J'ai perdu Albert : critique qui n'avait pas mérité ça

Mise à jour : 12/09/2018 16:11 - Créé : 12 septembre 2018 - Simon Riaux
Simon Riaux | 12 septembre 2018 - MAJ : 12/09/2018 16:11

Lors de sa parution, la critique n’avait pas manqué de comparer le roman J’ai Perdu Albert à un scénario. Rien de vraiment étonnant donc à ce que Didier Van Cauwelaert, prix Goncourt 1994, se colle à l’adaptation de ses écrits avec Stéphane Plaza et Julie Ferrier. Pas sûr en revanche, qu’il s’agisse d’une bonne idée.

Affiche officielle
62

STÉPHANE PAS DE ÇA

J'ai perdu Albert  est un film important, comme le cinéma français nous en offre un tous les deux ou trois ans, de ceux qui nous rappellent quelques vérités essentielles sur le 7e Art. De par la fascinante ampleur de son ratage, la chose issue de l’esprit de Van Cauwelaert témoigne, comme peu d’entreprise avant elle, de ce qui compose un film.

Commençons par les comédiens. Julie Ferrier, actrice comique connue et reconnue, devrait être à son aise dans ce récit passablement délirant, où une voyante, à demi-possédée par l’esprit d’Albert Einstein, s’est taillée une solide réputation… Jusqu’à ce que le scientifique mort choisisse un nouvel hôte. Sauf que pour se dépatouiller d’un aussi stupide point de départ, il faut bénéficier d’un semblant de direction d’acteur, ici très clairement absente.

 

photoStéphane Plaza

 

Stéphane Plaza s’en tire encore moins bien, et nous offre le catalogue automne/hiver des petits tics de l’apprenti-comédien. D’accentuations absurdes en bouches bées, sans oublier une tripotée de globes oculaires écarquillés, il déroule fébrilement la navrante psyché de Zac, comme il jouait il y a peu les agents immobiliers de rêve. Le résultat est mécanique, le plus souvent embarrassant, à l’image de votre petit cousin insistant pour faire une démonstration de théâtre à Noël, juste avant de se coincer la fistule dans son appareil dentaire.

 

PRIX CONCOURT

Mais si le casting de J'ai perdu Albert est à ce point incapable d’aligner trois répliques justes, c’est avant tout parce que le chef d’orchestre est beurré à l’antigel. Ou plutôt, parce qu’il n’a rien à faire là. Le cinéma est un langage, son montage une grammaire, sa lumière une nuance tonale, et il ne suffit pas d’écrire des romans, quand bien même seraient-ils excellents, pour y toucher sa bille. En l’état, Didier Van Cauwelaert est aussi à l’aise avec ce médium visuel qu’un nourrisson avec un bol de nouilles alphabet trop cuites.

 

photoJulie Ferrier et Stéphane Plaza

 

L’enchaînement des plans, tous éclairés n’importe comment, à coup d’étalonnage numérique baveux, ne fait presque jamais sens. On ne compte pas les séquences où même le point se fait la malle, tandis qu’un dialogue paraît à la limite du compréhensible pour coup de montage absurde. Un bouillon de culture qui devient carrément toxique alors que s'emballe ce récit mongolo-écolo, et que le récit perd littéralement le spectateur, tant la gestion de l'espace devient défaillante (il n'est pas rare de se demander littéralement où sont les personnages).

Et c’est là toute la beauté de J'ai perdu Albert . Filmer est un métier, et il y a quelque chose de particulièrement rassurant dans le fait de constater que donner une liste de courses à un capitaine incompétent ne peut qu’aboutir à un parfait désastre.

 

Affiche officielle

Résumé

Fascinant de nullité, ce spectaculaire échec rappelle que le cinéma est aussi un métier.

commentaires

line01
16/01/2019 à 23:59

Je viens de voir le film et j'ai passé un bon moment. Je ne regarde les films que pour mon plaisir et n'étant pas critique de cinéma , j'avoue que l'avis donné plus haut par un spécialiste me laisse pantoise. A force de vouloir intellectualiser le cinéma, de le décortiquer et dans faire une autopsie , on en oublie les spectateurs qui permettent de faire exister le cinéma quel qu'il soit. Un spectateur c'est avant tout un "regardeur" qui trésaille, pleure, rit ou reste indifférent . Un spectateur se met au rythme de moment de plaisir ou de déception . Mais un spectateur oublie les moments médiocres passés dans une salle obscure car le spectateur reviendra toujours dans cette dite salle dans l'espoir d'avoir juste de une émotion quelle qu'elle soit . C'est ça le cinéma , le regard qui nous laisse ce moment , un souvenir bon ou mauvais , et ce moment , je me refuse de le découper à la serpette.

