Bohemian Rhapsody : critique qui Queen

Christophe Foltzer | 5 janvier 2019 - MAJ : 06/02/2020 14:37
Christophe Foltzer | 5 janvier 2019 - MAJ : 06/02/2020 14:37

Avant même sa sortie, Bohemian Rhapsody avait fait couler beaucoup d'encre. A cause de ses coulisses, du renvoi de son réalisateur Bryan Singer, sous le coup de plusieurs accusations d'agressions sexuelles quelques années plus tôt et des tensions entre Rami Malek et lui sur le plateau. Mais, au final, il y a le film et c'est lui que nous devons critiquer, en oubliant cette sordide génèse

HERE WE ARE, BORN TO BE KINGS

Nous avions découvert une vingtaine de minutes du film l'été dernier et ce qui en ressortait, c'est que Bohemian Rhapsody s'annonçait comme un biopic bien propret de l'un des plus grands groupes de rock du monde, totalement dévoué à préserver l'aura mythique de Freddie Mercury son charismatique leader, qui plus est produit par l'un de ses membres, Brian May.

Donc, il ne fallait pas s'attendre à en découvrir les zones d'ombre, le gênant. Mais il ne s'agissait là que d'extraits épars, sans logique apparente, donc nous avions un gros droit de réserve sur le film et, surtout, sur notre ressenti. D'autant que tout ceci était montré en pleine période de crise, lorsqu'on ne savait pas encore si le film serait crédité sous le nom du réalisateur Bryan Singer ou de son remplaçant Dexter Fletcher.

 

photo, Rami Malek, Gwilym LeeRami Malek et Gwilym Lee, excellents Freddie Mercury et Brian May

 

Aujourd'hui, nous avons enfin vu le film, signé Bryan Singer donc, et le constat est le même : Bohemian Rhapsody ne bousculera personne alors qu'il servira la soupe aux artistes qu'il encense. Pourtant, tous les ingrédients sont là pour nous livrer un très grand biopic.

Nous y suivons en effet la création du groupe Queen, depuis l'arrivée de Freddie Mercury qui s'impose dans le groupe Smile en perte de vitesse, le changement de nom (véritable déclaration de guerre à l'ordre établi), les premiers tubes, la personnalité complexe et ambigue de son chanteur, pour finir en apothéose lors du concert historique Live Aid à Wembley en 1985 avec, en arrière-plan le diagnostic médical terrible de Mercury et l'annonce de son infection par le virus du SIDA. Il y avait clairement de quoi faire. Pourtant, le film échoue sur tous les plans.

 

photo, Lucy Boynton, Rami MalekFreddie et Mary aux premières heures de leur amour

 

ANOTHER ONE BITES THE DUST

C'est dans sa volonté de ne rien déranger que Bohemian Rhapsody rate le coche et risque d'énerver les fans. Véhicule hagiographique pour son chanteur-star, le film enfile les passages obligés du biopic calibré pour les Oscars, comme d'autres les perles. Nous avons ainsi droit à tous les clichés possibles et imaginables de ce type de films, amenés avec une subtilité pachydermique. Le film, d'ailleurs, ne déviera jamais de son plan classique avec, dans l'ordre, la formation du groupe, le succès fulgurant, la crise et l'errance de sa star pour, au final, une flamboyante rédemption publique. A la limite, ce ne serait pas trop grave si l'histoire grattait dans les zones d'ombre. Or, ce n'est évidemment pas le cas.

On hallucine quelque peu de voir ainsi Freddie Mercury (superbement interprété par un Rami Malek possédé, il faut bien avouer, quoi que trop chétif) toujours génial, qui pond des chefs-d'oeuvre comme on avale son café du matin, ou pleurant à l'écriture de ses propres textes parce qu'ils sont trop beaux. Ou encore le groupe Queen, génial de bout en bout, super soudé, réuni par la musique et que rien ne peut ébranler (scène gênante où ils s'engueulent mais Deacon parvient à les calmer en jouant les premières lignes de basse d'Another one bites the dust). Tout ceci est très artificiel au point que l'on a constamment l'impression de se retrouver face à une parodie ou devant l'extraordinaire Walk hard : The Dewey Cox story.

 

photo Bohemian RhapsodyToudou dou... dou... dou... Another one bites the dust...

 

Pourtant, le plus grave n'est pas là. Là où le film devient insultant pour son public et ses personnages, c'est bien dans le traitement de l'homosexualité de Freddie Mercury, vécue limite comme une malédiction, voire pire, comme un égarement sordide et immoral. Alors que le film tente de nous raconter l'histoire d'un homme terrifié par la solitude, marginal dans une société bienpensante et qui, de fait, va en explorer les zones floues pour se trouver avec, en arrière-plan, la figure castratrice du père, le film nous présente l'exploration homosexuelle comme quelque chose qui enfonce Mercury dans ses ténèbres.

