Skyscraper : critique pas aux normes

Mise à jour : 10/07/2018 09:07 - Créé : 10 juillet 2018 - Simon Riaux

Dwayne Johnson est désormais une marque, corps homérique incarnant les ruines du cinéma d’action américain. Et pour servir un artiste devenu un produit, avant même le film dans lequel il apparaît, il faut un technicien prêt à s’effacer derrière cette idée. Mais dans le cas de Skyscraper, le cahier des charges inhérent au Rock et au contexte de production du blockbuster posent quelques problèmes.

 

Photo Affiche
123 réactions

BOURRIN BRIDÉ

Dans une récente campagne publicitaire, Skyscraper s’affichait pastichant les codes visuels des affiches de La Tour infernale et Piège de cristal. Deux standards du cinéma à grand spectacle, soit le récit d’une catastrophe implacable, et la mésaventure remuante d’un héros malgré lui toujours prêt à remplir quelques boîtes crâniennes de plomb fondu pour les fêtes. Deux types de mécanismes instantanément paralysés par les exigences du spectacle Johnsonien.

Ce bon Dwayne a beau être tanké comme le colosse de Rhodes un soir de Fête de la viande, ses aspirations héroïques le portent plus du côté du nounours dégoulinant de sucre que du côté des empailleurs de terroristes à mains nues. Ainsi, le métrage s’efforce de le dispenser de tout acte véritablement violent, préférant en faire un sauveur shooté aux adoucissants pour sous-vêtements délicats plutôt qu’un redresseur de torts.

 

photo, Dwayne JohnsonLa seule scène authentiquement réussie du film

 

Ultime symptôme du refus de la star d’infliger la moindre souffrance, dans une séquence où elle maintient à la seule force de ses petits bras un pont sur le point de s’écrouler, c’est son épouse (Neve Campbell) qui découpe du méchant comme une grande, dans une tentative artificielle de ne pas réserver au seul mâle alpha la primauté de l’action. Ce genre de petits accomodements thématiques pulullent dans Skyscraper et entament progressivement l'immersion du spectateur, au fur et à mesure que la caméra dévoile combien elle est incapable d'appréhender les figures imposées du genre.

 

A PIED PAR LA CHINE

Collaborateur de Dwayne Johnson depuis Agents presque secrets, le réalisateur Rawson Marshall Thurber est à ce point décontenancé par sa mission qu’il ne songe même pas à déchirer la chemise de son héros pour user de cette masse musculaire qui nous fait si souvent le confondre avec un éléphanteau.

 

Photo Dwayne Johnson, Neve CampbellDwayne, le surhomme qui ne se départ jamais de sa chemise

 

Incapable d’appréhender la physicalité comme un moteur de la mise en scène, il se contente d’enregistrer mollement les gesticulations sur fond vert de Johnson, montées en alternance avec des plans de foule applaudissant le bonhomme, des fois que le public, anesthésié par la mollesse de l’ensemble, ne sache trop comment réagir. Il faut dire que le malheureux doit se débattre avec un autre écueil de taille : pensé pour draguer le public asiatique et chinois en particulier, Skyscraper, dont l’action se déroule à Hong Kong, ne peut laisser libre cours aux outrances traditionnelles du genre.

Pour s’incruster dans ce marché local, le blockbuster passe donc son temps à rendre hommage aux autorités chinoises, au cours d’apartés publicitaires qui ralentissent l’action et s’avèrent atrocement voyants. De même, impossible de laisser notre gros Dwayne transformer des autochtones en pâtés de campagne.

 

photoArrête de faire le pont Dwayne...

 

On lui opposera donc d’improbables cambrioleurs d’Europe de l’Ouest employés par les triades (si si) et un vilain mâle blanc américain traître à la patrie, le seul à avoir droit à une déculottée digne de ce nom, dans une tentative de détourner les habituels reproches formulés contre le genre (xénophobie, stéréotypes divers et variés, impérialisme…) si épaisse qu’elle en devient risible, puis anti-spectaculaire.