Gérard-P
24/09/2018 à 07:46

Que M. Plazza se contente de vendre ses baraques et qu’il laisse le métier de comédiens aux comédiens !!!!!

ALPHEE
16/09/2018 à 14:39

JE VIENS DE LE VOIR . J EN SUIS SATISFAITE J AI PASSE UN BON MOMENT.

Grift
13/09/2018 à 19:45

@Simon Riaux

Globalement je comprends votre raisonnement. Même sur la partie concernant l'outrance. On va dire que j'ai plus de mal avec ce qui s'apparente à de l'insulte, qu'elle soit outranciere ou non :) La se situe ma limite surement.

Sympa d'avoir pris le temps de répondre encore une fois.

CinePublic
13/09/2018 à 16:41

Vu hier. Désolant. L'histoire dans laquelle l'esprit d'Einstein insuffle la voyance! Merci pour le côté scientifique du grand physicien... Le jeu des acteurs très moyens. Quant aux plans, éclairages, cohérence, tout cela reste bien diffus et très broullon. Pour ne pas dire très amateur.

Simon Riaux - Rédaction
13/09/2018 à 15:42

@Grift

J'entends bien ce que vous dites, mais là aussi, je crois que l'analogie ne marche pas totalement.

Je ne suis certainement pas en situation d'être le prof de quiconque, en tout cas certainement pas des metteurs en scène dont nous discutons le travail.
Et notre boulot ne vient pas les "sanctionner". Il est là - dans le cadre des news, des dossiers - pour transmettre des données, sur un sujet qui intéresse à priori lecteur et/ou - dans le cadre des critiques - pour initier une discussion un débat, un échange basé sur des ressentis, ressentis qui amènent eux-mêmes à des analyses.
Donc oui, parfois, et selon le style de chacun, on peut faire le choix de traduire ce ressenti par une formule plus ou moins outrancière.
En ce qui me concerne, j'apprécie énormément, comme lecteur ou comme auteur d'un papier, l'usage de l'outrance. Il me semble qu'il permet de traduire un sentiment éventuellement très fort, tout en retirant une partie de sa violence, justement, grâce à l'outrance. Mais à nouveau, on cause là de quelque chose de très subjectif.

Mais quoi qu'il en soit, nous demeurons d'une relative inocuité.
Un prof qui vous met 2/20 accompagné d'un "bien fait pauvre cave", peut ruiner votre scolarité.
De mon côté je ne suis pas intimement persuadé que les entrées de J'ai Perdu Albert seront impactées par mon texte.

Grift
13/09/2018 à 15:29

@Simon Riaux : oui vous avez raison. Il y a ca a prendre en compte aussi. Mais je pense tout de meme que vous vous voilez un peu la face en pensant ca. Je m'explique :
Une film ne saigne pas, certes. Mais quand on dit qu'un scenario est stupide ou que le chef d'orchestre est "beurré à l'antigel" on s'attaque quand meme directement au travail d'une personne et donc a une personne au travers de l'insulte. Contrairement par exemple a l'argument objectif de dire que parfois l'image perd le point.

Si à l'école, un prof m'avait rendu une copie d'une disserte avec marqué "Idée à la con, c'est à chier" (je grossis le trait pour qu'on comprenne bien)... Certes ma copie ne saigne pas, mais j'aurais quand meme trouvé ca insultant. Encore une fois je pense qu'il a plusieurs façons de remonter les ratés ou les échecs d'un film. Et la en l'occurence je trouve ca gratuitement agressif. Et sans dec ca sert à quoi ? (j'ai beau chercher je vois pas de bonne raison).

Mais bon, ce n'est que mon point de vue (non agressif pour le coup).

Bonne journée à vous et merci d'avoir pris le temps de répondre à mon commentaire.

Alyon
13/09/2018 à 13:39

Critique de critique c'est un nouveau job ? Parce que celle-ci elle est bien et peut être même un peu indulgente vue la bande annonce (que j'ai vu comme tous ceux qui commentent ici …)

Simon Riaux - Rédaction
13/09/2018 à 12:58

@grift On ne coupe quasiment jamais les messages agressifs ou insultants à notre encontre, pour autant, ils font partie de notre métier, et il ne nous vient pas à l'idée de les censurer. En revanche, là où je ne suis pas d'accord avec vous, c'est que nos critiques (bonnes, mauvaises, sévères, indulgentes, bouleversées, bref, toutes) ne s'adressent jamais à des personnes. Nous critiquons des films. Un film ne saigne pas et ne se vexe pas. Je note qu'en revanche la plupart des reproches qui nous sont adressés visent exclusivement nos personnes. La situation ne me paraît donc pas comparable.

Andarioch
13/09/2018 à 12:37

SR nous explique juste que cinéaste, c'est un métier et ça ne s'improvise pas. Pas vu d'aigreur là dedans.

Plus

votre commentaire