Les exemples sont nombreux entre l'amant Paul Prenter filmé comme une figure du mal (contre-jours, cadres angoissants et tout le toutim), les aventures de Mercury dans les bars gays filmées comme un passage du Cruising de William Friedkin ou encore la scène où Mary, la femme de Freddie, l'implore, sous la pluie, de revenir dans le droit de chemin auprès des siens. Pire, en assénant encore au spectateur cette scène médicale particulièrement gênante où Freddie croise un sidéen et quitte la clinique comme le Christ (avec rai de lumière divin et tout), Bohemian Rhapsody contredit totalement son propos tout autant qu'il trahit son sujet.

 

photoUn autre petit concert pour la route

 

Tout ce qui pouvait être réellement intéressant sur la vie du groupe, tous ces moments troubles qui façonnent l'identité et la création de Queen, est évacué, lavé, raboté, suggéré. Comme s'il ne fallait pas en parler de peur de choquer le public. Non, à la place, Bohemian Rhapsody préfère nous montrer un Freddie Mercury ramené presque au statut de victime de sa propre homosexualité.

Un homme qui compose son titre-phare en regardant des vaches dans un pré, totalement soumis à sa Yoko Ono à moustache, suggérant par là-même qu'il existe des mauvais homos (qui portent des vestes en cuir, vont dans les bars chelous et prennent de la drogue) et des bons homos (qui prennent le thé, sont souriants et portent des polos). Une horreur.

 

photoBon, y a quand même quelques passages super hein

 

INNUENDO

Même en terme de spectacle, le film déçoit. Déjà, les fonds verts sont trop voyants et le Live Aid en fait douloureusement les frais. Ensuite, dans sa volonté de précipiter les événements pour remplir le cahier des charges, Bohemian Rhapsody échoue à nous faire nous attacher aux personnages qui n'ont de ce fait aucune personnalité ni aucun enjeux.

Les phases de créations sont bien maladroites et l'ensemble est particulièrement frustrant tant il refuse à nous proposer des chansons en entier avant le Live Aid et a toujours recours au même procédé de montage en alternance. A aucun moment, on ne ressent ce qui fait la particularité artistique et humaine du groupe. Et c'est grave.

 

photoRock stars un jour, rock stars toujours ?

 

Cela dit quelques morceaux de concert sont particulièrement réussis dans la première partie du film, même si la mise en scène n'est absolument pas inspirée et le changement de réalisateur est bien trop voyant pour donner une homogénéité à l'ensemble. Si les acteurs sont particulièrement convaincants dans leurs rôles respectifs, le film, dans son ensemble, se révèle bien malade et maladroit.

Au final, on ne sait pas à qui s'adresse le film. Clairement pas aux fans hardcores, qui vont s'arracher les cheveux. Pas non plus à ceux qui voulaient découvrir le groupe, rien ne leur parlera tant il fonctionne par clins d'oeil au public et est totalement dénué d'enjeux dramatiques et de suspense. Peut-être est-il destiné à ceux qui aimaient bien le générique de la série Highlander ou aux nostalgiques de Wayne's world. Mais là aussi, pas sûr que ça fonctionne.

 

Affiche française

Résumé

Produit en dépit du bon sens, Bohemian Rhapsody se tire une balle dans le pied alors qu'il a toutes les cartes en main pour être un grand biopic. Absence d'enjeux, réalisation paresseuse, propos limites sur l'orientation sexuelle de sa star, rien ne fonctionne. Et si Queen a voulu préserver son image à tout prix avec ce film, le groupe ne vient clairement pas de se rendre service. Au final, personne n'en sort grandi...

Autre avis Geoffrey Crété
Un biopic insipide type page Wikipedia filmée et arrangée. Rami Malek apporte un peu de vie à un programme sinon désespérément fade.
Autre avis Lino Cassinat
On regarde Bohemian Rhapsody comme Rami Malek / Freddie Mercury regarde les vaches campagnardes qui lui inspirent ses chansons dans le film : en pleurant et en pensant aux autres chefs d'oeuvre que le genre humain aurait pu produire avec 55 millions de dollars. Sans intérêt, sans énergie, et à la limite du rance sur l'homosexualité : un anti-rock.
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Lecteurs

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commentaires

Jean
01/11/2020 à 17:03

Je viens de voir le film, avec un certain décalage, hors du buzz, et ... c'est quoi ce truc ? Malek est bon, indiscutablement, mais les gens qui se disent fans du groupe et qui ont aimé le film me sidèrent : pas tant au niveau de la sexualité de Freddie, même si effectivement l'orientation prise par le film est assez discutable... mais l'histoire du groupe, les amis !!!
Voir jouer sur une scène en 1975 un morceau qui ne sera écrit qu'un 1978, ça ne gène que moi ??? Pire encore, histoire de donner plus de pathos à notre affaire, prétendre qu'avant le Live Aid les membres du groupe n'avaient pas joué ensemble "depuis des années" -il a fallu que je me le repasse 2 fois celle là pour être sur d'avoir bien entendu !!!!- alors que le Works tour les a vu donner 48 CONCERTS entre Aout 1984 et Mai 1985... soit 2 mois avant le Live Aid ! La performance du Live Aid a été exceptionnelle, aucun doute là dessus, mais ils avaient de bonnes raison d'être au taquet. Et pour finir, concernant May et Taylor, comment accorder la moindre crédibilité à des types qui ont osé remplacer Freddie par cette endive cuite d'Adam Lambert !

