Bohemian Rhapsody : critique qui Queen

Christophe Foltzer | 20 juin 2022
Christophe Foltzer | 20 juin 2022

Bohemian Rhapsody est ce soir à 21h05 sur W9.

Avant même sa sortie, Bohemian Rhapsody avait fait couler beaucoup d'encre. À cause de ses coulisses, du renvoi de son réalisateur Bryan Singer, sous le coup de plusieurs accusations d'agressions sexuelles quelques années plus tôt et des tensions entre Rami Malek et lui sur le plateau. Mais, au final, il y a le film et c'est lui que nous devons critiquer, en oubliant cette sordide genèse.

HERE WE ARE, BORN TO BE KINGS

Nous avions découvert une vingtaine de minutes du film quelques temps avant sa sortie et ce qui en ressortait, c'est que Bohemian Rhapsody s'annonçait comme un biopic bien propret de l'un des plus grands groupes de rock du monde, totalement dévoué à préserver l'aura mythique de Freddie Mercury son charismatique leader, qui plus est produit par l'un de ses membres, Brian May.

Donc, il ne fallait pas s'attendre à en découvrir les zones d'ombre, le gênant. Mais il ne s'agissait là que d'extraits épars, sans logique apparente, donc nous avions un gros droit de réserve sur le film et, surtout, sur notre ressenti. D'autant que tout ceci était montré en pleine période de crise, lorsqu'on ne savait pas encore si le film serait crédité sous le nom du réalisateur Bryan Singer ou de son remplaçant Dexter Fletcher.

 

photo, Rami Malek, Gwilym LeeRami Malek et Gwilym Lee, excellents Freddie Mercury et Brian May

 

Aujourd'hui, nous avons enfin vu le film, signé Bryan Singer donc, et le constat est le même : Bohemian Rhapsody ne bousculera personne alors qu'il servira la soupe aux artistes qu'il encense. Pourtant, tous les ingrédients sont là pour nous livrer un très grand biopic.

Nous y suivons en effet la création du groupe Queen, depuis l'arrivée de Freddie Mercury qui s'impose dans le groupe Smile en perte de vitesse, le changement de nom (véritable déclaration de guerre à l'ordre établi), les premiers tubes, la personnalité complexe et ambiguë de son chanteur, pour finir en apothéose lors du concert historique Live Aid à Wembley en 1985 avec, en arrière-plan le diagnostic médical terrible de Mercury et l'annonce de son infection par le virus du SIDA. Il y avait clairement de quoi faire. Pourtant, le film échoue sur tous les plans.

 

photo, Lucy Boynton, Rami MalekFreddie et Mary aux premières heures de leur amour

 

ANOTHER ONE BITES THE DUST

C'est dans sa volonté de ne rien déranger que Bohemian Rhapsody rate le coche et risque d'énerver les fans. Véhicule hagiographique pour son chanteur-star, le film enfile les passages obligés du biopic calibré pour les Oscars, comme d'autres les perles. Nous avons ainsi droit à tous les clichés possibles et imaginables de ce type de films, amenés avec une subtilité pachydermique. Le film, d'ailleurs, ne déviera jamais de son plan classique avec, dans l'ordre, la formation du groupe, le succès fulgurant, la crise et l'errance de sa star pour, au final, une flamboyante rédemption publique. À la limite, ce ne serait pas trop grave si l'histoire grattait dans les zones d'ombre. Or, ce n'est évidemment pas le cas.

On hallucine quelque peu de voir ainsi Freddie Mercury (superbement interprété par un Rami Malek possédé, il faut bien avouer, quoi que trop chétif) toujours génial, qui pond des chefs-d'oeuvre comme on avale son café du matin, ou pleurant à l'écriture de ses propres textes parce qu'ils sont trop beaux. Ou encore le groupe Queen, génial de bout en bout, super soudé, réuni par la musique et que rien ne peut ébranler (scène gênante où ils s'engueulent, mais Deacon parvient à les calmer en jouant les premières lignes de basse de Another one bites the dust). Tout ceci est très artificiel au point que l'on a constamment l'impression de se retrouver face à une parodie ou devant l'extraordinaire Walk hard : The Dewey Cox story.

 

photo Bohemian RhapsodyToudou dou... dou... dou... Another one bites the dust...

 

Pourtant, le plus grave n'est pas là. Là où le film devient insultant pour son public et ses personnages, c'est bien dans le traitement de l'homosexualité de Freddie Mercury, vécue limite comme une malédiction, voire pire, comme un égarement sordide et immoral. Alors que le film tente de nous raconter l'histoire d'un homme terrifié par la solitude, marginal dans une société bienpensante et qui, de fait, va en explorer les zones floues pour se trouver avec, en arrière-plan, la figure castratrice du père, le film nous présente l'exploration homosexuelle comme quelque chose qui enfonce Mercury dans ses ténèbres.

