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Dans la brume : critique intoxiquée

Par Geoffrey Crété
16 mars 2023
MAJ : 17 mars 2023
30 commentaires

Après avoir accueilli des hordes de zombies dans La Nuit a dévoré le monde, Paris est engloutie sous un brouillard funeste pour Dans la brume. Le début d’un cauchemar apocalyptique pour Romain Duris et Olga Kurylenko, déterminés à sauver leur fille de l’enfer brumeux. Et de quoi redonner le sourire à l’amateur de cinéma de genre, déprimé par le paysage français ? La réponse est oui, alors même que cacher le film à une si grande partie de la presse (voire du public) laissait craindre le contraire.

Affiche

LA BRUME A DÉVORÉ LE MONDE

Dans la brume arrive quelques semaines après La Nuit a dévoré le monde, autre version apocalyptique de Paris où les rues étaient envahies de zombies. Exit les morts-vivants dans les boulevards grisâtres, place à une brume étrange, surgie de sous terre après un tremblement de terre pour prendre d’assaut les Parisiens, terrassés en quelques instants. C’est dans ce paysage de fin du monde que deux parents, interprétés par Romain Duris et Olga Kurylenko, vont tenter de survivre et sauver leur fille, protégée dans une bulle stérile à cause d’une maladie génétique.

Les deux films ont donc quelques points communs évidents à l’écran, justifiés par la présence du scénariste Guillaume Lemans des deux côtés, tandis que le réalisateur de La Nuit a dévoré le monde, Dominique Rocher, est aussi crédité pour l’idée de Dans la brume. Dans l’un comme dans l’autre, il y a l’ambition de donner une nouvelle impulsion au cinéma de genre français, considéré comme un paysage sinistré par beaucoup de cinéphiles. Mais si le film de zombies était une proposition orientée auteur, avec l’accent mis sur le vertige de la solitude, l’aventure du brouillard a une dimension résolument plus spectaculaire et grand public.

 

Photo Romain Duris, Olga KurylenkoParis sous la brume

 

THE MIST

Dans la brume ne perd pas de temps. Sitôt la situation des personnages présentée avec une économie de dialogues et de détails bienvenue, c’est l’apocalypse. Il suffira d’une séquence où la fameuse brume jaunâtre s’échappe d’une bouche de métro avant d’envahir les rues, pour que l’action soit lancée, avec un sentiment d’urgence et de brutalité très excitant. Le film du Québécois Daniel Roby dure 90 minutes, et le maître mot est l’efficacité.

Si certains avaient pu reprocher à La Nuit a dévoré le monde un positionnement considéré comme arty, avec son approche huis clos et sa poignée de décors et personnages, Dans la brume est clairement orienté vers les sensations et la tension, sans pour autant se mesurer bêtement au cahier des charges d’une superproduction. Les héros devront ainsi arpenter des rues et des immeubles, affronter quelques obstacles plus ou moins prévisibles, vaincre le temps dans quelques courses contre la montre, tout ça au sein d’une mise en scène ample qui n’a pas peur d’exploiter le cadre de l’horreur.

 

Photo Olga KurylenkoOlga in the mist

 

Et que celui qui craignait le film techniquement bas de gamme ou le téléfilm de luxe, avec une énième photographie terne et des effets visuels absurdes, pourra apprécier le travail de Daniel Roby et son équipe pour assembler ce Paris apocalyptique. L’œil averti pourra sans surprise noter la différence entre la brume véritable et celle créée en postproduction (pour les plans larges et en hauteur), mais jamais le film n’en souffre.

Dès que la caméra plonge avec les personnages dans la brume, il y a même une belle atmosphère, mise en valeur par une direction artistique sobre et au service de l’univers. C’est d’autant plus respectable que Dans la brume a coûté une dizaine de millions d’euros, moins que les 13 des Tuche 3 ou les 32 de Raid dingue par exemple.

  

Photo Romain Duris, Olga KurylenkoRomain Duris et Olga Kurylenko : un beau couple étonnant

 

MON PÈRE, CE HÉROS 

Si le peu d’éléments offerts lors de la promotion laissait croire à un simplet drame familial sur fond d’apocalypse, avec son lot de ficelles bien connues de l’amateur de fantastique, ce n’est finalement qu’à moitié vrai. Dans la brume marche bien dans les sentiers battus du genre, mobilise une somme de motifs inhérents dans les situations et la mécanique, mais use avec une certaine adresse de ces éléments.

Les dialogues ont beau sonner parfois creux, notamment autour de la fille interprétée par Fantine Harduin (Happy End), ils sont réduits au minimum. Souci d’efficacité ou conscience d’une intrigue vue mille fois avant : peu importe, le film est porté par ce choix, qui permet à quelques moments très simples (un sourire face à un tatouage, un cri hors champ, un amour plus paisible que jamais face à la fin) d’être particulièrement beaux.

 

Photo Romain DurisMéfiez-vous de la brume qui dort

 

Romain Duris porte le film avec son énergie habituelle, sans fausse note, mais épaulé par de très solides interprètes. James Bond girl hier, actrice aux choix étonnants aujourd’hui, Olga Kurylenko donne à ce rôle de mère débrouillarde et fragile une intensité réelle, formant avec l’acteur français un couple inattendu. Face à eux, Michel Robin apporte une touche de tendresse surprenante, et bien plus significative que prévu dans le dessin global.

Et c’est là que Dans la brume emporte et convainc : dans son désir de pas simplement se poser comme un vulgaire film fantastique à la française, avec l’ambition compréhensible, mais stérile de s’énoncer face à un cinéma américain qui domine le genre. Le spectacle est assuré avec une efficacité certaine, au fil de 90 minutes très bien menées, mais le film prend aussi et surtout le temps de trouver sa propre identité dans ses derniers instants. Avec une noirceur et une étrangeté suffisamment belles et fortes, pour en faire une très belle et envoûtante incursion dans le fantastique, qui vaut clairement le détour. 

 

Affiche

 

Rédacteurs :
Résumé

Très carré mais également très efficace, Dans la brume séduit par ses ambitions et son désir de ne pas simplement être un film fantastique impersonnel et made in France.

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snake88

ça à pas l’air mal mais je note que la promo était vraiment pas terrible et cela va dans le sens du fait qu’il n’ait pas été montré à la presse…On dirait que le distributeur et le producteur n’ont absolument aucune confiance dans ce truc alors qu’il s’agit d’un film à 10 patates avec deux acteurs connus !

Hank Hulé

Effectivement, une belle réussite à peine ternie par quelques maladresses scénaristiques (le « twist » final éventé assez vite, le scooter qui arrive un peu trop tard). Pour autant, un vrai bon film de genre (mais pas que) doté d’une réalisation aussi efficace qu’émouvant, pourvu d’un cast motivé (Olga, je t’aime). le plan final est extra !
Bravo !

Sess

Euh……..
A part Haute Tension, La Colline a des yeux, Martyrs, Maléfique, A l’intérieur et Grave………
En vingt ans.
C’est la disette…..

Allez j’irai test…..

colloc 1

Ce n’était pas utile , mais si en plus des bons retours E.L en dit du bien , je suis encore plus décidé a aller soutenir ce film de genre français.

rrrrrrrr

A aller voir pour supporter le cinéma de genre Français !

http://www.capturemag.net/les-grandes-bouches/capture-mag-le-podcast-bonus-guillaume-lemans/