Boah
09/01/2020 à 23:39

Grand fan du groupe, j’ai vu le film plusieurs fois. Je n’ai pas ete gene par les choix de brian et roger taylor’ car après tout’ malgré ses fêtes grandiloquentes’ freddie mercury etait tres discret sur sa vie privée et ils ont choisi de respecter ca. Bon’ je peux le respecter et comprendre. Le coté condensé aussî. Malek est bon’, mais gles autres encore mieux. Ca se sont les bons cotes.
Maintenant’ je t’rouve que certains choix sont etranges pour creer des enjeux dramatiques’ assez mauvais qui plus est’,qui sont totalement inexacts’ et c’est d’autant plus choquant qu’ils on

Sonia
08/01/2020 à 21:54

Juste une question, existe-t-il une version longue du film?
Merci.

Chewie52
20/10/2019 à 11:13

"Ne va pas satisfaire les fans hardcore", "ne gratte pas assez les zones d'ombre"
Vous auriez voulu des scènes de sexe ? Où qu'on passe vingt minutes à le voir dégueuler dans les toilettes après une overdose ? Eh oh c'est un film tout public je vous rappelle, calmez vous les gars ????

Alfred
27/09/2019 à 16:33

Vu sur Canal...

Lapin compris le succès de ce machin.

Assez d'accord avec votre critique EL. Je vous trouve même que vous êtes bien gentil de sauver quelques trucs (Remi Malek, franchement? on en parle de sa prothèse débile et de son jeu ampoulé?).

Par contre la description dans le film du mauvais homo (tout de cuir vêtu) et du bon homo (qui se comporte comme un bon hétéro) est involontairement hilarante.

Bref, du cinéma pour rien

Flavie
19/05/2019 à 17:57

Je ne suis pas d'accord avec cette critique franchement,
Pour tout dire, j'avais regarder un reportage en hommage à Freddie Mercury pas longtemps avant de voir le film, tout est correct dans ce film, c'est un film magnifique !

On assombrit le faite qu'il soit homosexuel ? A l'époque ce n'était pas accepter comme aujourd'hui, c'était dur d'assumer, donc rien d'étonnant dans le faite que le film soit fait comme ça, et le SIDA n'avait pas de traitement donc c'était la mort assuré en cas de complication, donc c'est bien de poster une critique mais il faut se remettre à l'époque où tout n'était pas si simple...

Sinon, une perle qui permet de connaître la vie que Freddie Mercury a vécue sous tous ses angles.

Faaab
16/04/2019 à 15:13

Je suis entièrement d'accord avec la critique du film, que j'ai trouvé lisse, cliché et souvent embarrassant dans les dialogues ("Tu es une légende Freddie"!...) et les situations (les gros plans sur les personnages secondaires pendant le Live Aid ...) Je tiens à préciser que j'ai une affection particulière pour le groupe, que j'ai découvert et adoré quand j'avais 13 ans, c'était juste avant Nirvana! Finalement ce qui sauve le film, c'est la bande son, mais là je vous renvoie aux albums du groupe (d'ailleurs le but d'un tel projet n'est-il pas d'en vendre quelques containers supplémentaires ?). J'en arrive presque à regretter un biopic sur John Deacon!

tom's
25/03/2019 à 11:33

Pas vu et je dois dire que cela ne m'intéresse pas trop les sons de Queen mythique n'ont jamais été ma tasse de thé néanmoins je tiens a dire que le fait d'avoir lu votre critique y es pour beaucoup,je le sentais pas du tout et j'ai suivi les aléas du tournage (singer);votre critique est très bien faite; je crois que le fait d'être a contre courant de l'engouement général injustifié est essentiel dans notre socièté qui régresse car le fait de voir que des mauvais films et d'etre fan empeche d'avoir un regard lucide sur les choses vraie bref

joe Gillian
12/03/2019 à 17:35

Il y a tellement d’arrangement avec la vérité, bien romancé comme il faut pour plaire à tout le monde. Pour moi c'est le biopic type pour la ménagère de moins de 50 ans...

Lm57
25/02/2019 à 20:02

Bon ben 4 Oscars quand même... Pour un film ou rien ne fonctionne....

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