Films

J’ai perdu Albert : critique qui n’avait pas mérité ça

Par Simon Riaux
12 septembre 2018
MAJ : 15 avril 2019
25 commentaires

Lors de sa parution, la critique n’avait pas manqué de comparer le roman J’ai Perdu Albert à un scénario. Rien de vraiment étonnant donc à ce que Didier Van Cauwelaert, prix Goncourt 1994, se colle à l’adaptation de ses écrits avec Stéphane Plaza et Julie Ferrier. Pas sûr en revanche, qu’il s’agisse d’une bonne idée.

Affiche officielle

STÉPHANE PAS DE ÇA

J’ai perdu Albert  est un film important, comme le cinéma français nous en offre un tous les deux ou trois ans, de ceux qui nous rappellent quelques vérités essentielles sur le 7e Art. De par la fascinante ampleur de son ratage, la chose issue de l’esprit de Van Cauwelaert témoigne, comme peu d’entreprise avant elle, de ce qui compose un film.

Commençons par les comédiens. Julie Ferrier, actrice comique connue et reconnue, devrait être à son aise dans ce récit passablement délirant, où une voyante, à demi-possédée par l’esprit d’Albert Einstein, s’est taillée une solide réputation… Jusqu’à ce que le scientifique mort choisisse un nouvel hôte. Sauf que pour se dépatouiller d’un aussi stupide point de départ, il faut bénéficier d’un semblant de direction d’acteur, ici très clairement absente.

 

photoStéphane Plaza

 

Stéphane Plaza s’en tire encore moins bien, et nous offre le catalogue automne/hiver des petits tics de l’apprenti-comédien. D’accentuations absurdes en bouches bées, sans oublier une tripotée de globes oculaires écarquillés, il déroule fébrilement la navrante psyché de Zac, comme il jouait il y a peu les agents immobiliers de rêve. Le résultat est mécanique, le plus souvent embarrassant, à l’image de votre petit cousin insistant pour faire une démonstration de théâtre à Noël, juste avant de se coincer la fistule dans son appareil dentaire.

 

PRIX CONCOURT

Mais si le casting de J’ai perdu Albert est à ce point incapable d’aligner trois répliques justes, c’est avant tout parce que le chef d’orchestre est beurré à l’antigel. Ou plutôt, parce qu’il n’a rien à faire là. Le cinéma est un langage, son montage une grammaire, sa lumière une nuance tonale, et il ne suffit pas d’écrire des romans, quand bien même seraient-ils excellents, pour y toucher sa bille. En l’état, Didier Van Cauwelaert est aussi à l’aise avec ce médium visuel qu’un nourrisson avec un bol de nouilles alphabet trop cuites.

 

photoJulie Ferrier et Stéphane Plaza

 

L’enchaînement des plans, tous éclairés n’importe comment, à coup d’étalonnage numérique baveux, ne fait presque jamais sens. On ne compte pas les séquences où même le point se fait la malle, tandis qu’un dialogue paraît à la limite du compréhensible pour coup de montage absurde. Un bouillon de culture qui devient carrément toxique alors que s’emballe ce récit mongolo-écolo, et que le récit perd littéralement le spectateur, tant la gestion de l’espace devient défaillante (il n’est pas rare de se demander littéralement où sont les personnages).

Et c’est là toute la beauté de J’ai perdu Albert . Filmer est un métier, et il y a quelque chose de particulièrement rassurant dans le fait de constater que donner une liste de courses à un capitaine incompétent ne peut qu’aboutir à un parfait désastre.

 

Affiche officielle

Rédacteurs :
Résumé

Fascinant de nullité, ce spectaculaire échec rappelle que le cinéma est aussi un métier.

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socrate

je suis d’accord car je pence comme je suis

line01

Je viens de voir le film et j’ai passé un bon moment. Je ne regarde les films que pour mon plaisir et n’étant pas critique de cinéma , j’avoue que l’avis donné plus haut par un spécialiste me laisse pantoise. A force de vouloir intellectualiser le cinéma, de le décortiquer et dans faire une autopsie , on en oublie les spectateurs qui permettent de faire exister le cinéma quel qu’il soit. Un spectateur c’est avant tout un « regardeur » qui trésaille, pleure, rit ou reste indifférent . Un spectateur se met au rythme de moment de plaisir ou de déception . Mais un spectateur oublie les moments médiocres passés dans une salle obscure car le spectateur reviendra toujours dans cette dite salle dans l’espoir d’avoir juste de une émotion quelle qu’elle soit . C’est ça le cinéma , le regard qui nous laisse ce moment , un souvenir bon ou mauvais , et ce moment , je me refuse de le découper à la serpette.

Gérard-P

Que M. Plazza se contente de vendre ses baraques et qu’il laisse le métier de comédiens aux comédiens !!!!!

ALPHEE

JE VIENS DE LE VOIR . J EN SUIS SATISFAITE J AI PASSE UN BON MOMENT.

Grift

@Simon Riaux

Globalement je comprends votre raisonnement. Même sur la partie concernant l’outrance. On va dire que j’ai plus de mal avec ce qui s’apparente à de l’insulte, qu’elle soit outranciere ou non 🙂 La se situe ma limite surement.

Sympa d’avoir pris le temps de répondre encore une fois.