Halloween : critique qui trouille

Mise à jour : 17/09/2018 18:21 - Créé : 17 septembre 2018 - Simon Riaux

Nous étions sans nouvelles de Michael Myers depuis neuf ans et l’incandescent Halloween 2 de Rob Zombie. Episode comptant parmi les plus mal-aimés de la saga, en dépit d’une véritable audace formelle et de partis pris forts, le métrage, sorti entre indifférence et injustes crachats, semblait avoir sonné le glas de la franchise matriciel du slasher. Jusqu’à ce que Danny McBride et  David Gordon Green se démènent et n’enfantent un nouveau monstre : Halloween.

Affiche
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MICHAEL LE MEILLEUR

Après que Miramax ait cédé les droits de la saga à Blumhouse, que le studio rebattant actuellement les cartes de l’horreur grand public ait réussi à faire monter John Carpenter à bord, restait à savoir qui hériterait de l’écriture et de la réalisation du bébé. On sait depuis le 9 février 2017 que c’est le duo créatif inattendu formé par David Gordon Green et Danny McBride (accompagnés au scénario de Jeff Fradley). Depuis, on se demandait comment cet attelage curieux mais talentueux allait bien pouvoir envisager ce projet n’assumant pas tout à fait ses airs de reboots – puisqu’il éjecte la continuité précédemment établie – et portant haut les couleurs de la nostalgie.

 

photo Halloween"The Shape", silhouette historique du cinéma d'horreur

 

Et là où ce nouvel Halloween marque un très beau point, c’est dans sa volonté d’allier le respect scrupuleux au chef d’œuvre de 1978, à une discrète révolution thématique. Adieu figure anonyme du Mal Absolu, Michael Myers devient ici l’incarnation, dépassée, monstrueuse mais aussi pathétique des névroses de l’Amérique contemporaine. Plus qu’une silhouette concentrant la peur de l’Autre, du serial killer, il se meut en l’incarnation de la nouvelle banalité du Mal : le Tueur de Masse.

C’est la raison pour laquelle David Gordon Green s’évertue souvent ici à ne pas sur-découper les meurtres, mais à les situer au sein de longs plans, au cœur de séquences qui tendent à les multiplier. D'où sans doute cette volonté de faire de The Shape une forme animale, glissant dans le flot humain d'une rue agitée avec aisance, répandant à l'insu de tous une mort extrêmement brutale. La silhouette fantasmatique n'est plus, la pénétration de chairs innocentes par la lame de l’assassin a perdu toute signification phallique, car cette idée a infusé autrement.

 

photo, Jamie Lee CurtisJamie Lee Curtis

 

LA BANALITÉ DU MÂLE

Alors que progresse l’intrigue et que Myers impose son emprise sur un monde qui va toujours en se rétrécissant, ce sont les veuleries des mâles qui se font jour : lâcheté, concupiscence, domination minable… tout concourt à faire du meurtrier le vecteur d’une infection terrible, qui culmine dans une série d’images parfois traumatisantes. Comme celle, par exemple, d’un enfant errant dans les ténèbres, un fusil à la main, sur le point de reproduire les vices paternels dans une nuit au cours de laquelle l’univers bascule dans l’horreur.

 

photo, Andi MatichakInutile de demander du papier, à Haddonfield, personne ne vous entendra crier

 

Dans ce système hostile quoique terriblement familier, les femmes devront s’allier évidemment autour de Laurie Strode. Pour la première fois, elle est traitée comme un personnage à part entière, miroir renversé de son Némésis, que la mise en scène oblige à se faire prédatrice à son tour (un rôle dans lequel Jamie Lee Curtis peut enfin laisser exploser l'intensité de son jeu).

Autant d’idées et de concepts qui permettent de faire glisser le slasher, sous-genre reaganien passionnant mais désuet, vers un commentaire contemporain pertinent.

 

photo, Judy Greer, Jamie Lee CurtisJamie Lee Curtis et Judy Greer

 

Pertinent, le film l’est d’autant plus qu’il choisit avec rigueur quand et comment il expose ses sursauts de violence brute. C’est bien simple, on trouve dans cet Halloween 2018 plusieurs des meilleurs meurtres de la franchise. Que le réalisateur les cantonne à l’arrière-plan, en use pour atteindre le spectateur à la carotide, ou interroge carrément la nature de son regard, ils se répondent avec autant de malice que d'agressivité.

Le personnage de Sartain, faux Loomis et incarnation du gardien du temple prêt à détruire la mythologie qu’il adore, oblige le public à envisager sa nostalgie non plus comme un mausolée à chérir, mais bien une idole à brûler. Idée ludique, autorisant le film à flirter autant avec le méta qu'avec les aspects les plus B de la franchise, elle s'inscrit néanmoins dans la partie du film où l'exécution fait souvent défaut.

