Bohemian Rhapsody : critique qui Queen

Mise à jour : 30/10/2018 15:12 - Créé : 30 octobre 2018 - Christophe Foltzer

Avant même sa sortie, Bohemian Rhapsody a fait couler beaucoup d'encre. A cause de ses coulisses, du renvoi de son réalisateur Bryan Singer, sous le coup de plusieurs accusations d'agressions sexuelles quelques années plus tôt et des tensions entre Rami Malek et lui sur le plateau. Mais, au final, il y a le film et c'est lui que nous devons critiquer, en oubliant cette sordide génèse.

Affiche française
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HERE WE ARE, BORN TO BE KINGS

Nous avions découvert une vingtaine de minutes du film l'été dernier et ce qui en ressortait, c'est que Bohemian Rhapsody s'annonçait comme un biopic bien propret de l'un des plus grands groupes de rock du monde, totalement dévoué à préserver l'aura mythique de Freddie Mercury son charismatique leader, qui plus est produit par l'un de ses membres, Brian May.

Donc, il ne fallait pas s'attendre à en découvrir les zones d'ombre, le gênant. Mais il ne s'agissait là que d'extraits épars, sans logique apparente, donc nous avions un gros droit de réserve sur le film et, surtout, sur notre ressenti. D'autant que tout ceci était montré en pleine période de crise, lorsqu'on ne savait pas encore si le film serait crédité sous le nom du réalisateur Bryan Singer ou de son remplaçant Dexter Fletcher.

 

photo, Rami Malek, Gwilym LeeRami Malek et Gwilym Lee, excellents Freddie Mercury et Brian May

 

Aujourd'hui, nous avons enfin vu le film, signé Bryan Singer donc, et le constat est le même : Bohemian Rhapsody ne bousculera personne alors qu'il servira la soupe aux artistes qu'il encense. Pourtant, tous les ingrédients sont là pour nous livrer un très grand biopic.

Nous y suivons en effet la création du groupe Queen, depuis l'arrivée de Freddie Mercury qui s'impose dans le groupe Smile en perte de vitesse, le changement de nom (véritable déclaration de guerre à l'ordre établi), les premiers tubes, la personnalité complexe et ambigue de son chanteur, pour finir en apothéose lors du concert historique Live Aid à Wembley en 1985 avec, en arrière-plan le diagnostic médical terrible de Mercury et l'annonce de son infection par le virus du SIDA. Il y avait clairement de quoi faire. Pourtant, le film échoue sur tous les plans.

 

photo, Lucy Boynton, Rami MalekFreddie et Mary aux premières heures de leur amour

 

ANOTHER ONE BITES THE DUST

C'est dans sa volonté de ne rien déranger que Bohemian Rhapsody rate le coche et risque d'énerver les fans. Véhicule hagiographique pour son chanteur-star, le film enfile les passages obligés du biopic calibré pour les Oscars, comme d'autres les perles. Nous avons ainsi droit à tous les clichés possibles et imaginables de ce type de films, amenés avec une subtilité pachydermique. Le film, d'ailleurs, ne déviera jamais de son plan classique avec, dans l'ordre, la formation du groupe, le succès fulgurant, la crise et l'errance de sa star pour, au final, une flamboyante rédemption publique. A la limite, ce ne serait pas trop grave si l'histoire grattait dans les zones d'ombre. Or, ce n'est évidemment pas le cas.

On hallucine quelque peu de voir ainsi Freddie Mercury (superbement interprété par un Rami Malek possédé, il faut bien avouer, quoi que trop chétif) toujours génial, qui pond des chefs-d'oeuvre comme on avale son café du matin, ou pleurant à l'écriture de ses propres textes parce qu'ils sont trop beaux. Ou encore le groupe Queen, génial de bout en bout, super soudé, réuni par la musique et que rien ne peut ébranler (scène gênante où ils s'engueulent mais Deacon parvient à les calmer en jouant les premières lignes de basse d'Another one bites the dust). Tout ceci est très artificiel au point que l'on a constamment l'impression de se retrouver face à une parodie ou devant l'extraordinaire Walk hard : The Dewey Cox story.

 

photo Bohemian RhapsodyToudou dou... dou... dou... Another one bites the dust...

 

Pourtant, le plus grave n'est pas là. Là où le film devient insultant pour son public et ses personnages, c'est bien dans le traitement de l'homosexualité de Freddie Mercury, vécue limite comme une malédiction, voire pire, comme un égarement sordide et immoral. Alors que le film tente de nous raconter l'histoire d'un homme terrifié par la solitude, marginal dans une société bienpensante et qui, de fait, va en explorer les zones floues pour se trouver avec, en arrière-plan, la figure castratrice du père, le film nous présente l'exploration homosexuelle comme quelque chose qui enfonce Mercury dans ses ténèbres.

