Hostiles : critique qui déterre la hache de guerre

Simon Riaux | 14 janvier 2020 - MAJ : 17/01/2020 16:28
Simon Riaux | 14 janvier 2020 - MAJ : 17/01/2020 16:28

Hostiles repasse ce soir sur Canal + à 21h07

Scott Cooper est peut-être un des metteurs en scène américains les plus sous-estimés de sa génération. Non pas que critique ou public dédaignent totalement ses travaux, mais force est de constater que Crazy HeartLes Brasiers de la colère ou Strictly Criminal ont été accueillis comme autant d'efforts sympathiques mais besogneux, plutôt que comme les portraits inquiets, voire torturés d'une Americana chancelante que leur auteur a composés. Chose que le western Hostiles, avec Christian Bale et Rosamund Pike, pourrait changer.

DERNIERE FRONTIERE

Alors qu'il se penche aujourd'hui sur le western, genre américain par excellence, Scott Cooper paraît sur le point de rencontrer la critique et les spectateurs. À raison, tant le réalisateur déploie ici toute l'étendue de son talent et de sa formidable maîtrise, pour narrer le terrible voyage d'un gradé de l'armée américaine (Christian Bale) chargé d'escorter un chef indien mourant (Wes Studi). Deux hommes qui se sont affrontés leur vie durant et qui sont sommés, après des décennies de massacres, de se regarder en face et d'enterrer la hache de guerre.

 

Photo Rosamund PikeDes personnages confrontés à la violence du coeur historique américain

 

Hostiles  utilise ce point de départ pour sonder les racines de la nation américaine, fondations viciées et détrempées de sang. Pour appuyer son propos, Scott Cooper présente le meurtre, pour ne pas dire le massacre, comme un acte rituel fondateur de la mystique américaine. Verser le sang devient ici l'unique médium des hommes, ainsi qu'en témoigne la première séquence où les deux personnages se voient réunis dans un même plan, à la faveur d'une attaque Comanche qui les voit tuer ensemble pour la première fois.

Le film sait ainsi convoquer un savoir-faire impressionnant en matière d'iconographie et d'écoute. Que la caméra scrute les visages dévastés des personnages ou explore les espaces naturels grandioses où se déroule son funeste récit, Hostiles est mû par une puissance tantôt intimiste, tantôt tragique, qui saisit aux tripes. L'impact dévastateur du l'ultime plan du métrage, le spleen ravageant le visage en ruines de Christian Bale, est peut-être le plus vif témoin de l'impeccable économie de moyen dont fait preuve l'oeuvre.

 

Photo Rosamund PikeRosamund Pike, exceptionnelle

MERIDIEN DE SANG

Toutefois, pour puissant et cinégénique que soit ce récit, pour réjouissante que soit l'énergie diffusée par cet impeccable western, le sentiment que le cinéaste se surveille un peu trop point ici et là. Il veut bien faire, et semble par endroits se laisser museler par l'ambition de cette chronique, par l'esprit de sérieux véhiculé par la gravité du sujet. La maîtrise de la dramaturgie de Scott Cooper est indiscutable, fait presque toujours mouche, mais confine ici et là à la rigidité, comme si cette brochette de remarquables performances se transformait ponctuellement en cilice.

En témoigne la tonalité globale, qu étouffe ici la plus belle qualité de l'artiste à savoir sa capacité à marier les genres. Les Brasiers de la colère était un faux drame redneck où bouillonnait une grande tragédie apocalyptique, tandis que Strictly Criminal maquillait un pur film de monstre Hammerien en thriller d'époque. Hostiles est un excellent western, mais le sentiment que le réalisateur s'interdit d'hybrider cette matière première grandit progressivement. Une raideur qui n'éteint jamais la flamme de colère qui illumine l'ensemble, mais le prive un peu de sa dimension organique.

 

Photo

Résumé

Pour réaliser cet excellent western, Scott Cooper sacrifie un peu de la formidable richesse hybride qui faisait le sel de ses précédents films.

commentaires

Man
17/01/2020 à 23:37

La claque, on est passé pas loin du film parfait.
La douleur de vivre et survivre après tant d'ignominies. On sent la terre, on est taché par le sang, on est au milieu de cette fraternité qui s'installe,on reconnait l'autre qui n'était rien.
Le fait que ce soit un western est presqu'accessoire, c'est un film d'humain.
On touche du doigt les fondements de la nation américaine, la violence qui prévaut à toute forme de connaissance, la prédation pour but, l'éradication avant toute tentative de construction.
Whaou.
La fin est un peu fade.