 

photo, Jamie Lee CurtisUn face à face attendu depuis 40 ans

 

LA NUIT DES FRASQUES

Malheureusement, Halloween souffre aussi de sa genèse compliquée, du désir manifeste de la production de satisfaire tout le monde dès l’écriture, d’un cahier des charges plus que serré et enfin d’un montage qui privilégie bêtement le rythme à la cohérence. Pour intéressants et intelligents que soient les nombreux concepts et personnages élaborés dans le premier acte, presque aucun ne trouve de conclusion satisfaisante.

 

photoVous allez en rester bouche-bée

 

D’ailleurs, si David Gordon Green emballe souvent correctement voire brillamment des séquences secondaires, sur le plan symbolique, il rate plusieurs fois le coche de passages obligés et nécessairement iconiques. Le parfum série B bourrine de l’introduction fait illusion, mais les confrontations entre les Strode et leur ennemi naturel sont très déceptives.

De même, le script évacue plusieurs personnages essentiels, quand il ne doit pas faire un détour fastidieux pour les zigouiller trop vite. Autant de choix qui préservent le tempo agressif de l’ensemble, mais laissent à penser qu’il existe, quelque part, une version beaucoup plus ample et réfléchie, où protagonistes comme sous-intrigues auraient pu respirer. Enfin, on se désole qu’à trop vouloir embrasser de personnages féminins, le scénario en oublie le plus intéressant sur le papier, Judy Greer, ici sacrifiée de bout en bout.

 

Affiche française

 

Résumé

Un slasher grave, qui renouvelle légèrement les codes du genre et contient quelques-uns des plus beaux meurtres de la saga. Mais à trop vouloir nourrir de lignes symboliques différentes, le réalisateur a bien du mal à clore le parcours de chacun de ses personnages.

commentaires

Dutch Schaefer 13/11/2018 à 19:52

@Je sais pas quoi mettre en pseudo aidez moi!
Je le sais bien!
D'ailleurs cette idée de frère et soeur est née suite à un pack de bière bien frais...
Mais néanmoins, si par la suite la qualité des suites de HALLOWEEN furent pour la plupart assez... sinistres, l'opus deux de Rosenthal reste une suite direct d'assez bonne facture!
Perso, c'est celui que j'apprécie le plus (impossible de me refaire LA NUIT DES MASQUES sans me refaire ce deuxième opus à la suite!).

PS: à ce sujet, l'excellent magazine MAD MOVIE vient de sortir un numéro spécial sur la saga HALLOWEEN, et après lecture celui-ci vaut réellement le coup d'être dans les bibliothèques du moindre fan de Myers!

trashyboy 25/10/2018 à 09:56

La maison ultra sécurisée à laquelle on peut accéder simplement en faisant un détour par les bois, on aime!!!

prof west 24/10/2018 à 14:50

Halloween 1/2 du rob resteront les meilleurs c'est pure c'est violent la photo est juste a tomber dépassé le maitre

Je sais pas quoi mettre en pseudo aidez moi! 22/10/2018 à 15:42

@Dutch Schaefer Ils ne pouvaient pas reprendre à partir du Halloween de 1980 car Carpenter n'était pas du tout pour que Strode et Myers soient frère et soeur.