Les exemples sont nombreux entre l'amant Paul Prenter filmé comme une figure du mal (contre-jours, cadres angoissants et tout le toutim), les aventures de Mercury dans les bars gays filmées comme un passage du Cruising de William Friedkin ou encore la scène où Mary, la femme de Freddie, l'implore, sous la pluie, de revenir dans le droit de chemin auprès des siens. Pire, en assénant encore au spectateur cette scène médicale particulièrement gênante où Freddie croise un sidéen et quitte la clinique comme le Christ (avec rai de lumière divin et tout), Bohemian Rhapsody contredit totalement son propos tout autant qu'il trahit son sujet.

 

photoUn autre petit concert pour la route

 

Tout ce qui pouvait être réellement intéressant sur la vie du groupe, tous ces moments troubles qui façonnent l'identité et la création de Queen, est évacué, lavé, raboté, suggéré. Comme s'il ne fallait pas en parler de peur de choquer le public. Non, à la place, Bohemian Rhapsody préfère nous montrer un Freddie Mercury ramené presque au statut de victime de sa propre homosexualité.

Un homme qui compose son titre phare en regardant des vaches dans un pré, totalement soumis à sa Yoko Ono à moustache, suggérant par là même qu'il existe des mauvais homos (qui portent des vestes en cuir, vont dans les bars chelous et prennent de la drogue) et des bons homos (qui prennent le thé, sont souriants et portent des polos). Une horreur.

 

photoBon, y a quand même quelques passages super hein

 

INNUENDO

Même en termes de spectacle, le film déçoit. Déjà, les fonds verts sont trop voyants et le Live Aid en fait douloureusement les frais. Ensuite, dans sa volonté de précipiter les événements pour remplir le cahier des charges, Bohemian Rhapsody échoue à nous faire nous attacher aux personnages qui n'ont de ce fait aucune personnalité ni aucun enjeu.

Les phases de créations sont bien maladroites et l'ensemble est particulièrement frustrant tant il refuse à nous proposer des chansons en entier avant le Live Aid et a toujours recours au même procédé de montage en alternance. À aucun moment, on ne ressent ce qui fait la particularité artistique et humaine du groupe. Et c'est grave.

 

photoRock stars un jour, rock stars toujours ?

 

Cela dit quelques morceaux de concert sont particulièrement réussis dans la première partie du film, même si la mise en scène n'est absolument pas inspirée et le changement de réalisateur est bien trop voyant pour donner une homogénéité à l'ensemble. Si les acteurs sont particulièrement convaincants dans leurs rôles respectifs, le film, dans son ensemble, se révèle bien malade et maladroit.

Au final, on ne sait pas à qui s'adresse le film. Clairement pas aux fans hardcores, qui vont s'arracher les cheveux. Pas non plus à ceux qui voulaient découvrir le groupe, rien ne leur parlera tant il fonctionne par clins d'oeil au public et est totalement dénué d'enjeux dramatiques et de suspense. Peut-être est-il destiné à ceux qui aimaient bien le générique de la série Highlander ou aux nostalgiques de Wayne's world. Mais là aussi, pas sûr que ça fonctionne.

 

Affiche française

Résumé

Produit en dépit du bon sens, Bohemian Rhapsody se tire une balle dans le pied alors qu'il a toutes les cartes en main pour être un grand biopic. Absence d'enjeux, réalisation paresseuse, propos limites sur l'orientation sexuelle de sa star, rien ne fonctionne. Et si Queen a voulu préserver son image à tout prix avec ce film, le groupe ne vient clairement pas de se rendre service. Au final, personne n'en sort grandi...

Autre avis Geoffrey Crété
Un biopic insipide type page Wikipedia filmée et arrangée. Rami Malek apporte un peu de vie à un programme sinon désespérément fade.
Autre avis Lino Cassinat
On regarde Bohemian Rhapsody comme Rami Malek / Freddie Mercury regarde les vaches campagnardes qui lui inspirent ses chansons dans le film : en pleurant et en pensant aux autres chefs d'oeuvre que le genre humain aurait pu produire avec 55 millions de dollars. Sans intérêt, sans énergie, et à la limite du rance sur l'homosexualité : un anti-rock.
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Lecteurs

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commentaires
elbignol
21/06/2022 à 17:36

Queen pour les nuls. Regardez le live Wembley sur youtube c'est mieux.
Heureusement que le père Fletcher s'est fait plaisir avec Rocketman, là y a du cinéma, de l'interprétation, de la mise en scène. Dommage que Egerton n'ait pas mis un dentier plus voyant, il aurait peut être eu une nomination...

Danny
21/06/2022 à 14:49

Le réalisateur ne démontre aucun sens critique, aucun intérêt pour lui à se montrer réaliste. Bohemian Rhapsody est un portrait embelli d'où on a enlevé tout ce qui pouvait ne pas séduire. D'où le succès trompeur de ce film-cliché sur un groupe culte. Quant à Rami Malek, il a fort bien répété ses mouvements pour la scène finale du spectacle. Pour le reste du film, sa gestuelle est tout aussi cliché que le reste du film. En ce qui a trait au message sur l'orientation sexuelle de Freddy Mercury... bof ! Ça n'apporte rien de neuf. Rien de ce film ne mérite qu'on s'en souvienne.

