Dans la brume : critique intoxiquée

Geoffrey Crété | 10 août 2020 - MAJ : 12/08/2020 18:23
Geoffrey Crété | 10 août 2020 - MAJ : 12/08/2020 18:23

Après avoir accueilli des hordes de zombies dans La Nuit a dévoré le monde, Paris est engloutie sous un brouillard funeste pour Dans la brume. Le début d'un cauchemar apocalyptique pour Romain Duris et Olga Kurylenko, déterminés à sauver leur fille de l'enfer brumeux. Et de quoi redonner le sourire à l'amateur de cinéma de genre, déprimé par le paysage français ? La réponse est oui, alors même que cacher le film à une si grande partie de la presse (voire du public) laissait craindre le contraire.

LA BRUME A DÉVORÉ LE MONDE

Dans la brume arrive quelques semaines après La Nuit a dévoré le monde, autre version apocalyptique de Paris où les rues étaient envahies de zombies. Exit les morts-vivants dans les boulevards grisâtres, place à une brume étrange, surgie de sous terre après un tremblement de terre pour prendre d'assaut les Parisiens, terrassés en quelques instants. C'est dans ce paysage de fin du monde que deux parents, interprétés par Romain Duris et Olga Kurylenko, vont tenter de suvivre et sauver leur fille, protégée dans une bulle stérile à cause d'une maladie génétique.

Les deux films ont donc quelques points communs évidents à l'écran, justifiés par la présence du scénariste Guillaume Lemans des deux côtés, tandis que le réalisateur de La Nuit a dévoré le mondeDominique Rocher, est aussi crédité pour l'idée de Dans la brume. Dans l'un comme dans l'autre, il y a l'ambition de donner une nouvelle impulsion au cinéma de genre français, considéré comme un paysage sinistré par beaucoup de cinéphiles. Mais si le film de zombies était une proposition orienté auteur, avec l'accent mis sur le vertige de la solitude, l'aventure du brouillard a une dimension résolument plus spectaculaire et grand public.

 

Photo Romain Duris, Olga KurylenkoParis sous la brume

 

THE MIST

Dans la brume ne perd pas de temps. Sitôt la situation des personnages présentée avec une économie de dialogues et de détails bienvenue, c'est l'apocalypse. Il suffira d'une séquence où la fameuse brume jaunâtre s'échappe d'une bouche de métro avant d'envahir les rues, pour que l'action soit lancée, avec un sentiment d'urgence et de brutalité très excitants. Le film du Québécois Daniel Roby dure 90 minutes, et le maître mot est l'efficacité.

Si certains avaient pu reprocher à La Nuit a dévoré le monde un positionnement considéré comme arty, avec son approche huis clos et sa poignée de décors et personnages, Dans la brume est clairement orienté vers les sensations et la tension, sans pour autant se mesurer bêtement au cahier des charges d'une superproduction. Les héros devront ainsi arpenter des rues et des immeubles, affronter quelques obstacles plus ou moins prévisibles, vaincre le temps dans quelques courses contre la montre, tout ça au sein d'une mise en scène ample qui n'a pas peur d'exploiter le cadre de l'horreur.

 

Photo Olga KurylenkoOlga in the mist

 

Et que celui qui craignait le film techniquement bas de gamme ou le téléfilm de luxe, avec une énième photographie terne et des effets visuels absurdes, pourra apprécier le travail de Daniel Roby et son équipe pour assembler ce Paris apocalyptique. L'œil averti pourra sans surprise noter la différence entre la brume véritable et celle créée en post-production (pour les plans larges et en hauteur), mais jamais le film n'en souffre.

Dès que la caméra plonge avec les personnages dans la brume, il y a même une belle atmosphère, mise en valeur par une direction artistique sobre et au service de l'univers. C'est d'autant plus respectable que Dans la brume a coûté une dizaine de millions d'euros, moins que les 13 des Tuche 3 ou les 32 de Raid dingue par exemple.

  

Photo Romain Duris, Olga KurylenkoRomain Duris et Olga Kurylenko : un beau couple étonnant

 

MON PÈRE, CE HÉROS 

Si le peu d'éléments offerts lors de la promotion laissait croire à un simplet drame familial sur fond d'apocalypse, avec son lot de ficelles bien connues de l'amateur de fantastique, ce n'est finalement qu'à moitié vrai. Dans la brume marche bien dans les sentiers battus du genre, mobilise une somme de motifs inhérents dans les situations et la mécanique, mais use avec une certaine adresse de ces éléments.

Les dialogues ont beau sonner parfois creux, notamment autour de la fille interprétée par Fantine Harduin (Happy End), ils sont réduits au minimum. Souci d'efficacité ou conscience d'une intrigue vue mille fois avant : peu importe, le film est porté par ce choix, qui permet à quelques moments très simples (un sourire face à un tatouage, un cri hors-champ, un amour plus paisible que jamais face à la fin) d'être particulièrement beaux.

 

Photo Romain DurisMéfiez-vous de la brume qui dort

 

Romain Duris porte le film avec son énergie habituelle, sans fausse note, mais épaulé par de très solides interprètes. James Bond girl hier, actrice aux choix étonnants aujourd'hui, Olga Kurylenko donne à ce rôle de mère débrouillarde et fragile une intensité réelle, formant avec l'acteur français un couple inattendu. Face à eux, Michel Robin apporte une touche de tendresse surprenante, et bien plus significative que prévu dans le dessin global.