Les exemples sont nombreux entre l'amant Paul Prenter filmé comme une figure du mal (contre-jours, cadres angoissants et tout le toutim), les aventures de Mercury dans les bars gays filmées comme un passage du Cruising de William Friedkin ou encore la scène où Mary, la femme de Freddie, l'implore, sous la pluie, de revenir dans le droit de chemin auprès des siens. Pire, en assénant encore au spectateur cette scène médicale particulièrement gênante où Freddie croise un sidéen et quitte la clinique comme le Christ (avec rai de lumière divin et tout), Bohemian Rhapsody contredit totalement son propos tout autant qu'il trahit son sujet.

 

photoUn autre petit concert pour la route

 

Tout ce qui pouvait être réellement intéressant sur la vie du groupe, tous ces moments troubles qui façonnent l'identité et la création de Queen, est évacué, lavé, raboté, suggéré. Comme s'il ne fallait pas en parler de peur de choquer le public. Non, à la place, Bohemian Rhapsody préfère nous montrer un Freddie Mercury ramené presque au statut de victime de sa propre homosexualité.

Un homme qui compose son titre-phare en regardant des vaches dans un pré, totalement soumis à sa Yoko Ono à moustache, suggérant par là-même qu'il existe des mauvais homos (qui portent des vestes en cuir, vont dans les bars chelous et prennent de la drogue) et des bons homos (qui prennent le thé, sont souriants et portent des polos). Une horreur.

 

photoBon, y a quand même quelques passages super hein

 

INNUENDO

Même en terme de spectacle, le film déçoit. Déjà, les fonds verts sont trop voyants et le Live Aid en fait douloureusement les frais. Ensuite, dans sa volonté de précipiter les événements pour remplir le cahier des charges, Bohemian Rhapsody échoue à nous faire nous attacher aux personnages qui n'ont de ce fait aucune personnalité ni aucun enjeux.

Les phases de créations sont bien maladroites et l'ensemble est particulièrement frustrant tant il refuse à nous proposer des chansons en entier avant le Live Aid et a toujours recours au même procédé de montage en alternance. A aucun moment, on ne ressent ce qui fait la particularité artistique et humaine du groupe. Et c'est grave.

 

photoRock stars un jour, rock stars toujours ?

 

Cela dit quelques morceaux de concert sont particulièrement réussis dans la première partie du film, même si la mise en scène n'est absolument pas inspirée et le changement de réalisateur est bien trop voyant pour donner une homogénéité à l'ensemble. Si les acteurs sont particulièrement convaincants dans leurs rôles respectifs, le film, dans son ensemble, se révèle bien malade et maladroit.

Au final, on ne sait pas à qui s'adresse le film. Clairement pas aux fans hardcores, qui vont s'arracher les cheveux. Pas non plus à ceux qui voulaient découvrir le groupe, rien ne leur parlera tant il fonctionne par clins d'oeil au public et est totalement dénué d'enjeux dramatiques et de suspense. Peut-être est-il destiné à ceux qui aimaient bien le générique de la série Highlander ou aux nostalgiques de Wayne's world. Mais là aussi, pas sûr que ça fonctionne.

 

Affiche française

Résumé

Produit en dépit du bon sens, Bohemian Rhapsody se tire une balle dans le pied alors qu'il a toutes les cartes en main pour être un grand biopic. Absence d'enjeux, réalisation paresseuse, propos limites sur l'orientation sexuelle de sa star, rien ne fonctionne. Et si Queen a voulu préserver son image à tout prix avec ce film, le groupe ne vient clairement pas de se rendre service. Au final, personne n'en sort grandi...

commentaires

Andarioch 09/02/2019 à 19:28

La déception.
Attention, c'est pas mauvais, hein. Juste un peu chiant. En fait, le film ne raconte quasiment rien. Les rares anecdotes de création de morceaux sont bâclées. La vie de Mercury est survolée. Trop de place à la musique finalement, pas assez aux personnages (ça me fait mal de dire ça d'autant que j'en suis fou de cette musique).

Après EL vous critiquez le côté gay mal montré. Pas d'accord. La vie de Freddie n'est pas montrée comme étant gâchée par son homosexualité mais plutôt par ses choix (goût pour les fêtes excessives, son infâme boyfriend, ...). Votre remarque sur la représentation du bon homo contre le mauvais homo est d'autant plus ridicule que les deux se ressemblent pas mal et que vous n'auriez pas tiqué sur une opposition femme fatale bitchy / fille simple dans un biopic sur un hétéro. On est au bord de la discrimination là (aie! nooon, frappez pas! je plaisaaaaante)

La grosse patte de Brian May sur le film apporte le pire (les Queen ont sauvé l’Afrique à eux tout seuls) et le meilleur: l'affirmation, pour une fois, que le génie d'un groupe comme celui là ne tient pas uniquement au talent incommensurable de son charismatique leader mais bien à la combinaison de sensibilités différentes. Après tout May sans freddie c'est juste du hard rock de base et Freddie sans May ça devient de suite un peu de la soupe.
Je crois beaucoup en l’alchimie musicale et ce film est l'un des rares à l'évoquer.

