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The Cloverfield Paradox : critique interstellaire

Par Geoffrey Crété
5 février 2018
MAJ : 26 septembre 2022

L’univers Cloverfield continue de surprendre. Après avoir livré une suite inattendue intitulée 10 Cloverfield Lane, la saga continue avec The Cloverfield Paradox, longtemps connu sous le nom de God Particle. Attendu au cinéma et repoussé plusieurs fois, le film de Julius Onah a été mis en ligne par Netflix par surprise, honorant la tradition imprévisible de la série. 

The Cloverfield Paradox : Photo Gugu Mbatha-Raw

THE NETFLIX PARADOX

Une sortie annoncée en février 2017. Puis en octobre 2017. Puis en février 2018. Puis en avril. Et enfin, la rumeur Netflix, suivie d’une sortie-surprise annoncée en grande pompe avec la première bande-annonce lors du Super Bowl aux Etats-Unis. Étrange chemin que celui de The Cloverfield Paradox donc, longtemps connu sous le titre God Particle, et porté par un beau casting (Gugu Mbatha-RawDavid OyelowoDaniel BrühlZhang ZiyiElizabeth Debicki).

Avec son budget de 45 millions, loin des 25 de Cloverfield et des 15 de 10 Cloverfield LaneThe Cloverfield Paradox devait logiquement atterrir dans les salles de cinéma. D’autant que cette troisième histoire est la plus spectaculaire, puisqu’elle est la première à se dérouler dans l’espace, à bord d’une station où une équipe de chercheurs travaille sur une expérience dangereuse et unique en son genre, pour sauver la Terre d’une grave crise de ressources qui menace de provoquer des guerres. Pourquoi ce Cloverfield se retrouve t-il donc sur Netflix ? Probablement parce qu’il n’est pas à la hauteur.

 

 

CLOVERFIELD LAME

Comme 10 Cloverfield LaneThe Cloverfield Paradox n’était pas un film de la saga à l’origine. Et plus encore que la première suite, il laisse la nette impression que l’univers des aliens géants produits par J.J. Abrams a été introduit aux forceps dans cette histoire de réalité parallèle, qui voit l’équipage d’une station spatiale affronter d’étranges phénomènes suite à une expérience qui vire à la catastrophe.

La structure elle-même indique clairement et tristement le lourd effort pour faire coexister deux films en un, avec d’un côté ces héros perdus dans les étoiles, et de l’autre le mari de l’héroïne, qui se réveille en pleine apocalypse sur Terre. Les éléments plus ou moins évidents qui relient ce The Cloverfield Paradox à la série (d’un décor mémorable à une certaine grosse chose, en passant par l’apparition à la télévision d’un Mark Stambler, quand John Goodman incarnait un Howard Stambler dans 10 Cloverfield Lane) n’apportent rien de plus que de maigres rations à celui qui pistera les ponts entre les films, avec une impression d’artificialité peu satisfaisante. L’origine des bestioles, sous-entendue dans l’intrigue, reste laissée de côté.

Que le film passe d’une une vague silhouette dans la fumée à une apparition spectaculaire, finalement lancée à la face du spectateur programmé pour attendre sa dose, témoigne bien de l’impossible équation derrière ce projet bancal. A l’heure où les univers étendus sont devenus la nouvelle obsession des studios, l’univers Cloverfield, pourtant si charmant hier, a muté en un machin indéfinissable, à la mythologie fourre-tout et de moins en moins divertissant.

 

PhotoPendant ce temps-là, sur Terre

 

SUPER F-HUIT

The Cloverfield Paradox est par conséquent l’entrée la plus faible de la série, loin de l’effet de mystère-surprise du premier film en found footage, et de l’efficacité irrésistible de la modeste suite de Dan Trachtenberg avec Mary Elizabeth Winstead. Après un bon départ qui oriente le film vers une aventure spatiale premier degré à la Sunshine (un groupe de diverses nationalités envoyés dans l’espace pour sauver l’humanité), la chose déraille vers une formule de série B, à base de dimension parallèle, phénomènes mystérieux et mises à mort graphiques. Sauf que le résultat est loin d’offrir les sensations fortes, les images marquantes ou les personnages un minimum solides indispensables à la formule.

 

Photo Zhang Ziyi, Daniel BrühlDaniel Brühl et Zhang Ziyi

 

Ce qui aurait pu donner un petit cauchemar en huis clos parfaitement sympathique dans la lignée du récent Life – Origine inconnue, se révèle néanmoins d’une platitude étonnante, notamment vu le budget confortable (le magnifique Sunshine de Danny Boyle a coûté moins cher). Hormis une ou deux mises à mort éventuellement amusantes, The Cloverfield Paradox se résume à une suite de scènes banales et désincarnées dans des couloirs bien éclairés, où une bande d’hommes et femmes a priori intelligents aura besoin d’un long moment avant d’imaginer que le chaos ambiant a été causé par leur machine expérimentale – alors même qu’ils écoutaient juste avant un illuminé dire à la télévision qu’ils allaient déchirer l’espace-temps et libérer les enfers.

