initialement prévue comme une mini-série de 6 épisodes, devenue un film à sketch, lequel est diffusé par Netflix, qui signe ici sa première collaboration avec les frères Coen. Si le duo iconique du cinéma indépendant américain constitue une nouvelle prise de taille pour un géant de la SVoD qui tente de légitimer son rang comme pourvoyeur de divertissement de masse, ainsi que comme distributeur de cinéma d’auteur, leur film est-il l’événement attendu ?

KILL THE GRINGOS

Difficile en découvrant cet assemblage curieux, de ne pas se convaincre qu’il n’est qu’un ersatz de ce qu’ambitionnaient ses auteurs, une version rapiécée, à la manière d’un monstre de Frankenstein. Non pas que l’ensemble s’avère indigent ou désespérant de médiocrité (loin s’en faut), mais l’impression de déséquilibre, de précipitation dans le montage, joue souvent.

 

photoLe segment le plus épique

 

Ainsi, entre un premier segment musical trop mécanique et grinçant pour ne pas agacer, une conclusion aux effets de style trop appuyés, et parfois presque grossier (cet ultime segment en appelle autant au souvenir du muet qu’aux outrances Tarantiniennes), tout laisse à croire que les Coen n’étaient eux-mêmes que moyennement satisfaits de leur travail.

Car en l’état, on voit mal comment ces différents morceaux auraient bien pu être envisagés comme de véritables épisodes indépendants, tant certain ont peu à dire ou à raconter, même dans la forme de vignettes à laquelle ils sont ici réduits. Et La Ballade de Buster Scruggs de multiplier les clins d’œil à la carrière de ses auteurs, avec ce qui ressemble beaucoup à de la paresse, laquelle est visible jusque dans les effets numériques extrêmement voyants, qui achèvent de donner à l’ensemble des airs de distraction je-m’en-foutiste.

 

photo, Tom WaitsTom Waits, magnifié par la photo de Bruno Delbonnel

 

MATEZ-LES HAUT ET COURT

Il y a néanmoins plusieurs raisons d’apprécier cet étrange voyage. Son casting, plus qu’inspiré est une véritable ode au sens de la composition et de la pirouette des Coen. Qu’ils invitent Tom Waits dans une rêverie suspendue, confient son rôle le plus instantanément cinégénique à James Franco, ou nous rappellent combien le visage éternellement las de Liam Neeson épouse la cruauté du monde qu’ils dépeignent, le plaisir ressenti devant cette galerie de trognes brûlées par le soleil est incomparable.

Et au sein de ce patchwork déséquilibré, les cinéastes parviennent à nous faire deux propositions impressionnantes. On regrette d'ailleurs qu’elles aient été ramenées à une dimension de sketch, et n’aient pas pu donner naissance à un épisode à proprement parler, voire à un long-métrage dédié. Près d’Algodones et La Fille qui fut sonnée sont deux spectaculaires réussites, dont l’éclat des dialogues n’a d’égal que la beauté de la photographie.

 

Photo Zoe Kazan, Bill HeckZoé Kazan, bouleversante

 

Ils occupent l’essentiel de La Ballade de Buster Scruggs et valent à eux seuls le détour. Le plus tragique, emmené par une Zoe Kazan qui a la lourde responsabilité de porter toute la charge émotionnelle de l’entreprise, compte quelques uns des plus beaux et amères instants de la filmographie des réalisateurs.

Loin de l’allégorie, ne craignant à aucun moment la frontalité d’un conte à peu près totalement désespéré, sa poésie funèbre hante le spectateur longtemps après son visionnage. Voilà qui ne révolutionnera pas le cinéma des Coen, mais rappelle qu’ils comptent parmi les plus accomplis des conteurs américains.

 

Affiche

Résumé

Certains segments ont beau apparaître curieusement vains ou artificiels, cette mosaïque recelle suffisamment de l'éclatante sensibilité des Coen pour mériter le coup d'oeil.