 

TOUR DE RANCE

Ecrasé par sa star, enkysté dans un schéma de production politiquement correct jusqu’au ridicule, Skyscraper flirte régulièrement avec le Z positronique, notamment lors des cinquante minutes nécessaires au scénario pour initier l’action et projeter son héros au cœur du gratte-ciel en titre. Mais une fois arrivé à destination, le film délivre quelques séquences de grimpe divertissantes, et réussit même quelques très beaux effets de perspective.

 

photoMiroir, mon gros miroir...

 

Grâce à un rythme qui a la politesse de ne pas s’appesantir – en même temps, dans une super-production où les clefs USB ressemblent à des shurikens de pochette surprise, mieux vaut avancer tambour-battant – l’ensemble se suit sans déplaisir, à défaut de procurer quelque excitation que ce soit. En résulte donc un divertissement indigent et hygiénisé, quoique indolore, tel que Johnson semble désormais envisager l'essentiel de sa production.

 

Photo Affiche

Résumé

Un film d'action désincarné, inoffensif, dont les effluves de sueur et de cordite ont été remplacées par des relents de détergent industriel. Reste le charisme de sa star et un rythme suffisamment intense pour prévenir l'endormissement.

commentaires

margot62 12/07/2018 à 22:29

moi j'ai ri tellement pat moment c"etait nul et le plus beau c'est le tour de magie avec ça chemise qu'il déchire pour se soigner et par miracle elle lui revient bien cintrer sur la bête si vous allez le voir ne pas reflechir

Hank Hulé 11/07/2018 à 16:30

aussitôt vu, aussitôt oublié. J'avoue avoir un peu pioncé...
Filmé avec les pieds, doté de sfx laids et voyants, on s'ennuie poliment en regardant the rock tripoter sa prothèse (quelle idée farfelue et inutile).
on peut s'en passer...

Geoffrey Crété - Rédaction 11/07/2018 à 00:41

@LeConcombreMoisi

Et je crois que vous êtes passé à côté de que je racontais.

Jmyke 11/07/2018 à 00:25

"Dwayne, le surhomme qui ne se départ jamais de sa chemise"
Hey Simon Riaux, t'aurais pu te relire...

LeConcombreMoisi 10/07/2018 à 23:24

@Geoffrey Crété : The Raid 2 bien ?

Je crois qu'on ne navigue pas au même endroit !

Geoffrey Crété - Rédaction 10/07/2018 à 19:38

@indy75

Et peut-être que dans quelques décennies, un cinéphile se dira que son époque est nulle, alors que dans les années 2010, il y avait eu quelques films pas trop mal comme The Raid et The Raid 2, Mad Max : Fury Road, John Wick, quelques Mission : Impossible très appréciés, quelques James Bond très aimés, The Nice Guys, Sicario, Jack Reacher, ...

Aucun jugement de goût ici. Juste quelques exemples, et un "peut-être"...

indy75 10/07/2018 à 19:23

@Geoffrey Crété

Certes, il y avait aussi de mauvais films d'action. Mais on avait quand même au milieu un Piège de cristal, un Arme fatale et même un Commando avec un Arnold pratiquant un second degré qui manque cruellement à notre Dwayne. Je cherche toujours LE film d'action US qui a marqué nos rétines ces dernières années. A cette époque, il y avait au moins une prise de risque alors qu'aujourd'hui...

Reallu 10/07/2018 à 14:08

Aucun interet ce film pareille pour l’acteur

maxleresistant 10/07/2018 à 12:00

J'ai bien aimé Rampage et Jumanji et espéré un truc dans la meme veine.
Apparemment c'est plus du niveau d'un San Andrea, dommage.

Geoffrey Crété - Rédaction 10/07/2018 à 11:35

@Starfox

Mais n'y avait-il pas une belle dose de mauvais films à cette époque aussi ? N'en a t-on pas gardé les meilleurs, oublié les pires, et recréé cette impression que c'était mieux avant ?

On aurait tendance à nuancer et voir les belles propositions qu'on a chaque année, en faisant attention à ne pas se focaliser sur de gros films ordinaires médiatisés qui donneraient l'impression instantanée (mais faussée) que tout fout le camp...

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