Cosmos 1999
20/07/2018 à 00:13

Quelques mois d'attente pour le voir car loupé lors de sa sortie cinéma...resté ...seulement 8 jours en salle ...
Encore une fois Christian Bale, Wes Studi montrent la force de leur talent pendant deux heures intenses à leurs cotes... j'ai adoré ce film, centré sur les personnages plus que les paysages grandioses qu'ils traversent, tout en retenue. Le vieux soldat face à son ennemi, après des années de massacres et de douleur. Pas de bluette ni de facilité, mais une souffrance contenue tout le long et peut-être au bout du chemin, la rédemption...
Regardez ce film en vod, achetez le dvd, pour montrer aux producteurs, au réalisateur, aux acteurs qu'il existe encore des citoyens qui aiment leur travail, leur vision, leurs valeurs ! Putain, merci pour ce film !!!

Epijacques
10/07/2018 à 19:34

Excellent western qui garde une force étonnante tout le long des 2h15 que l'on ne voit pas passer. Pas de concession sur les comportements humains : où est le bon, où est le méchant ? Il n'y a rien de cela ; il n'y a que des histoires de vie qui se heurtent dans la force d'être et la brutalité. Mais au final, il y a, pour ceux qui l'ont souhaité, pour ceux qui ont su sortir de leur égo, la compréhension de l'autre, le respect de l'autre et la réalisation d'un avenir avec les autres.
Très beau moment cinématographique soutenu par un BO parfaite.

mimi
04/05/2018 à 21:41

excellent excellent...du beau et captivant cinéma et...de l'humanité au bout d'e ce chemin truffé de violences !quel bon moment ..ça nous change de toutes ces mièvreries boboesques et vulgaires dont on fait sans cesse la pub !

Sylvain PASSEMAR
19/04/2018 à 23:29

Il y a la longtemps que je n’avais pas vu un bon vieux western Super acteur et scénario Par contre j’ai trouvé à la fin les scènes de tuerie répétitives Comment faisait-on avant pour faire passer autant d’émotion alors que des fois les gars mourraient sans même une trace de sang sur leurs vestons Est-ce qu’on est pas un peu trop immunisé à la violence ? Où nous mène cette surenchère

xxx
17/04/2018 à 23:24

fort déçue. Plein poncifs long et culs chevaux

Pat
15/04/2018 à 20:29

Film décevant et finalement à l'histoire assez creuse.

Rachel
27/03/2018 à 13:01

enfin, j'ai vu avec Hostiles un vrai film, vrai cinéma, j'ai pensé à Kostner dans Danse avec les Loups après les critiques ????????????????????????,,,,,,,,

Eddie9Felson
25/03/2018 à 11:41

Coup de coeur!
Un western tout sauf manichéen, crépusculaire comme le fut « Impitoyable », souffrant peut-être de quelques longueurs mais qui ne pésent pas grand chose à côté de toutes ses autres qualités. Peu d’action, le parcours intérieur de ses protagonistes étant le coeur du film. Interprétations incandescentes et rares de Bale & Pike. Un vent de fraîcheur qualitatif au milieu des produits industriels aseptisés qui encombrent nos écrans! Pour le reste, Mordhogor a tout dit.

Qualopec
23/03/2018 à 19:52

Ouais enfin les gars, c'est à l'image du public, qui va cliquer à mort sur les super-héros et ignore beaucoup de choses à côté...

Et surtout c'est bien beau de venir dire ça ici, mais Ecran Large avait pas mal parlé du film en amont, avait je crois balancé un extrait (qui était d'ailleurs pas très vendeur, et remonté par rapport au film en salles), et entre temps ils ont couvert des trucs comme Les Bonnes manières, La jeune fille et la brume ou Après la guerre y'a un jour ou deux. Et sur ces films, je crois n'avoir vu aucun commentaire. Alors que j'ai été bien content de découvrir l'existence de ce film de loup-garou fort intrigant par ex.

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