Autre avis Alexandre Janowiak
De manière assez logique et attendue, La Ballade de Buster Scruggs est terriblement inégal. L'humour noir des frères Coen fonctionne à merveille sur les six chapitres mais les récits captivent une fois sur deux. Une oeuvre mineure dans leur prestigieuse carrière.

Lecteurs

(3.0)

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commentaires

SM
10/09/2019 à 13:03

L'épisode avec le chercheur d'or est "all gold canyon".
Je ne parlerai que de celui-là qui, je l'avoue tout de suite, m'a particulièrement touché. Parce qu'il est l'adaptation d'une nouvelle éponyme de Jack London, que j'ai lue il y a des années, que j'avais adorée et sur laquelle je suis tombé avec (bonne) surprise : une adaptation que je trouve parfaite, reprenant très exactement le texte de la nouvelle en le mettant simplement, sobrement en images. La nature qui tient une place centrale, l'irruption brutale de l'homme dans ce fragile et paisible équilibre, sa trace laissée une fois qu'il l'a quitté - tous ces thèmes décrits sans jugement qui font le génie de Jack London, brillamment adaptés dans ce film...
Mais alors, enfin, pourquoi n'y a-t-il aucune mention de l'auteur dans le film ?
Cela aurait été tout à l'honneur des réalisateurs, tant leur adaptation est réussie...

beyond
10/03/2019 à 17:03

J'ai adoré le premier segment très cartoonesque avec la trogne trop rare de l'excellent Tim Blake Nelson.
Le segment avec Liam Neeson et l'homme tronc est porteur d'un message très démoralisant qui nous concerne tous.

Sam Sepiol
23/11/2018 à 18:46

Pareil que vous : bien mais pas top. Le meilleur : le segment sur l'homme-tronc, vraiment intéressant. Et le pire : celui avec Zoé Kazan, que j'ai trouvé pas mal ennuyeux

Il manque au moins une étoile
20/11/2018 à 18:32

Il manque au moins une étoile dans la note !!!

Jhon marston
20/11/2018 à 13:12

Après une bonne session de red dead ce film passe crème les frere Cohen trop fort

Cklda
20/11/2018 à 02:58

Je n’ai pas suivi la genese du film, je ń’ai pour ma part pas eu l’impression que le montage avait été malmené, je me suis même dit que ce format en sketch était proposé pour netflix pour justement apporter une alternative aux mini-série et que ct l’intention des auteurs. J’ai justement trouvé que ct bienvenu, outre en effet le dernier sketch dont j’ai trouvé les dialogues exquis mais la conclusion un peu lourde je ne vois pas comment les autres auraient pu bénéficier d’un format plus long (peut être seulement celui de Tom Waits) au risque de tomber dans l’autre travers de netflix qui consiste justement à rallonger artificiellement la durée de ses épisodes pour justement répondre au cahier des charges «série » (et que vous dénoncez parfois sur le site). M. Riaux - et c’est sincere, pas une agression- lequel des sketch auriez vous vu sur un format plus long ?

Kouak
19/11/2018 à 19:30

@Gillets
Il faut bien comprendre qu'à l'évocation même d'un épisode de TWD...Simon rit aux éclats...C'était juste pour le calembour...
Sorry...

Kouak
19/11/2018 à 19:28

J'en viendrait même a me demander, Mr Riaux; si les réalisateurs et le scénariste de la série "Fargo" , n'auraient pas mieux cerné le monde, si décalé et caricatural, des frères Cohen, que les frères Cohen eux-même.
Bref...

Simon Riaux - Rédaction
19/11/2018 à 17:24

@Gilets

Elle est en cours de mise en page.
Et pourquoi parlez-vous de Netflix bashing ?????

Gilets
19/11/2018 à 17:22

A quand la critique de l épisode 7 de the walking dead ? Allez vive le Netflix bashing comme la serie the walking dead d ailleurs

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