Et c'est là que Dans la brume emporte et convainc : dans son désir de pas simplement se poser comme un vulgaire film fantastique à la française, avec l'ambition compréhensible mais stérile de s'énoncer face à un cinéma américain qui domine le genre. Le spectacle est assuré avec une efficacité certaine, au fil de 90 minutes très bien menées, mais le film prend aussi et surtout le temps de trouver sa propre identité dans ses derniers instants. Avec une noirceur et une étrangeté suffisamment belles et fortes, pour en faire une très belle et envoûtante incursion dans le fantastique, qui vaut clairement le détour. 

 

Affiche

Résumé

Très carré mais également très efficace, Dans la brume séduit par ses ambitions et son désir de ne pas simplement être un film fantastique impersonnel et made in France.

Lecteurs

(3.1)

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commentaires

Miami81
12/08/2020 à 01:08

Très bonne surprise. Il n a rien à envier aux productions post apocalyptiques que Netflix a pu nous pondre ces dernières années. Bien au contraire.
C est d autant plus impressionnant vu le budget alloué.
S il n est pas sans défaut, c est un plaisir de voir un film de genre français qui ne tombe pas dans un discours métaphysique pretentieux de bas étage.
Petite mention aussi effectivement â la nuit a dévoré le monde,un peu moins bon à mon sens (en garde partie à cause des accents dont on ne voit pas l interet) mais très sympa aussi qd même

zetagundam
11/08/2020 à 22:23

Bien que je sois partagé la balance penche plutôt du côté positif.

D'un côté nous avons des ados qui ne jouent pas très bien, une fin que l'on devine dans ses grandes lignes dès le début du film, aucune alchimie entre Olga Kurylenko et Romain Duris, le chien dont je n'arrive pas à m'expliquer la présence du chien (incohérence ?) mais le plus gros problème du film c'est que malgré sa durée de 1h30 on arrive quand même à trouver le temps long par moment.

Pour le reste nous avons de bons acteurs, une très belle photographie ainsi qu'une très bonne B.O. et une atmosphère très réussit ce qui fait que j'ai quand même été au beau du visionnage, chose qui ne m'étais pas arrivé depuis des années avec un film français.

Kyle Reese
11/08/2020 à 12:12

Échec comme bcq de films français ambitieux.

>mode cynique « ON »

Mais l’ambition en France c’est plutôt mal vue, ça rime avec prétention.
On ne va quand même pas prétendre pouvoir faire des films de genre aussi bien que les américains, non mais ... faut pas aller voir ces films c’est trop louche, allons voir plutôt le dernier Dubosc

>mode cynique « OFF »

coco
11/08/2020 à 08:15

En effet gros gros flop du box office...

La Classe Américaine
11/08/2020 à 08:05

Un tellement bon le film ambitieux qu'il a fait 2 spectateurs en France. La définition même de la réussite cinématographique française.

Kyle Reese
10/08/2020 à 22:57

Une bonne surprise pour un film de genre français. Comme je fais parti de ceux qui apprécie toujours Duris depuis De battre mon cœur , apparement il divise pas mal on dirait et que j’aime bcq Olga depuis Oblivion le cast me va très bien.
Le film est assez simple avec de bonnes idées et une mise en scène qui rempli bien son rôle avec suspens et tension.
Par contre je lui préfère largement la nuit à dévoré le monde qui ma vraiment schotché et ne comprend pas ceux qui le trouve « arty » ?
Ce film est vraiment génial.

thierry A
10/08/2020 à 21:10

Ils ont auto détruit le thème de leur film avec la scène du chien...je comprend pas ce genre d'erreur.. Dommage c'est bien parti pourtant.

Sam
21/02/2019 à 17:29

Un très bon film je trouve. De l'apocalyptique comme on en voit très rarement en France !
On se retrouve face à une brume empoisonnée qui tue les 2/3 de la population en quelques minutes et dont les survivants grimpent sur les toits pour y échapper.
A noter qu'au début du film, le héros passe devant la télévision (ou radio je ne sais plus) où on parle d'une catastrophe survenue dans un pays du nord... Et quelques instants plus tard, tremblement de terre et la brume apparaît. Coïncidence ? Je ne pense pas, ce qui me fait dire que dans le film, cette situation a lieu partout. Message de la mère aussi qui dit que de plus en plus d'enfants sont atteints de la maladie de Sarah qui l'empêche de respirer à l'air libre. Et bien sûr SPOILER SPOILER SPOILER : à la fin on découvre qu'elle peut respirer l'air de la brume ! Bon, on s'en doute. Mais petit message écologique ? La nature créé un nouveau genre d'humain pour repartir de zéro (on retrouve à la fin juste 2 enfants survivants, un garçon une fille, un Adam et Eve pour recommencer l'humanité).

Bref j'ai vraiment accroché ! Je suis allée à Paris l'après midi après ma diffusion et je ne faisais pas la maligne dans le métro ahah

MissTheFire
15/09/2018 à 17:00

Très bon film, je l'ai trouvé génial.
Je pense et espère la suite.

Ben
05/08/2018 à 21:23

Très déçu par la fin alors que le film me plaisait tant. Dommage mais bien quand même.

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