Dutch Schaefer 19/10/2018 à 11:44

Bon je vais passer sur le fait que certains trouvent encore le moyen de critiquer le Halloween 2 de Rob Zombie (qui pour moi est une perle!).
Ensuite, j'ai avalé du Myers depuis des années (j'ai 45 ans et j'ai découvert le film de Carpenter il y a très très longtemps...)
J'ai là aussi, depuis suivis le parcours du serial killer depuis ses débuts!
Alors, pour faire un petit condensé de cette saga assez rapidement, le 1... beh... c'est la génése de tout!
La suite de 1980, reste pour moi un film essentiel, et qui suit le premier à la lettre! En fait, cela ne fait qu'un seul et même film! (ce Halloween 2018, aurait du reprendre là... en trouvant une pirouette à la calcination de Myers!).
Puis vient le 3! Magnifique film, qui oublie Myers, mais cela était la volonté de Carpenter qui au départ voulait que Halloween devienne une sorte de "série"!
Donc, celui-ci, reste un film d'épouvante bien au dessus du lot de n'importe quelle production, mais n'entre pas en ligne de compte dans l'aventure Myers!
Arrive 1988 et le come back que les fans attendaient... (comme moi!) et là... au delà du plaisir de retrouver le boogeyman, le film est une douche froide! Pas une honte, mais bof...
Puis, vient le 5... aîe! Déjà on sent le truc partir en cacahuète! Seule bonne chose à sauver de cette bouillie: le final dans le bureau du shérif! (cela laissait présager, un mystère autour de Myers; et m'était l'eau à la bouche...)
Arrive donc le 6 (avec beaucoup de retard, puisqu'il ne sort à l'époque qu'en VHS dans les vidéo clubs en France!) et là la douche devient GLACIALE!
A mes yeux, c'est le pire opus de toute la saga! Même pas digne d'un téléfilm!
Les mecs avaient du picoler un peu trop, avant de partir au charbon...
NEXT!
Les 20 après, sont bien torchés, mais avec un goût de SCREAM bien trop prononcé, époque oblige.
Résurrection, beh... voilà... se regarde, mais n'a plus rien à voir avec le personnage! Et là, aussi on tente de surfer sur la vague de la télé réalité! Gros bof!
Puis arrive Rob Zombie et sa "relecture"!
Le premier coup, je suis quelque peu déstabilisé, puis finalement je vois en arrière plan les qualités de cette vision de Myers! Zombie est un mec qui utilise Myers pour ses délires, mais le côté non-objectif, c'est que je crédite totalement ses délire au mecs, car ce sont les miens!
Le 2 de Zombie, arrive lui aussi en vidéo (du fait de son insuccès en salle US) et là, allez savoir pourquoi, je kiffe cet opus! C'est crade, glauque, malsain... et puis rien que pour la scène d'égorgement de l'ambulancier et le MASSACRE de l'infirmière, ce film mérite d'exister!
Nous voilà, en 2018... Myers va fêter ses 40 ans... et j'ai comme l'impression que cela sera de la plus belle des manières!
Même, si depuis quelque temps, cette vague de films bien "calibrés" en matière d'épouvante et d'horreur, m'agacent un tantinet (Conjuring, la Nonne, Insidious...).
Ces films reprennent les bases du ciné d'épouvante des 70's, 80's en lui filant un coup de vernis dessus!
Donc, puisque The Predator semble être un énorme ratage!
Je place toutes mes billes sur ce come back du boogeyman le plus emblématique des années 70/80!
Bref... LE TAULIER!

Boris36 30/09/2018 à 20:09

Enième film de la franchise.. La créativité est au plus bas dans le cinéma américain. En outre, de par son histoire, le film fait fi des nombreuses suites ayant emboîté la bobine de la production originelle. Trop, c'est trop. A part le fric, plus rien anime le cinéma made in USA.

Spike 22/09/2018 à 15:32

Mdr !!! les remakes de rob zombie sont intelligent, bien mis en scène qu'est-ce qu'il faut pas lire quand même. 2 navets qu'il reste dans la musique c'est mieux et encore. Le premier est filmé bizarrement, les dialogues,le script et le jeu des acteurs sont zéro que des insultes et du langage grossier du début à la fin il a massacré la franchise vrais film série B et son 2 ème est encore meilleur dans le genre avec Michael Myers sans masque, on a même le droit au poltergeist de sa mère sacré rob.

fan d'Halloween 20/09/2018 à 18:21

Il y a la musique du B.O Halloween 2018 disponible enfin 1er partie de l'extrait, mais le film je vais le voir en avant première pour voir si ma confirmation ce confirme ou pas.

Simon Riaux - Rédaction 18/09/2018 à 18:28

@Maurice Escargot
Bien sûr, rien n'est jamais noir ou blanc.
Mais justement, la survie et l'empreinte d'héroïnes "pures", bienveillantes, se fait souvent en surlignant combien leurs semblables eux, méritent d'y passer.
Enfin, le spectateur n'est jamais allé voir ces films, qu'ils soient bons ou non, pour découvrir de jeunes personnages bien construits, mais pour voir des figures iconiques zigouiller des figurants de luxe.
Le tout à une époque où la classe politique américaine s'attaquait justement aux valeurs identifiées comme étant celles de la jeunesse.

Tous les slashers sont-ils pour autan Reaganiens ? Sûrement pas, et sûrement pas intentionnellement, néanmoins, ils se font de facto l'echo d'une transformation de la politique américaine.

Maurice Escargot 18/09/2018 à 18:23

@Simon Riaux :

Admettons pour les grandes figures du genre comme Freddy, Jason et évidemment Myers.
Mais l'héroïsation de ces persos arrive souvent sur le tard (Jason ne devient véritablement le perso principal qu'à partir de Jason Le Mort-Vivant, par exemple); là où les premiers épisodes se concentrent sur les jeunes, parfois même très bien construits : Laurie Strode, ou Nancy des Griffes De La Nuit, ont marqué leurs époques, par exemple.
Quand au tueur, le genre compte pléthores de maniaques sans charisme, anonyme, la "faute" justement à des jeunes héros plus développés (qui se souvient encore des tarés de Rosemary's Killer, Meurtres A La St. Valentin ou Carnage ?)

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