Lorsque l’action s’emballe et offre de l’explosion ou de la sensation, rien de bien extraordinaire, excitant ou vu mille fois ailleurs et en mieux au rayon science-fiction. La sortie dans l’espace à grand renfort d’effets spéciaux manque de souffle, les sacrifices et morts s’enchaînent sans passion, les moments traités comme des révélations semblent parfaitement artificiels, et la galerie de personnages est d’une fadeur affolante.

L’accent mis sur l’héroïne incarnée par Gugu Mbatha-Raw, vue dans Free State of Jones ou encore un des meilleurs épisodes de Black Mirror, condamne l’histoire à tourner au pamphet pro-famille d’une niaiserie exaspérante, quand les seconds rôles se révèlent parfaitement inconsistants – mention spéciale à Zhang Ziyi, qui ne parle pas anglais pour de mystérieuses raisons. C’est particulièrement tragique avec en main des acteurs aussi solides que David OyelowoDaniel Brühl et Elizabeth Debicki.

 

Photo Gugu Mbatha-RawGugu Mbatha-Raw méritait mieux 

 

L’ODYSSÉE PAS ÉPAISSE

Si The Cloverfield Paradox a pour lui une direction artistique ultra-classique mais certainement agréable, avec notamment la photo très clinquante de Dan Mindel qui avait officié sur les Star Trek et Star Wars : Le Réveil de la Force de J.J. Abrams, il laisse l’étrange impression d’un film sans queue ni tête. S’y croisent des scènes de dialogues d’une banalité effarante pour quiconque a vu quelques films du genre, des percées quasi-comiques parfaitement absurdes, des moments pensées comme purement horrifiques, des tentatives d’aller dans le spectacle hollywoodien et des désirs de questionnements très sérieux sur la vie. 

 

Photo David OyelowoL’esthétique spatiale de sous-Star Trek

 

Le cocktail ne donne rien de bien satisfaisant, et laisse surtout imaginer une version alternative, qui aurait simplement assumé une dimension plus modeste et évidente, centrée sur un équipage subitement perdu dans l’espace. Là, avec une gentille envie de flirter avec le Event Horizon de Paul Anderson perceptible ça et là, ce Cloverfield 3 aurait certainement pu devenir le penchant SF de 10 Cloverfield Lane, et donc une réjouissante série B qui n’a nul besoin de multiplier les plans à effets pour faire de l’œil au spectateur, jusqu’à un final qui semble avoir été scotché pour justifier le titre. Le seul paradoxe de ce troisième film, c’est son gros budget, son gros casting, ses grosses ambitions, et son tout petit résultat.

 

Photo Affiche

Rédacteurs :
Résumé

The Cloverfield Paradox est l'épisode le moins réussi, le moins sympathique, et le plus apte à prouver que ce projet d'univers Cloverfield est une bien mauvaise idée.

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Flo1

Les films « Cloverfield » ne représentent qu’un lieu portant toujours le même nom, pour une anthologie Fantastique/SF, exagérément mystérieuse, où les différents opus sont artificiellement liés entre eux, avec juste les monstres et le Destin comme thématiques communes. 
Et une espèce de tremplin pour des réalisateurs plus ou moins prometteurs.
En bref des produits à la JJ Abrams, producteur aux airs de tête à claque et fayot, presque un Macroniste avant l’heure… Pas un créateur mais un mixeur, pas du tout apprécié par des esthètes eux-mêmes très naïfs.
Efficace juste ce qu’il faut, ça n’a pas à être péjoratif.

Là, c’est la douche froide (comme avec Zhang Ziyi dedans) : un film catastrophe spatial, que plus personne ne voulait à la Paramount, transformé en événement Netflix…
Et dans lequel la première grosse scène nous fait disparaitre la Terre et… personne parmi les astronautes ne parle de la Lune ou de la position des étoiles, histoire de se repérer. Quand ça commence comme ça, sans être capable de faire preuve de jugeote, c’est déjà mauvais signe.
On peut y mettre les effets spéciaux qu’on veut, le rythme (trop véloce, pour y caser le max de trucs qui n’ont pas grand chose à voir entre eux – toute la partie sur Terre), la musique incessante de Bear McCreary, et une panouille express de Donal Logue pour donner enfin une explication à cette franchise… ça reste très poussif, comme une mini série condensée en 1 heure 37.
Le réalisateur Julius Onah étant peut-être choisi parce qu’on a des acteurs principaux noirs (Gugu Mbatha-Raw en particulier). Parce qu’il est difficile d’y trouve une continuité avec ses courts-métrages, ou son premier film « The Girl Is in Trouble »…