Reste au final, quand même, la sensation d'avoir vu un très long clip qui n'a pas grand chose à dire

Lorraine 11/01/2019 à 00:00

Tout à fait d'accord avec l'analyse du film.
En revanche, curieusement, cela ne m'a pas empêchée de tomber amoureuse de ce film que j'étais venue voir par hasard (adolescente très sage jadis, j'ai appris seulement ce soir qui étaient Queen): peut-être grâce à la musique, nettement plus intéressante que j'imaginais, et aux performances d'acteurs déjà soulignées par la critique. On peut aussi trouver qu'il s'agit d'une exploration pas inintéressante des réalisations extraordinaire d'un adolescent de couleur dans le monde anglo-saxon des 1970s. Et puis, qu'un homme qui fasse la paix avec lui-même et boive du thé puisse aussi être incandescent à certains moments, ce n'est pas antipathique (à mon avis).

Margaret 09/01/2019 à 23:06

Critique écoeurante !!! J’ ADORE ce film ! Je l’ ai Vu 2 fois et j’ hâte d’acheter Le dvd

G.G 09/01/2019 à 20:44

Je ne sais pas qui a écrit cette critique mais je crois que l'on n'a pas vue le même film. Je suis une fan inconditionnelle de Queen et Freddie Mercury et je peut dire que ce film est un bijoux ! L'histoire tiens la route, les personnages sont attachants et très bien joué, les scènes sont très bien filmé. Il faut arrêter de voir des choses qui n'ont pas lieu d'être avec des jeux de lumières ou autres, c'est vraiment réducteur et sans aucuns intérêts....la critique est facile. J'ai adoré ce film et je vous conseil vraiment d'aller le voir !

lofertho 09/01/2019 à 14:32

J'ai absolument adoré ce film, oui c'est un film qui offre une extraordinaire dimension émotive, artistique, tout ce qu'un artiste peut ressentir, en particulier la solitude quand il quitte la scène, sa créativité, son rapport à sa sexualité, qu'il assume, son amour pour Mary. L'homosexualité de Freddie Mercury n'est pas montrée de manière choquante ou retenue. J'allais voir ce film pour découvrir un peu de la personnalité de Freddie Mercury et beaucoup de sa musique et de sa performance sur scène. J'ai vu un groupe, Queen, soudé, puis dérouté par le départ de FM puis le réintégrant - je ne connais pas la chronologie exacte mais ça me parait naturel qu'un groupe rencontre ce type de rupture puis de retrouvailles.
Les acteurs sont absolument formidables en particulier FM et les musiciens de Queen.
Bref allez voir ce film, que vous soyez fan ou que vous connaissiez peu Queen et Freddy M.!

Pieds dans le plat 07/12/2018 à 13:44

Pas d'accord avec votre avis mais bon j'ai l'habitude... Par contre mais c'est moi ou Bryan Singer qui a réalisé quand même les 90 % du film n'est absolument pas crédité au générique ? Ni au début, ni à la fin. Tout comme Dexter Fletcher d'ailleurs.

noem 04/12/2018 à 23:09

le meilleur film de ma vie.je n ai jamais ressenti autant de « puissance »au cinéma. Aucun sujet ne predomine sur un autre, tout est realiste.

lepas33 21/11/2018 à 08:21

Fidèle du site et souvent d'accord, je prends rarement la plume.

La critique sur le fim est assez juste quand elle concerne l'aspect cinéma pur. Ce n'est clairement pas du grand art car le film enchaine des passages stéréotypés, lisses et ne fait que gratter la surface de la part d'ombre de la vie du groupe et de son chanteur.
La plupart des critiques sont assez unanimes sur ces aspects.

Par contre, là où clairement la critique de Christophe échoue, c'est lorsqu'elle se met à la place des spectateurs, catégorie par catégorie, pour imaginer leur déception.

Sur les conseils d'amis, je suis donc allé me faire une idée par moi-même, et j'ai tout simplement été emballé comme rarement j'ai pu l'être. Car le ressenti devant une oeuvre (au sens large du terme) est quelquechose de profondément subjectif et se joue parfois de toutes les réalités objectives.
Et il a d'ailleurs assez amusant de constater l'écart entre les notes des critiques (souvent entre 2 et 2.5 / 5) et celles des spectateurs (4.5 en moyenne), écart somme toute logique car il montre le fossé entre la faiblesse cinématographique et la force émotive de ce film.

J'encourage donc tout le monde à se faire aussi sa propre idée et je parie que vous ne le regretterez pas. Je retourne le voir.

Paul 20/11/2018 à 22:54

Ho la la, vous êtes que des méchants

Maman tornade 20/11/2018 à 22:44

Tiens, comme c'est étrange, mon commentaire qui dit que votre critique est un ramassis de conneries a disparu !

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