Arnaud (le vrai)
21/06/2022 à 14:02

Quand j’ai vu ce film, la première chose que je me suis dit à la fin c’est « je ne peux pas croire que ça se soit réellement passé comme ça, c’est beaucoup trop cliché à tous les niveaux »

Comme vous le dites, la création, la montée au sommet, la crise, la séparation, puis la redemption publique … un scénario vu des milliards de fois c’est juste dingue comment c’est cliché

Et après m’être renseigné … ben ouais c’est complètement faux.
Déjà y a jamais eu de crise entre Freddy et les membres de Queens, quand il a sorti son album solo les autres avaient déjà sortis les leurs depuis longtemps. Ils ont même aidé Freddy à faire le sien
Donc évidement pas de crise, pas de retrouvaille, pas de rédemption …

Oh et il n’avait pas encore le SIDA au concert Live Aid … il a appris qu’il l’avait des années plus tard

Je passe sur les passages où on voit Freddy faire la fête et les autres membres de Queens en gentils maris et pères de famille lui font la morale avant de rentrer à la maison a 22h.
Pas une seule fois ils ne faute avec une groupie, pas une fois ils prennent de la drogue, pas une fois ils se bourrent la gueule. Je pense même qu’à aucun moment ils ne traversent quand le bonhomme est rouge …

Pour ce qui est de l’homosexualité en revanche j’ai plus vu cela traité selon les codes de l’époque, essayer de retranscrire qu’à ce moment là oui être homo c’est une honte, presque une maladie.
Je me trompe peut être dans les intentions du réal mais c’est comme ça que je l’ai perçu

Bref film hyper décevant (en plus merde finir sur 30min de concert … on le trouve sur le net le concert, en meilleur qualité que ce qu’on a vu dans ce film …), bien propres avec les membres de Queen, mensongers pour faire un scénario … quelle déception

Allez voir Rocket Man, la on verra ce que c’est un vrai biopic avec un mec qui sait filmer des passages musicaux et un artiste (Elton John) qui assume sa part d’ombre et ses conneries

Y Boy
21/06/2022 à 11:43

J'ai découvert ce film APRÈS Rocketman, le biopic d'Elton John... le moins qu'on puisse dire, c'est que Bohemian Rhapsody souffre sérieusement de la comparaison.

D'une mollesse et d'un consensuel affligeants. Et ces fonds verts atroces...

Barnabé Cherèle
21/06/2022 à 11:32

"rai de lumière divin" ??

Faurefrc
21/06/2022 à 00:21

Film pas terrible d’un groupe over the top. Je n’ai jamais compris l’intérêt de refaire des scènes entières du concert Live aids (même si c’est bien fait) en sachant qu’elles ne pourront jamais égaler les images originales.
En gros, tout ça pour ça…
Bref, une fiche Wikipedia proprette filmée.
Dans le genre biopic, je recommande en revanche le film de Florent Émilio Siri sur Claude Francois (artiste dont pourtant je ne suis pas fan, a l’inverse de Queen). Un film qui au delà d’être bien réalisé pose un vrai regard sur l’homme derrière le masque

Fanofqueen
03/12/2021 à 10:42

La critique doit exister même si je ne partage pas, globalement, son point de vue.. C'est un biopic "romancé" et adapté à un large public, dont les plus jeunes vont découvrir la genèse d'un groupe mythique ! Ce n'est pas de la téléréalité et le but n'était pas de heurter ni choquer...
J'ai bien aimé et pardonné certaines incohérences, bien entourées d'anecdotes et d'épisodes savoureux.

Rock’n roll circus
02/12/2021 à 19:53

Bon
Au box office mondial BR a fait 911 millions de USD de recette mondiale… c’est bien c’est un succès
Les défauts attribués à ce films ne sont pas si éloignés de ceux qu’on pourrait attribuer à une grande partie de ce type de métrage ni plus ni moins (au hasard Purple Rain…)

Concernant le caractère inoffensif du métrage je pense pas que le public avait envie de voir un film âpre mais plutôt un divertissement à la gloire d’un groupe qui les a fait rêver
Enfin c’est clair qu’à l’époque devant un sida une maladie absolument terrifiante qui touchait pour l’essentiel les homosexuels et pour laquelle il n’y avait aucune solution ça ressemblait bien à une malédiction et a une condamnation ! De ce point de vue le film le retranscrit bien
Au global un divertissement qui fait bien le job et ce n’est pas ce genre de film qui peut répondre à une vision honnête du rock’n roll ! Il vaut mieux voir The Rose alors

spirg
02/12/2021 à 16:19

et mdr cette scene ou mike myers dit au groupe que bohemian rhapsody n'est pas une musique que les jeunes écoutent en voiture alors qu'il a fait le foufou dessus dans wayne's world. joli clin d'oeil

sprig
02/12/2021 à 16:08

kind of magic (quoique king of magic c sympa aussi lol)

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