En fait le sujet du film et son exécution se confondent, se consistant donc à entremêler différents univers jusqu’à l’absurde :
On a un Best-of des productions de JJ Abrams, en mode automatique, avec les trucs temporels de « Lost », les univers parallèles de « Fringe », les références monstrueuses et stellaires… Plaquées à l’écran, tout ça fondu dans le Ridley Scott de « Alien » (l’équipage, mais surtout ceux de « Prometheus » et « …Covenant », êtres ordinaires, acteurs assez cools, mais qui font de grosses bourdes)…
Et de « Seul sur Mars », parce qu’il y a Aksel Hennie dedans , mais aussi parce que c’est une comédie. Parodique dans ce cas précis, parce qu’il n’y a que dans ce genre de films où on peut mettre autant de références (les astronautes de diverses nationalités, l’héroïne à la parentalité contrariées, la station qui devient « La Maison du Diable », le passager clandestin qui…), pour les pousser vers la dérision totale.
Dommage que personne ne soit au courant, pensant vraiment raconter une histoire sérieuse. Notamment une nouvelle variation shyamalanesque sur les choix de vie, convoquant la culpabilité, le deuil – qui crée de faux problèmes, puisque pouvant se résoudre trop facilement.

L’apparition de « la maman » à la toute fin étant du même niveau que celle de l’alien dans « La Folle Histoire de l’espace »… Un gag ironique, ce que les précédemment films « Cloverfield » avaient évité jusque là.
À suivre ?

Gvomet

A éviter de toute urgence !
Ce film, c’est la série LOST dans l’espace: On veut nous emmener nulle part, et ça prend beaucoup de temps !
Ca n’a ni queue ni tête. Mais quant demandera t on à JJ ABRAMS de faire un autre métier ???
Il faudrait créer une pétition en ligne pour ça …

Flash

Vu hier, mon dieu que c’était mauvais, mal interprété, ennuyeux et long pour un film 1H42.
Je comprends mieux pourquoi ce nanar n’est pas sortie en salle.
Pourtant avec un sujet pareil, il y avait moyen de faire un film délirant à la « Event Horizon ».

Multi Clover time

Hello,
Les 3 films m’ont tous laissé un sensation de faim, toujours cette impression qu’il manque encore des choses, mais ça me va puisque j’ai toujours espoir sur le 4.
Juste pour ajouter une petite théorie pour ma part. Je crois que les 3 films ce déroulent tous sur 3 différentes Timeline (ou dimension). Attention Spoil !!!
Je m’explique dans le premier Cloverfield (2008) il y à la fin une sorte de satellite qui tombe en mer, et on nous explique aussi que le monstre est juste un bébé.
Le second cloverfield (10Cloverfield Lane) est une sorte de futur à une sorte d’invasion extraterrestre (d’ou les aliens un peu partout vu à la fin du film).
Le troisième volet (Paradoxe) est l’explication des relations qu’il y a sur les 3 dimensions. Ils ont ouvert une brèches grâce à la technologie qu’ils ont pu développée et les 3 mondes ce sont mélangés. Je parle de 3 dimensions car ils ont un fait un premier bond dans une dimension et puis un second bond. D’où le monstre (Beaucoup plus grand) qui serait la maman…. (bon un peu tiré par les cheveux mais qui peut avoir une réflexion mure).

Mustawa

@brucetheshark, tu as parfatement raison mais il faut reconnaitre que très probablement il est très fortement derrière le tout (Producteur avec BadRobot de tous les films mentionnés dans le pire des cas 🙂 )

Geoffrey Crété

@Nihl

On peut vous inviter à aller lire nos critiques d’Okja, Jim & Andy, Golem, Nemesis, War Machine, Le Retour de Chucky… pas sortis en salles, mais largement défendus par nous. Aucune mauvaise foi de notre côté ou de problème sur la nature de la distribution d’un film, reporté sur notre avis.

Nihl

Hormis la critique du film c’est quand meme incroyable de voir autant de mauvaise foi des critiques quand le film ne sort pas au cinema!

Bah pourquoi ?

Personellement, je n’ai pas aimé le premier cloverfield, je l’ai regardé en avance rapide et j’ai trouvé le scénario totalement burlesque, avec un parti prix camescope qui m’a laissé de marbre et je ne connaissais même pas l’existence du 2, pour dire. Quand j’ai entendu parler de Cloverfield paradox, je n’ai pas fait le lien tout de suite, mais le coup de pub Netflix au superbawl a attisé ma curiosité et encore plus quand je l’ai trouvé sur notre Netflix français. Vu le budget et les acteurs, ce n’est pas le film de l’année mais je l’ai trouvé sympathique, avec un scenario se suffisant à lui même, un peu gâché par ce monstre en fin de film qui rappelle son lien au premier du nom. Limite il aurait gagné en intérêt avec une histoire remaniée et un autre titre.

brucetheshark

@Mustawa… Simple question parce que j’ai un doute… Tu es au courant que JJ Abrams n’a pas réalisé ce film ? Ni aucune épisode de Cloverfield ?

jango56700

Moi je l’ai regardé sans trop rien attendre au vu des différentes critiques, et je dois dire que je l’ai trouvé correct du début jusqu’à la fin. C’est sur que c’est pas le film du siècle mais ça se laisse regarder tranquillement.